Science & santé

La quête du «gène du crime» n'est pas finie

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 30.04.2016 à 13 h 53

Repéré sur Popular Science

Les chercheurs débattent toujours de la question, autour de laquelle tournent beaucoup d’informations contradictoires.

Une séquence d'ADN | Pixabay License by

Une séquence d'ADN | Pixabay License by

Connaissez-vous l’enzyme monoamine oxidase-A, plus couramment appelée MAOA? Cette protéine, est connue des scientifiques depuis une vingtaine d’années, mais les médias s’en sont emparés il y a dix ans environ, le présentant parfois comme «le gène du guerrier». La MAOA, à cause d’une variation d’un gène sur le chromosome X, serait ainsi responsable d’un manque de contrôle de la dopamine et de la sérotonine, donc de l’impulsivité.

Le débat est très vif autour de cet enzyme et de son impact réel sur la violence d’une personne. De manière plus générale, la science tente depuis des années de trouver des explications génétiques à tel ou tel comportement. Comme nous vous l’expliquions il y a quelques mois, des scientifiques de la Harvard medical school estimaient avoir découvert la base génétique de la schizophrénie. «Des décennies de recherche ont confirmé le caractère relativement mineur de l’influence de la génétique sur les troubles psychiatriques», notait néanmoins Jonathan Leo, professeur de neuroanatomie, sur notre site pour expliquer que les recherches ont pour l’instant amené très peu de résultats.

Néanmoins, le magazine Popular Science écrit sur son site que «nous acceptons que les gènes peuvent altérer les fonctions du cerveau et peuvent déclencher des comportements liés à l’anxiété. Il pourrait y avoir des preuves pour qu’il en soit de même pour la violence.» Pour étayer ses propos, le site évoque, entre autres, les travaux de Kent Kiehl, chercheur en neurosciences qui travaille avec les détenus d’une prison du Nouveau Mexique. Il s’est particulièrement intéressé à ceux qui montrent des signes de psychopathies, à savoir un détachement émotionnel ou encore un manque d’empathie et de remords. Il a ainsi collecté les données d’activités cérébrales de plus de 4.000 prisonniers. «Il a trouvé que les sujets dits psychopathes tendent à avoir moins de matière grise dans la région qu’il a étudiée [celle qui est chargée de générer les émotions et contrôler l’impulsivité, NDLR], mais aussi qu’ils avaient de plus petites amygdales.» «Ils ont des cerveaux différents, explique Kiehl. Et ces différences sont génétiquement causées au moins à 50%. Cela ne devrait pas surprendre les personnes ayant une connaissance en neurosciences.» 

L'absence de preuves formelles ne doit pas empêcher les scientifiques de chercher

Plusieurs études menées ces dernières années vont aussi dans ce sens, celui d’une piste génétique, mettant par exemple en cause la protéine atechol-O-methlytransferase (COMT) qui, comme la MAOA, régule la dopamine. En 2014, des chercheurs finlandais ont aussi mené des travaux sur la question du «gène du crime» et parlaient de «facteur plausible» de violence à propos d’un dysfonctionnement cellulaire. 

Mais comme nous vous expliquions sur Slate.fr, ce genre d’étude «n’échappe pas au risque de surinterprétation» et que les deux gènes étudiés «sont communs dans la population témoin et ne sont donc en rien spécifiques des comportements violents.» Popular Science va dans ce sens et explique qu’il est important de se rappeler que, si les gènes peuvent influencer le comportement, ils ne les déterminent pas forcément. C’est pour cela que chercher des preuves génétiques est épineux, car ils entraînent forcément des risques de stigmatisation ou d’exclusion vis-à-vis de personnes ayant des gènes «à risques». «Tous les génomes de toutes les personnes ont un risque différent de désordre potentiel. Tout le monde a quelque chose», explique le professeur Daniel Weinberger, spécialiste des neurosciences. 

 «Etudier les marqueurs génétiques, même s’ils ne permettent pas de détecter les criminels, nous permettent de mieux comprendre la violence et ses origines, conclut Popular Science. Plus nous la comprenons, et plus nous pouvons agir pour la prévenir.»

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