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Il y a actuellement une querelle autour des emojis, et elle est très sérieuse

Temps de lecture : 2 min

L’Unicode Consortium, qui régule les petits dessins, doit affronter la colère de certains médiévistes.

Le caca contre la ponctuation médiéviste (Montage Slate.fr)
Le caca contre la ponctuation médiéviste (Montage Slate.fr)

Quand on envoie un emoji «caca» dans un message, il est difficile d’imaginer que derrière ce dessin rigolo se cache une vénérable institution, l’Unicode Consortium (UTC), avec à sa tête plusieurs cadres de grands groupes du monde de la tech. En octobre 2015, le New York Times rappelait que «l’Unicode a été créé à la fin des années 1980 pour développer des codes standardisés pour les caractères de texte. Il fut un temps où les ordinateurs différents ne pouvaient pas se parler facilement parce qu’ils utilisaient des codes différents pour les mêmes lettres». Le consortium a donc reçu la mission de s’assurer que chaque lettre, chaque ponctuation et chaque symbole étaient reconnaissables sur chaque ordinateur et téléphone. C’est pour cela que, lorsque vous envoyez un emoji sur un appareil différent du vôtre, son apparence change mais son sens reste le même (à quelques exceptions près).

Depuis plusieurs années, parce qu’il est en charge de décider quels emojis vont être ajoutés dans vos téléphones, l’Unicode Consortium a bénéficié d’un écho médiatique très important, notamment quand il a compensé le manque de diversité des symboles. Mais aujourd’hui, cette place donnée aux petits symboles a créé de vives tensions au sein de l’Unicode, comme le révèlent des e-mails obtenus par le site Buzzfeed. «La série de messages de frustration montre un fossé grandissant entre ceux qui adhèrent à la mission originale de l’organisation, à savoir coder les vieux langages obscurs, et ceux qui investissent le temps et les ressources de l’Unicode dans des caractères nouveaux et plus populaires: les emojis», écrit le site.

PUNCTUS EXCLAMATIVUS MARK

Michael Everson, célèbre typographe et membre de l’institution, écrivait ainsi, après que l’animateur américain Stephen Colbert avait mentionné l’Unicode, «il est délicieux que tout le monde soit si heureux à propos de M. Colbert, mais je peux dire que beaucoup de gens pensent que l’UTC a perdu son objectif. Emoji, emoji, emoji. On ne parle que des emojis».

Le typographe éprouve de grandes difficultés à éditer des documents médiévaux. Et il regrette que le Consortium ne donne pas de suite à ses demandes d’ajouts de caractères de l’époque dans la base de données, alors qu’il accepte pendant le même temps d’ajouter un emoji selfie et un autre sur le pentathlon moderne. Dans un e-mail, Everson écrit: «Qu’est-ce qu’il faut pour avoir votre attention, les gars? Une proposition poisson d’avril pour UN EMOJI PUNCTUS EXCLAMATIVUS MARK [l’un des symboles médiévaux étudié par Everson, NDRL]?»

Si l’homme a réuni des soutiens, un autre typographe, John Hudson, a tenu à rappeler qu’il s’agit de deux domaines qui ne peuvent être comparés: «Ces propositions pour des langues historiques sont compliquées, il y a beaucoup de choses qu’on ne sait pas et cela prend beaucoup de temps, alors que des choses comme l’emoji bacon passent vite au sein du comité.»

Derrière cet affrontement qu’Hudson surnomme «Emojigeddon», une question reste en suspens et alimente le débat depuis longtemps: les emojis sont-ils un langage? Si certains médias s’interrogent, des membres de l’Unicode n’y croient pas, comme Hudson:

«Les gens ont des stratégies pour les lier ensemble, bien sûr, pour leur donner un sens plus large, tout le monde sait que l’aubergine est une érection et les gens font des sextos avec les légumes, mais cela ne veut pas dire qu’il s’agit de substitut pour le langage.»

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