Tech & internet

Google va-t-il finir par remplacer le vote classique aux élections?

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 30.04.2016 à 14 h 53

Repéré sur Quartz, Les Echos, The Washington Post

Le site américain en sait tellement sur nous qu’il pourrait rendre le vote obsolète.

Le moteur de recherche de Google.

Le moteur de recherche de Google.

Dans le cadre des élections américaines, beaucoup de questions se sont posées sur l’influence de certains sites sur le vote des électeurs, Google en tête. Le 29 avril, le Washington Post étudiait la capacité de Google Trends (les «tendances» des plus grosses recherches) à prédire le résultat de plusieurs référendums en Europe. Fin février, Les Echos s’interrogeaient de son côté sur le rôle du moteur de recherche Google et citaient une étude très sérieuse de deux chercheurs américains, Robert Epstein et Ronald E. Robertson. «L’ordre des résultats proposés aux internautes influence leurs opinions, et cette manipulation peut passer inaperçue, affirmait le journal. C’est ce qu’ils appellent le “search engine manipulation effect”. Les électeurs indécis, se fiant aux premiers résultats comme étant les plus pertinents, pourraient donc être influencés dans leur vote à leur insu.»

L’un de ces deux chercheurs, Robert Epstein, est revenu sur cet affolement médiatique en signant une tribune sur le site Quartz. Celui qui est psychologue à l’American Institute for Behavioral Research and Technology explique tout d’abord qu’il est impossible de traquer avec précision l’influence de l’ordre de suggestions des résultats de recherche Google. «Cela veut dire que nous ne pouvons pas savoir avec précision comment le classement du moteur de recherche affecte les élections», écrit-il avant d’insister plutôt sur la puissance de l’entreprise américaine; qui «sait exactement comment nous allons voter»:

«Levez la main, tapez la barre d’espace ou faites n’importe quoi, si vous n’avez jamais dit à un ami ou un proche qu’elle est votre candidat préféré disons dans un email Gmail (Gmail est un produit de Google). Si vous n’utilisez pas Gmail, que dites-vous d’un message à quelqu’un qui utilise Gmail? Si vous êtes un utilisateur d’Android ou de Chrome (deux produits Google), peut-être avez-vous dit “Feel the Bern” ou “Trump rules!” [Deux références à Bernie Sanders et Donald Trump, NDLR] dans un message sur Instagram, un tweet sur Twitter ou un message sur Facebook, des choses que Google peut facilement récolter.»

Google est le «roi de la traque»

Il ne s’agit là que d’exemples centrés sur la campagne américaine, mais il en sera de même lors de la campagne de 2017 en France. Qui n’a jamais donné son avis sur François Hollande ou Nicolas Sarkozy sur internet? Techniquement, Google a le pouvoir de savoir pour qui nous allons voter, et ce parce que nous lui disons d’une façon ou d’une autre. Imaginez un instant que vous utilisez Google Maps pour vous diriger vers un meeting d’un candidat, Google le saura immédiatement. «Google est le roi de la traque, et surveille ce que nous faisons sur plus de 60 plateformes, 24 heures sur 24», rappelle Robert Epstein. Et il est impossible de savoir si Google, parce qu’il s’intéresse à la politique, collecte ou non ces données pour en tirer des informations très importantes. 

«La grande et bizarre question est: pourquoi s’embêter à voter?», se demande alors le chercheur. La question peut sembler bizarre, mais étant donné que Google en sait de plus en plus sur nous et que l’inverse n’est pas vrai, il y a fort à parier que cette question paraisse de moins en moins absurde dans les années qui viennent.

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