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Après les régionales, l’Allemagne voit des coalitions de toutes les couleurs

Daniel Vernet, mis à jour le 26.04.2016 à 16 h 31

En Allemagne, tous les partis démocratiques peuvent former des coalitions entre eux. Ce qui donne des alliances colorées.

À gauche, des supporters des Verts (Daniel Maurer/dpa/AFP) et, à droite, d’autres du parti populiste d’extrême droite AfD, à Stuttgart, le 13 mars 2016 (Felix Kästle/dpa/AFP) | Montage Slate.fr

À gauche, des supporters des Verts (Daniel Maurer/dpa/AFP) et, à droite, d’autres du parti populiste d’extrême droite AfD, à Stuttgart, le 13 mars 2016 (Felix Kästle/dpa/AFP) | Montage Slate.fr

Jamaïque, Kenya, kiwi, feux tricolores… La palette des coalitions gouvernementales s’enrichit en Allemagne au gré de l’apparition de nouveaux partis et des élections régionales, qui désignent les gouvernements des seize Länder. Chaque formation est affublée d’une couleur. Les démocrates chrétiens (CDU-CSU) sont les noirs. Les sociaux-démocrates (SPD) et la gauche radicale (Die Linke) se partagent le rouge, bien que celui du SPD ait bien pâli au fil des ans. Les écologistes sont les Verts, comme leur nom l’indique. Le jaune est pour le FDP, qui rassemble les libéraux partisans de la libre entreprise et des progressistes en matière politique et sociale. Quant au nouveau parti, Alternative für Deutschland (AfD), apparu avant les élections générales de 2013, il est désigné par le bleu.

Combinez toutes ces couleurs et vous obtenez par exemple la coalition «Kenya» –noire, rouge, verte, suivant le drapeau de ce pays. Elle vient d’être intronisée dans le Land de Saxe-Anhalt à la suite du scrutin régional du 13 mars. Le gouvernement est composé de chrétiens démocrates, de sociaux-démocrates et de Verts. C’est la première du genre en Allemagne.

Le Bade-Wurtemberg, qui votait aussi le 13 mars, va connaître une alliance également inédite, entre les écologistes et la CDU. C’est la coalition «kiwi», verte à l’extérieur, noir à l’intérieur. Le ministre-président du Land, Winfried Kretschmann, ancien communiste, catholique pratiquant, est une vedette des Grünen. Jusqu’à maintenant, il gouvernait avec le SPD. Mais celui-ci s’étant effondré aux dernières élections, Winfried Kretschmann s’est tourné vers les démocrates chrétiens. Un compromis a été trouvé entre les verts et les noirs. Depuis deux ans, la même alliance règne sur la Hesse –la région de Francfort, mais dans un ordre inverse. La CDU dirige le gouvernement, les Verts font l’appoint de la majorité.

En Rhénanie-Palatinat, la coalition sera du modèle «feux tricolores»: rouge, jaune, verte, sous la direction de Malu Dreyer, une sociale-démocrate qui est la seule dirigeante du SPD à avoir résisté à la perte d’influence générale de son parti. D’autres Länder sont gouvernés par des «grandes coalitions» (SPD-CDU) à l’image du gouvernement fédéral.

Morcellement

Toutes les combinaisons –ou presque– sont envisageables. Le principe de la politique allemande est que tous les partis démocratiques peuvent former des coalitions entre eux. «Nous sommes des adversaires politiques, pas des ennemis», dit le chef des Verts, Cem Özdemir. Jusqu’à une date récente, il était admis que la gauche radicale pouvait certes être une alliée des grands partis dans les institutions locales, y compris de la CDU dans les municipalités, mais qu’elle ne pouvait désigner un chef de l’exécutif régional, ni entrer dans une coalition au niveau fédéral. Le premier verrou a sauté en décembre 2014 quand Bodo Ramelow, un dirigeant de Die Linke, est devenu ministre-président du Land de Thuringe à la tête d’une coalition comprenant aussi le SPD et les Verts. C’est un premier pas vers la respectabilité mais insuffisant pour que Die Linke devienne un partenaire national. Théoriquement, le SPD, les Verts et Die Linke auraient dans le Bundestag actuel une courte majorité qui leur permettrait de ravir Angela Merkel à la chancellerie. Mais la gauche radicale ne peut être une alliée aussi longtemps qu’en politique extérieure, elle refusera les principes de base de diplomatie allemande, comme l’appartenance à l’Otan.

Au niveau national, les partis traditionnels, parmi lesquels il faut compter les Verts, intégrés dans le système depuis les années 1980, veulent toujours «couper les deux bouts de l’omelette»: pas d’alliance ni avec Die Linke à gauche, ni avec l’AfD à droite. Fondée sur l’hostilité à l’euro, l’AfD s’est rapprochée des partis populistes d’extrême droite qu’on trouve ailleurs en Europe, hostiles à l’immigration et à l’islam. Aux élections générales de 2013, elle a manqué de peu le seuil des 5% qui lui aurait permis d’avoir des députés au Bundestag. Depuis, elle a prospéré dans tous les scrutins régionaux, dépassant Die Linke dans le Land de l’est de Saxe-Anhalt et le SPD dans le Bade-Wurtemberg, un des Länder les plus riches de l’ouest. Si les élections avaient lieu dimanche 1er mai, l’AfD obtiendrait plus de 13% des voix, selon les sondages.

Comme dans d’autres pays européens, la droite populiste profite du discrédit frappant les partis établis. Avant la réunification, les deux partis de masse (Volkspartei), CDU et SDP, qui comptaient chacun plusieurs centaines de milliers d’adhérents, rassemblaient près de 80% des suffrages. Aujourd’hui, ils n’en représentent péniblement que la moitié. Le morcellement du paysage politique, avec six partis qui pourraient être représentés dans le prochain Bundestag en 2017 –ils n’étaient que trois dans les premières décennies de la «République de Bonn»–, ouvre la voie à deux hypothèses: une instabilité politique liée au rôle excessif des petites formations charnières ou la perpétuation d’une grande coalition qui favorise la montée des partis populistes protestataires.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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