France

L'écologie politique est morte, vive l'écologie politique!

Temps de lecture : 5 min

Avec l'annonce du départ de Denis Baupin, le parti écologiste EELV fait face à une énième défection. Un déclin qui ouvre le jeu pour porter les questions environnementales en 2017.

Daniel Cohn-Bendit, Emmanuelle Cosse et Cécile Duflot lors d'un meeting à Paris, le 3 février 2016. MATTHIEU ALEXANDRE / AFP
Daniel Cohn-Bendit, Emmanuelle Cosse et Cécile Duflot lors d'un meeting à Paris, le 3 février 2016. MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

Cette fois-ci, l'agonie est proche. La principale formation incarnant l'écologie politique en France –affublée de l'étrange appellation Europe Ecologie-Les Verts qui en dit déjà long sur sa problématique cohérence interne– est au plus mal. Ce parti qui avait réussi à talonner le PS aux élections européennes de 2009 (16,3% contre 16,5% des voix) est engagé dans un périlleux processus conjoint de dévitalisation et d'isolement.

Cette petite formation de cadres est d'abord en proie à une impressionnante hémorragie de dirigeants depuis maintenant plusieurs mois. Noël Mamère –qui peut se targuer d'avoir obtenu le meilleur score de ce courant lors d'une élection présidentielle avec 5,3% des voix en 2002– avait fait figure de précurseur en claquant la porte dès septembre 2013. Il reprochait vertement à ce parti d'être «obsédé par ses jeux d'appareil» ou encore d'être «prisonnier de ses calculs et de ses clans».

Fuite des cerveaux

À partir de l'été 2015, c'est toute l'aile droite de EELV qui a quitté le navire en ordre admirablement dispersé. François de Rugy, raisonnable député écologiste de Loire-Atlantique, a ouvert le bal. Jean-Vincent Placé, sénateur radical-écologiste à l'ambition hautement revendiquée, lui a emboîté le pas. Les deux larrons se sont retrouvés dans une nouvelle formation -«Écologistes!»- adossée au Parti socialiste.

Ils n'ont cependant pas été rejoint par Barbara Pompilli, qui coprésidait le groupe écologiste à l'Assemblée nationale avec François de Rugy. Partie en septembre 2015, l'élue picarde a préféré créer un «mouvement» –«Nouvelle Ère»– au périmètre raisonnablement régional. Denis Baupin, élu parisien mais aussi militant historique des Verts qu'il avait rejoints en 1989, a enfin rendu sa carte en avril de cette année.

L'écologie politique à la française a toujours été tiraillée entre la tentation de présenter seule ses idées et celle de passer alliance avec la gauche socialiste

Mais la désertion la plus spectaculaire fut, à n'en point douter, celle d'Emmanuelle Cosse. L'ancienne activiste d'Act Up, à qui Cécile Duflot avait confié le soin de garder la jeune maison écologiste, a brutalement viré sa cuti pour entamer une courte carrière ministérielle en fin de quinquennat hollandais. La gardienne d'une ligne d'écologie critique s'est muée en groupie du président. Cette évidente trahison n'a pu que démoraliser une base militante déjà fort mal en point.

Splendide isolement

Cette perte de substance s'accompagne étrangement (ou pas) de l'affirmation fière d'une ligne politique d'entière autonomie. L'écologie politique à la française a toujours été tiraillée entre la tentation de présenter seule ses idées aux électeurs et celle de passer alliance avec la gauche socialiste pour décrocher des élus au scrutin majoritaire.

La dérive droitière du PS et le déport à gauche d'EELV consécutif à l'amputation de son aile modérée rendent désormais impraticable la stratégie d'alliances qui avait propulsé une groupe de députés écologistes à l'Assemblée nationale en 2012.

Daniel Cormand tire la conclusion logique de «l'incompatibilité de gestion avec la politique menée par le PS»: le secrétaire national d'EELV annonce d'ores et déjà des «candidatures indépendantes» de son parti aux prochaines législatives au risque, parfaitement assumé, «de perdre des élus que nous avions gagné grâce aux accords avec le PS».

Il n'est pas certain, au demeurant, que les dirigeants socialistes, qui privilégieront en 2017 les écologistes ralliés au gouvernement, auraient eu grand chose à offrir à EELV. Ce parti aura, en tous cas, le plus grand mal à devenir, comme le voudrait Cormand, «la colonne vertébrale» du «pôle de transformation» de la société.

Ce qui reste de EELV n'a pas vraiment les moyens d'une telle ambition. Cette formation ne garderait aujourd'hui que 4 à 5.000 adhérents sur les 15.000 que l'on décomptait en 2011. L'ambition présidentielle solitaire de Cécile Duflot se heurte à l'étroitesse de son créneau électoral. Les enquêtes d'intentions de vote tournent autour de 3% en ce qui la concerne, soit guère plus que le score désastreux d'Eva Joly en 2012 (2,3% des suffrages).

Ecologie éclatée

Les malheurs de EELV n'impliquent nullement la disparition de l'écologie politique en France. Par leur ampleur, les questions environnementales demeureront, d'une manière ou d'une autre, dans l'agenda politique. Elles pourraient simplement s'exprimer dans la sphère publique tout autrement que ce fut le cas dans la dernière période.

L'écologie a toujours été diverse et sa convergence en une seule formation politique relève de la performance

La première possibilité est celle d'une écologie éclatée. Cette sensibilité a toujours été diverse et sa convergence en une seule formation politique relève inévitablement de la performance. Le pavillon EELV risque ainsi d'être redimensionné comme l'une des incarnations de l'écologie politique française.

L'écologie radicale s'exprime dans le Parti de gauche dont le drapeau mêle le vert au rouge. Jean-Luc Mélenchon, en voie de préempter la contestation de gauche à François Hollande, affiche clairement sa sensibilité à l'écologie, au point d'être attentif aux thèses de la décroissance.

De l'autre côté, EELV sera cerné par l'écologie d'accompagnement des compagnons de route du PS sans oublier les personnalités modérées qui portent, à leur façon, un message écologiste comme Corinne Lepage ou Chantal Jouanno. Après tout, certains ont toujours prétendu que l'écologie était chose trop sérieuse pour être confiée à un seul parti et que cette préoccupation devait irriguer l'ensemble de l'échiquier politique.

Homme providentiel

Il existe toutefois une autre hypothèse, celle de la coagulation du message écologiste autour d'une personnalité fédératrice. C'est le paradoxe de ce courant d'ordinaire allergique aux chefs et aux stars que de s'en remettre parfois à un homme providentiel. Ce fut le cas en 2009 avec Daniel Cohn-Bendit. Et cette histoire pourrait se répéter avec Nicolas Hulot en 2017.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si «Dany» pousse ardemment Hulot à «oser» se présenter à l'élection présidentielle. Franck Pupunat, fondateur du mouvement Utopia, a lancé une pétition d'appel à la candidature de l'ancien présentateur d'Ushuaïa, qui a recueilli quelques 41.000 soutiens. L'idée est de faire appel à «un homme indépendant et libre» qui puisse être «le porte-voix de celles et ceux qui inventent, qui créent, qui partagent».

Comme candidat, Nicolas Hulot écraserait Cécile Duflot mais chatouillerait François Hollande...

C'est là un vrai enjeu. L'écologie de terrain existe et se répand mais ses promoteurs se méfient fréquemment des jeux politiques. Hulot brûle vraisemblablement de se lancer dans l'aventure autant qu'il en redoute les épreuves. Pour l'heure, sa position relève du «non, mais». Bref, il ne demande qu'à être poussé, à la demande générale, à se porter candidat.

Sa popularité est impressionnante, supérieure même aux dernières nouvelles à celle d'Alain Juppé. Une telle aura ne se transforme toutefois pas aisément en bulletins de vote. Si 27% des Français souhaiteraient qu'il entre dans la danse présidentielle, ses intentions de vote tournent autour de 9 à 11% selon les configurations de candidatures. Hulot écraserait Duflot et chatouillerait Hollande...

Mais la clef ne se situe pas du côté des enquêtes d'opinion. «ll attend que la société civile se mette en mouvement, avec sa diversité, ses initiatives, et des propositions fortes d’associations, d’ONG, de syndicats pour changer de modèle de développement et de démocratie: alors il pourra accompagner cette vague et lui servir de levier, d’accélérateur, et de porte-parole», confie son ami Jean-Paul Besset. Autant dire que cela n'est pas gagné d'avance.

Eric Dupin Journaliste

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