Monde

Quatre jeunes réfugiés syriens racontent le racisme en Europe

Temps de lecture : 2 min

Ils ont fuit la guerre pour la Suède ou l'Allemagne où leur quotidien balance entre accueil chaleureux et attaques verbales et physiques.

Quatre migrants sur l'île de Lesbos, le 22 août 2015 I ACHILLEAS ZAVALLIS / AFP
Quatre migrants sur l'île de Lesbos, le 22 août 2015 I ACHILLEAS ZAVALLIS / AFP

«Je saignais tellement que j'ai cru mourir.» Le témoignage d'Hadi Abdullah commence par une phrase et une photo explicite. À 33 ans, il fait partie des quatre réfugiés syriens interrogés par Fusion. Installés dans des communes suédoises et allemandes, ils témoignent d'une vie bien meilleure que celle rythmée par la peur et les bombardements qu'ils ont fuie, mais le racisme européen fait aussi partie de leur nouveau quotidien.

Hadi Abdullah vit aujourd'hui à Brösarp, une petite commune du Sud de la Suède. Pour faire la preuve de sa volonté de s'intégrer, il a organisé chez lui des repas ouverts à tous, l'occasion aussi de faire découvrir la gastronomie de son pays et de rencontrer ses voisins.

Il a ainsi accueilli 100 des 500 habitants du village. Mais l'initiative n'a pas plu à tout le monde. Il y a quatre mois, trois hommes se sont introduits chez lui pour l'agresser, le laissant en sang dans son salon avec le cuir chevelu ouvert sur une dizaine de centimètres par un coup de couteau.

En solidarité, ses voisins organisent des veillées à la bougie devant sa maison. Mais une semaine après son agression, les attentats de Paris changent le regard que le village porte sur lui et l'on arrête de le saluer dans la rue, de lui adresser la parole. «Ils me regardaient de travers et me faisait sentir que j'étais derrière les attentats de Paris. J'avais l'impression de devenir fou, je ne comprends toujours pas comment c'est arrivé.»

Ceux qui lui parlent encore lui ont conseillé de se raser la barbe pour s'intégrer, ce qu'il a refusé. Hadi Abdullah explique porter la barbe par solidarité envers ses compatriotes civils tués dans les bombardements. Il continuera à organiser des repas pour les habitants de son village. «Tout ce que je demande, c'est l'acceptation des réfugiés syriens par les sociétés occidentales.»

«Tu connais les téléphones portables?»

Les trois autres jeunes interrogés par Fusion, Rama Al-mett, Mohammed Sahhary et Rama Raouf, n'ont pas été agressé physiquement. Mais tous ont vécu des scènes qui leur font sentir la peur et l'ignorance de certains Européens.

Alors qu'il s'entraîne à la salle de sport, Mohammed Sahhary croise un ami Syrien. Ils échangent quelques mots en arabe. Une situation banale jusqu'à ce qu'une femme les entende et leur hurle de partir loin d'elle. Rama Al-mett, 19 ans, elle s'étonne de la bêtise de certaines questions qui lui sont posées: «Tu connais les téléphones portables?»

Installée en Allemagne, Rama Raouf, 22 ans, explique subir le harcèlement verbal de petits groupes néo-nazis quand elle les croise dans la rue. Certains plus bienveillants lui explique qu'elle est libre maintenant, qu'elle peut ôter son voile. Sans comprendre qu'elle ne le porte pas par peur de sa famille ou de la société. «Je le porte en signe d'humilité envers la vierge Marie», leur explique-t-elle à chaque fois. Malgré tout, Mohammed Sahhary se veut reconnaissant: «Nous devons remercier Dieu pour ces personnes qui nous accueillent dans leur pays», confie-t-il.

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