Tech & internet

Facebook a bloqué l'horrible photo du Bataclan à 32.100 reprises, en France

Grégor Brandy, mis à jour le 29.04.2016 à 17 h 02

Le réseau social vient de publier son rapport de transparence.

L'application Facebook sur un smartphone | Download Source via Flickr CC License by

L'application Facebook sur un smartphone | Download Source via Flickr CC License by

En novembre dernier, quelques jours après les attentats, une photo sanglante de l'intérieur du Bataclan, prise après l'attaque terroriste, est apparue sur de nombreux fils Twitter, Facebook et Instagram. Après de longues heures de flottement, où il semble impossible de se débarrasser de cette image, le ministère de l'Intérieur finit par demander aux trois réseaux de bloquer cette photo sur le territoire français, «ainsi qu'une vidéo de propagande de l'État Islamique», avait alors expliqué Le Figaro.

«Pour demander une censure sur le territoire français, les autorités envoient une demande spécifique à un tweet ou une publication Facebook. D'après une notice publiée sur le site de l'organisation Lumen, la photo du Bataclan a été censurée pour “atteinte grave à la dignité humaine”, et “atteinte au secret de l'enquête”.»

Facebook avait alors obtempéré. Ce 28 avril, le réseau social a publié un rapport, qui apporte des informations permettant de comprendre combien de fois la photo a été bloquée. Dans la partie qui concerne la France de son rapport sur les demandes des gouvernements, entre juillet et décembre 2015, le réseau social indique avoir «restreint l'accès en France à des contenus signalés parce qu'ils contrevenaient aux lois qui punissent la négation de l'Holocauste ou qui promeuvent le terrorisme, ainsi que 32.100 occurrences d'une image liée aux attentats de novembre 2015 à Paris, qui, selon l'office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, violaient les lois françaises sur la protection de la dignité humaine».

Facebook n'est pas explicite, mais ces indices pointent tous vers la photo prise à l'intérieur du Bataclan. Le site spécialisé TechCrunch assure de son côté qu'il s'agit bien de celle-ci. Contacté, Facebook ne nous a pas encore répondus.

Seulement sur le territoire français

Sur cette photo, le directeur juridique adjoint de Facebook, Chris Sonderby, précise par ailleurs que ce sont uniquement les utilisateurs en France qui ne pouvaient pas y avoir accès. C'est ce qu'expliquaient déjà Les Inrocks, en novembre dernier:

«Comme pour Twitter, à chaque fois qu’un internaute croise la photo sur son fil Facebook et qu’il la signale, le réseau social devrait être obligé de la dissimuler sur le territoire français.»

Au total, ce sont 37.695 contenus dont l'accès a été bloqué en France, entre juillet et décembre 2015. C'est près de 130 fois plus que sur le semestre précédent qui avait déjà marque une très forte hausse des contenus bloqués (+1240%, passant de 13 à 295). Comme l'expliquait alors le Figaro, si Facebook détaillait alors qu'il bloquait déjà des contenus en France «pour respecter la loi Gayssot sur la contestation des crimes contre l'humanité», il devait se plier également «aussi aux dispositions de la récente loi antiterroriste pénalisant l'apologie du terrorisme».

En France, plus de 2.700 demandes d'accès à des données

Sur les six derniers mois, Facebook indique également que la justice française a demandé l'accès à des données à 2.711 reprises. Elles concernaient 2.894 comptes, et Facebook assure avoir répondu de façon positive à un peu plus de la moitié d'entre elles (54,22%). Si la France a effectué 200 demandes de plus par rapport aux six derniers mois, (et 700 par rapport à l'année précédente), on voit également que Facebook fournit plus les données de ses utilisateurs (on tournait alors autour de 42%).

«Nous répondons aux demandes valides liées à des affaires criminelles, explique le réseau social. Nous vérifions que les bases légales sont suffisantes dans chaque demande que nous recevons et rejetons ou demandons que ce soit plus spécifique pour celles qui sont trop larges ou trop vagues.»

Chris Sonderby assure cependant que si le réseau social accepte de collaborer avec les différents gouvernements, cela ne veut pas dire qu'il leur laisse les clés. «Facebook ne fournit pas de portes dérobées aux différents gouvernements, ou un accès direct aux données des utilisateurs».

Au total, dans le monde, le réseau social a reçu 46.763 demandes d'accès à des comptes d'utilisateurs, lors du dernier semestre 2015, une hausse de 13% par rapport au six mois précédents. Mais c'est surtout le nombre de contenus dont l'accès est bloqué qui a augmenté de manière significative, passant de 20.568, entre janvier et juin, à 55.827 entre juillet et décembre. À elle seule, la France a demandé plus des deux tiers de ces blocages.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (439 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte