Culture

Pourquoi Hollywood cache-t-il autant les acteurs noirs dans ses blockbusters?

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 28.04.2016 à 13 h 39

Repéré sur Vulture, Buzzfeed

Ces dernières années, beaucoup d’entre eux ont interprété des rôles qui nécessitaient qu’on change la couleur de leur peau ou qu’on les transforme entièrement.

Lupita Nyong'o, deux fois | Global Panorama via Flickr CC License by II Lupita Nyong'o dans «Star Wars: Le Réveil de la Force»

Lupita Nyong'o, deux fois | Global Panorama via Flickr CC License by II Lupita Nyong'o dans «Star Wars: Le Réveil de la Force»

Si vous êtes déjà allé voir au cinéma Civil War, le dernier volet des aventures du héros Marvel Captain America, vous avez assisté à un exploit. S’ils sont plus ou moins «secondaires» dans l’intrigue, les rôles du Faucon (Anthony Mackie), de War Machine (Don Cheadle) et de Black Panther (Chadwick Boseman) sont interprétés par des acteurs noirs. Le fait de voir trois comédiens de couleur –bon tous des hommes, c'est vrai– dans l’un des blockbusters les plus attendus de l’année est déjà une performance en soi quand on connaît le manque de visibilité de la communauté afro-américaine dans les productions hollywoodiennes, comme l’a récemment montré la polémique #OscarsSoWhite.

Mais si on se penche sur les autres films à grand budget sortis ces dernières années ou sur le point de sortir, on se rend compte qu’il existe un autre problème de visibilité qui dépasse la simple question du casting. Par exemple, l’acteur britannique Idris Elba, parfois pressenti pour interpréter le rôle de James Bond, est au générique de quatre grosses productions cette année. Seul hic: vous ne verrez pas son visage. Dans trois d’entre eux, il fait le doublage de personnages de synthèse, et dans le dernier, Star Trek sans limites, il est caché derrière un maquillage lourd et de nombreuses prothèses.

Idris Elba dans Star Trek Beyond.

Même chose pour l’actrice oscarisée Lupita Nyong’o, qui joue une extraterrestre orange dans le dernier Star Wars et un loup blanc dans Le Livre de la Jungle. Citons également Paula Patton, qui jouera une orque verte dans le film Warcraft ou Zoe Saldana qui jouait une extraterrestre également verte dans Les Gardiens de la Galaxie.

Une telle récurrence étonne et interroge le journaliste de Vulture Kyle Buchanan. «Vous ne voyez pas Leonardo DiCaprio, Sandra Bullock et Tom Cruise peindre leur visage pour avoir des rôles, mais cette tactique de changement de couleur est pratiquement devenue quelque chose de requis pour les acteurs dramatiques noirs qui veulent apparaître dans les films à gros budget», écrit-il. Dans la saga des X-Men, le personnage interprété par l’actrice Jennifer Lawrence a beau avoir une peau bleue dans son état «naturel», elle apparaît la plupart du temps avec la peau blanche. Si les acteurs de couleurs réussissent à apparaître de plus en plus dans les gros films, on continue de ne pas les voir, ce qui fait persister les problèmes de visibilité.

Soupçons de «whitewashing»

Un véritable cercle vicieux s’est mis en place selon Buchanan, où les acteurs noirs sont obligés d’accepter une visibilité minime pour avoir leur place dans les grosses productions: «Et quand ces gros rôles sont les seuls disponibles, qui peut blâmer ces acteurs pour les accepter? Quand les acteurs noirs veulent jouer des rôles d’humains ou avoir le rôle principal, ils sont toujours forcés de travailler loin des grands studios ou d’aller dans des films indépendants.»

Ce constat est d’autant plus tragique qu’à l’inverse, les productions continuent à imposer des acteurs blancs, même quand il n’y a aucune raison. Il y a quelques jours encore, le site Buzzfeed expliquait sur son site la polémique autour du choix de Scarlett Johansson pour jouer le rôle de Motoko Kusanagi dans l’adaptation du manga Ghost in the Shell. Un casting qui a évidemment provoqué la colère de fans qui accusent les producteurs de faire du «whitewashing», cette pratique qui consiste à faire interpréter des personnages de couleur par des acteurs blancs. Le débat autour de la diversité et de leur visibilité au cinéma est donc loin d’être réglé. 

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