Boire & manger

Relais & Châteaux, un véritable art de vivre loin de chez soi

Temps de lecture : 10 min

Depuis cinquante ans, la marque n'a cessé de s'étendre géographiquement et de diversifier ses activités. Les ajouts 2016 le confirment: la chaîne n'a sans doute pas fini de nous surprendre.

Le château de La Treyne en Dordogne
Le château de La Treyne en Dordogne

Le temps a travaillé pour «la plus belle chaîne du monde» inventée en 1954 par un quintette de restaurateurs hôteliers situés sur la Nationale 7, la route des vacances et du soleil –une idée force dans le vent du tourisme automobile lié à la société de consommation.

Au sein de la chaîne des Relais & Châteaux, on trouve ainsi des bijoux ciselés par des propriétaires qui ont donné une partie de leur vie, créativité, énergie et euros à leur bien familial. Le Château de la Treyne en Périgord est de ceux-là. Voici un de ces châteaux préservés des stigmates du temps au cœur de la vallée du Lot, le long de la Dordogne paisible aux reflets verdâtres. Il est devenu avec le temps une demeure altière chargée d’histoire et de personnages de l’aristocratie française dont les origines remontent à 1356.

La tour féodale, ce joyau architectural restitué, est inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel de la région chère à Henry Miller (Jours tranquilles à Clichy), amoureux de la Dordogne, qui écrivait dans Le Colosse de Maroussi: «Il se peut qu’un jour la France cesse d’exister, mais la Dordogne survivra tout comme les rêves dont se nourrit l’âme humaine.»

Tradition et modernité

Vous êtes dans une très ancienne seigneurie du Lot, longtemps habitée par des aristocrates familiers d’Henri de Navarre, d’Henri IV et de Louis XIII. Le château admirablement situé entre Sarlat et Rocamadour, sur la route des pèlerins de Compostelle, a eu des propriétaire épris du monument et des terres (170 hectares) jusqu’au XIXe siècle quand le marquis de Cardaillac se rend acquéreur de la demeure avant l’industriel Auguste-Gabriel Savard qui a su réhabiliter les lieux et faire vivre le jardin à la française devant le château que l’on découvre aujourd’hui avec ravissement.

La Treyne n’a rien à envier aux châteaux de la Loire, le parc aux cèdres du Liban, la forêt, les chênes truffiers, la chapelle romane, le bassin et les améliorations du XXIe siècle

C’est ce qui a séduit Michèle Gombert, l’âme, la muse de la Treyne dans les années 1980 que la propriétaire a transmis à son fils Philippe, avocat et sa femme Stéphanie, la fée du château, qui le fait exister de mars à décembre pour le bonheur des hôtes.

La Treyne n’a rien à envier aux châteaux de la Loire, le parc aux cèdres du Liban, la forêt, les chênes truffiers, la chapelle romane, le bassin et les améliorations du XXIe siècle: la piscine à débordement, le tennis, et les dîners aux chandelles et en costumes d’époque, le passé retrouvé. Très attachés à la survie de la Treyne, les Gombert ont préservé les atouts du site, le grand salon Louis XIII et les plafonds à caissons, les tapisseries d’Aubusson et la belle cheminée aux boiseries patinées.

Foie gras au pruneaux et millefeuille de bœuf

En 1992, la Treyne est devenu un hôtel quatre étoiles après dix années de restauration: l’ascenseur à six niveaux bâti à coups de dynamite! Rien n’est surchargé, imposant, grandiloquent dans ce Relais & Châteaux exemplaire par son hospitalité généreuse.

Vous n’êtes pas à Versailles, mais dans une hostellerie de charme à l’accent périgourdin bien identifié par la cuisine du terroir signée de Stéphane Andrieux, passé par l’Espérance de Marc Meneau à Vézelay et par Didier Clément à Romorantin-Lanthenay au Grand Hôtel du Lion d’Or, «son maître». Le chef de la Treyne travaille le foie gras mi-cuit aux pruneaux en religieuse, habile composition (39 euros), les asperges vertes crues et cuites au jus de truffes (55 euros) et le millefeuille de bœuf en strates de foie chaud mouillé du vin de Cahors (68 euros), le chef-d’œuvre de ce maestro savant, respectueux des produits et des recettes, quinze ans de maison.

Salade de homard bleu aux crudités croquantes, vinaigrette aux agrumes.

Délicieux gâteau Opéra moelleux du pâtissier Marc (21 euros), artiste de la tarte au chocolat (21 euros).

Les plaisirs de la table –menus bien composés– sont à la hauteur du lieu de grande classe, les préparations de tradition périgourdine, l’agneau du Quercy, le veau élevé sous la mère, à quoi s’ajoutent les poissons de la criée de La Rochelle, le bar de ligne et coques en persillade, sublime accord (58 euros) sont traités avec doigté et finesse. Le régal est là, l’étoile devrait être doublée – une nécessité. Et les repas sur la terrasse en saison (120 mètres de haut) au-dessus de la Dordogne sont un pur enchantement.

Oui, la Treyne chère à l’académicien André Chanson et à sa fille l’écrivaine Frédérique Hébrard, entretenue avec amour et désintéressement par le couple Gombert a préservé son passé glorieux. Il y a là un parfum d’éternité.

Une marque attractive

Mais en cinq décennie, grâce aux cinq présidents élus, tous hôteliers de profession, les Relais ont également franchi les frontières de l’Hexagone. Ils sont présents, cooptés sur les cinq continents, constituant une sorte «d’itinéraires de rêve» partout dans le monde, «uniques au monde» indique Philippe Gombert, avocat et hôtelier aux côtés de son épouse Stéphanie dans le Périgord. C’est le président actuel de la chaîne qui a intégré en 2016 pas moins de 39 nouveaux membres et 15 chefs de renommée internationale dont Yannick Alleno chez Ledoyen à Paris, Joël Robuchon à Bordeaux, Dani Garcia en Espagne et Guillaume Brahimi en Australie. La table, un atout majeur de la chaîne.

L’extension des Relais hors d’Europe (plus 7% de chiffres d’affaires) montre à l’évidence l’attractivité de la marque, la notoriété de l’association et la validité des normes exigées pour figurer parmi les 540 affiliés. En 2016, un ensemble d’hôtels de classe et restaurants fameux, quelquefois étoilés au Michelin, situés au Maroc (6 établissements) en Inde (5), en Grèce (5), au Chili (4), au Japon (2), au Costa Rica (1), au Guatemala (1), au Sri Lanka (1) ont été admis. Un brevet d’excellence pour ces nouveaux adhérents.

Plus de cent candidatures ont été enregistrées au bureau des Relais à Paris. Oui, la marque est forte, porteuse de «business» (30 à 50 % de chiffre d’affaires en plus) et d’expériences mémorables: la Route du Bonheur en Californie, le Sun Rocks Hotel à Santorin en Grèce, le Rajmahal Palace à Jaipur en Inde, l’Hacienda Hotel au Chili… des escapades exotiques sur le globe.

Le beau, le rare, l'inoubliable

La chaîne hôtelière de création française a réussi une remarquable évolution vers le beau, le rare et l’inoubliable: 120 voyages inédits en 2016. Aller au Rajasthan, c’est autre chose que de s’envoler pour les Baléares…

On vise l’excellence en tous points et la charte propre aux Relais stipule l’application des cinq «C»: cuisine, confort, convivialité, charme et calme

Cela dit, il n’est pas aisé si vous êtes hôtelier quelque part sur le globe d’être coopté par les inspecteurs anonymes de la chaîne. On vise l’excellence en tous points et la charte propre aux Relais stipule l’application des cinq «C»: cuisine, confort, convivialité, charme et calme. Un Relais où qu’il soit doit conjuguer ces notions majeures à quoi s’ajoute la situation géographique, hors des villes, à l’exception de certains beaux hôtels ou restaurants utiles à la clientèle: le Grand Véfour à Paris, The Greenhouse à Londres, Lafleur à Düsseldorf, le Marquis Faubourg Saint-Honoré à Paris, Il Paggliaccio à Rome, le Londra Palace à Venise…

L’idéal est d’être reçu, accueilli par le ou la propriétaire –vous êtes chez eux, dans leur maison de campagne, proche de la mer ou de la montagne. C’est le contraire de l’accueil anonyme dans un Sofitel ou un Ibis ou vous devez trouver votre chambre et l’éclairer.

Cultiver sa spécificité

À l’Oustau de Baumanière aux Baux-de-Provence, ce sont Jean-André Charial et son épouse Geneviève, les propriétaires de ce qui fut l’un des premiers Relais français, qui vous font les honneurs de l’ancien mas provençal niché dans le Val d’Enfer: l’œuvre magistrale de Raymond Thuilier, assureur à Lyon, devenu chef patron trois étoiles, le prince de l’agneau des Alpilles –il a fait creuser une piscine en 1955!

La personnalisation des maisons affiliées, la beauté, l’élégance des lieux de vie, la décoration associées à la bonne chère, à la sérénité de l’endroit, aux espaces verts, au SPA, ces atouts de classe ont beaucoup contribué à l’attractivité de la chaîne où tous les établissements ont à montrer leur spécificité: l’assiette gourmande, les plats locaux, les spécialités du chef doivent refléter le site géographique, le village, la région, le ciel et l’air du temps.

En Bretagne, il faut célébrer les cadeaux de la mer –le Saint-Pierre aux épices d’Olivier Roellinger sur le port de Cancale ou son homard de la nuit sont presque inégalables en saveurs et en goûts.

«Il faut offrir le beau et le meilleur partout où nous vivons», souligne Philippe Gombert, périgourdin d’adoption au château de la Treyne chez qui on déguste le foie gras, le canard et le bœuf du Limousin (l’Aubrac), où les vins de Cahors tout proche ont plus que droit de cité, et il y a des blancs remarquables.

Savoir surprendre

Avec le temps, grâce à sa remarquable expansion sur les cinq continents, la chaîne a joué sur la diversité des destinations, de l’environnement et des découvertes inédites. On va plus loin, on est dépaysé, car en voyage c’est le voyageur qui se transforme et qui accumule des impressions vivifiantes.

Les demandes des clients n’ont jamais été plus spécifiques, plus pointues –pas seulement un concerto de Mozart de nuit en plein désert. En fait, les Relais ont mis en pratique un art de vivre loin de chez soi, riche d’activités liées à la destination choisie. L’offre de voyages n’a pas fini de s’affiner, ce qui renforce la créativité de la chaîne: il faut innover et surprendre les dizaines de milliers de fidèles des Relais dans le monde. «Étonne-moi», disait Cocteau à Diaghilev.

Selon les pays concernés, le style de séjour change et la notion de luxe aussi. À Eugénie-les-Bains dans les Landes, les Guérard ont imaginé le plaisir de vivre à la campagne, les soins de thermalisme, les nourritures minceur, le ressourcement d’une manière très personnelle. Pour nombre d’arpenteurs des Relais, c’est le nec plus ultra côté repos, harmonie, sérénité –le chef a trois étoiles et son bistrot landais, une halte parfaite.

Le conseil d’administration de la chaîne met sur pied des activités particulières qui viennent enrichir le temps passé dans les 540 maisons répertoriées

Cours de cuisine et œnotourisme

Aux Crayères de Reims, le champagne est roi et la bonne chère de Philippe Mille, deux étoiles, servie dans cette superbe demeure 1900 construite par Louise Pommery en fait un séjour quasi royal. C’est la vie de château à la française, «une certaine idée de la civilisation», disait Louise de Vilmorin, compagne d’André Malraux.

Depuis quelques années, le conseil d’administration de la chaîne met sur pied des activités particulières qui viennent enrichir le temps passé dans les 540 maisons répertoriées dans le guide annuel. Il s’agit d’occuper les visiteurs par des cours de cuisine comme à la Côte Saint-Jacques à Joigny dans l’Yonne par le chef Jean-Michel Lorain, deux étoiles, très bon pédagogue.

Les émissions comme «MasterChef», «Top Chef» contribuent à cette mode de mitonner chez soi des plats plus ou moins complexes –après tout, régaler sa famille est une occupation gratifiante.

Tous les Relais en France ou presque enseignent l’art des sauces et des cuissons, l’esthétique de l’assiette –voir chez Régis et Jacques Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid (Haute-Loire) où la tarte aux cèpes trois étoiles est la référence du bon goût.

De même, l’œnotourisme, une idée neuve, est au programme à travers les visites des vignobles proches des Relais: la Bourgogne avec Lameloise, Levernois et Bernard Loiseau, le champagne avec l’Assiette Champenoise, le Bordelais avec le Château Cordellian-Bages à Pauillac, l’Alsace et la route des vins issus du Riesling entre autres cépages savourés au Chambard à Kaysersberg, sans oublier la Napa Valley en Californie, la Toscane avec le chianti lampé à l’Enoteca Pinchiorri à Florence, tenue par la Française Annie Féolde, trois étoiles. Bref, la chaîne de 2016 cherche à vous faire goûter le meilleur des régions, des pays et des Relais sélectionnés par l’état-major international.

Le bréviaire du globe-trotteur

Car les Relais sont gérés par eux-mêmes, ils ne dépendent d’aucune autorité extérieure, ils sont une association amicale d’hôteliers restaurateurs conscients de leur responsabilité, de leur mission: vous conduire vers l’exceptionnel et l’inoubliable. On vise haut!

Disons-le, la chaîne s’enrichit chaque année de nouveaux arrivants: le safari du Camp Jalubani en Afrique du Sud, la Selinda Reserve du Zafara Camp au Botswana, les eaux turquoises des Seychelles au Château de Feuilles et la Chine avec ses Relais dont un à Pékin, le Je Mansion, et le Chaptel à Hangzhou, une envie de luxe au bord d’un lac classé au patrimoine national…

On le voit, la chaîne est devenue le bréviaire du globe-trotteur. C’est pourquoi le guide 2016 a pour titre Le Guide du voyageur, passeur de frontières et arpenteur de la Routé du Thé jusqu’au sud de la Californie et à l’ombre des volcans d’Hawaï.

Qui aurait pu imaginer en 1962 un tel développement géographique à travers les mystères et beautés de notre planète? Relais & châteaux a su avec brio recruter les meilleurs ambassadeurs du bien vivre, ces hôteliers restaurateurs installés aux quatre coins du monde qui se font une joie de recevoir ces pèlerins d’Europe et d’ailleurs en quête de sensations fortes, et de souvenirs mémorables. De quoi souhaiter une longue vie à la chaîne imaginée par des hôteliers français épris d’enrichissement personnel sur la terre des hommes.

Le Château de la Treyne

46200 Lacave (46200)

Tél. : 05 65 27 60 60.

Menus à 48 euros au déjeuner, 96, 116 et 138 euros. Carte de 100 à 145 euros. Fermé le midi du mardi au jeudi.

Quatorze chambres à partir de 200 euros.

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