Sciences

Les règles synchronisées, un mythe tenace

Temps de lecture : 2 min

Depuis la publication de l'étude qui a identifié le phénomène au début des années 1970, les chercheurs n'arrivent pas à en confirmer les conclusions.

Synchronisation | Michael Coghlan via Flickr CC License by
Synchronisation | Michael Coghlan via Flickr CC License by

Avez-vous déjà entendu parler de l'effet McClintock ou du «phénomène du dortoir»? Si vous êtes une fille, il y a des chances qu'une amie vivant en colocation avec d'autres filles vous ait déjà raconté que chez elle, tout le monde a ses règles en même temps. Ce phénomène de synchronisation des cycles menstruels des femmes vivant sous le même toit a été observé au début des années 1970 par la psychologue Martha K. McClintock, alors doctorante à l'université d'Harvard, qui a publié les conclusions d'une étude réalisée dans un dortoir de filles dans la revue scientifique Nature.

Martha K. McClintock a avancé l’hypothèse que les phéromones pourraient être la cause de cette synchronisation relative du début des règles. Plus tard, certains psychologues ont eux suggéré qu'en ayant leur menstruations au même moment, les femmes se sentaient ainsi moins «seules» face à ce sujet toujours hautement tabou que sont les règles.

Mais cette théorie est très controversée, rappelle l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui passe en revue les nombreuses études qui ont tenté sans succès de valider scientifiquement les observations de McClintock. Comme par exemple celle de Jeffrey Schank, chercheur à l'université de Californie, qui plus de quarante ans plus tard a repris les calculs de la psychologue:

«Selon son analyse, les écarts entre deux cycles menstruels au début et à la fin de l'étude étaient même plus importants qu'attendu. Ce qui signifiait donc plutôt que les cycles s'étaient éloignés les uns des autres, rapportait-il.»

Erreurs méthodiques

En 1992, l'anthropologue Clyde Wilson avait repéré une série d'erreurs méthodiques dans l'étude menée par Martha K. McClintock, tandis que la même année, une autre équipe de chercheurs avait échoué à valider cette théorie en observant les cycles menstruels de 29 couples de lesbiennes, et ce alors, comme le soulignaient les chercheurs, «les conditions pour une synchronisation auraient théoriquement dû être optimales dans ce groupe».

Même sur un plan purement mathématique, la théorie du dortoir montre ses limites, avance Der Spiegel. Si l'on suppose qu'un groupe de 112 femmes prenant la pilule et ayant donc un cycle régulier d'une durée de vingt-huit jours, et en outre des menstruations ayant la même durée (quatre jours de saignements), alors 24% des femmes auront leurs règles au même moment:

«Une femme qui prend la pilule doit donc en moyenne rencontrer quatre femmes jusqu'à qu'elle en trouve une qui se trouve à peu près dans la même phase du cycle menstruel.»

Les femmes qui ont un cycle qui n'est pas le même (un cycle menstruel s'étire en moyenne sur une période comprise entre 23 et 35 jours) et celles qui ont un cycle irrégulier (l'âge, le stress, le poids jouent un rôle dans ces irrégularités de cycle) auront elles obligatoirement des cycles qui finiront par se rapprocher –et s'éloigner à nouveau.

Pour quel bien fondé?

Mais surtout, aucune théorie n'a permis jusqu'ici d'expliquer le bien-fondé, l'utilité de cette supposée synchronisation des cycles menstruels, comme l'explique au Spiegel Melanie Henes, directrice de la maternité de la clinique gynécologique universitaire de Tübingen:

«Il devrait y avoir aussi une théorie qui explique en quoi cela serait judicieux pour l'humain, du point de vue de l'évolution, que toutes les femmes d'un groupe aient leurs règles en même temps. […] Si l'on pense aux crampes dans le bas-ventre [que provoquent les règles chez de nombreuses femmes, ndlr], cela serait plutôt défavorable pour les chasseurs et les cueilleurs.»

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