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Faut-il vacciner les garçons contre le papillomavirus humain?

William Saletan, mis à jour le 19.10.2009 à 12 h 39

Le vaccin marche aussi sur les hommes, qui participent à la diffusion du virus au même titre que les femmes.

Vaccination à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Vaccination à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Vous avez sans doute déjà entendu parler de ces filles qui se font vacciner contre le papillomavirus humain (HPV). Le virus est une cause de cancer de l'utérus, de la vulve et du vagin. Mais il peut également être à l'origine de maladies qui touchent les hommes et les garçons: les cancers oraux, anorectaux et de la gorge, sans parler des verrues génitales et autres débuts juvéniles de papillomatose, une maladie respiratoire infantile qui peut se transmettre par une mère infectée par le HPV. «Des nouvelles données sur l'utilisation du vaccin HPV chez les hommes suggèrent une bonne efficacité contre les infections de type vaccinales et les lésions génitales externes,» explique une étude publiée la semaine dernière dans le British Medical Journal.

Les garçons doivent-ils être vaccinés?

Non, selon les auteurs. «Nos résultats suggèrent que si la couverture et l'efficacité du vaccin sont bonnes chez les filles préadolescentes (12 ans), inclure les garçons dans une campagne de vaccination contre le HPV ne représenterait pas une utilisation optimale des ressources en comparaison à la vaccination uniquement féminine... Notre analyse privilégie la vaccination contre le HPV des filles préadolescentes (avec des examens réguliers à l'âge adulte) comme une intervention efficace par rapport à son coût... Inclure les garçons dans le programme de vaccination dépasse le cadre de ce qu'on peut qualifier de bon rapport qualité-prix.»

Pourquoi vacciner les filles et non les garçons. Les auteurs citent plusieurs facteurs. D'abord, le HPV a plus de chances de nuire aux filles. Ensuite, le vaccin est plus efficace chez les filles. Troisièmement, le taux de transmission virale dépend de la prévalence du virus «chez le sexe opposé à une période donnée.» Si les filles sont vaccinées régulièrement, les garçons n'ont plus rien à attraper ou à transmettre.

En d'autres termes, les garçons n'ont pas besoin de se faire vacciner pour les mêmes raisons qu'ils n'ont pas besoin de faire leur vaisselle, leur lessive, d'acheter de pilules de contraceptions, ou de penser aux autres de manière générale: les filles le font pour eux.

Pourquoi les vaccins contre le HPV marchent mieux chez les filles que chez les garçons? Parce qu'ils ont été conçus pour elles et testés sur elles. Certes, le HPV touche plus les filles que les garçons, mais on peut en dire autant de la grossesse. Il y a quand même un homme dans l'équation. Les garçons partagent bien le plaisir, pourquoi ne devraient-ils pas partager la responsabilité? Et qu'en est-il de cette maladie respiratoire infantile? Les hommes ne devraient-ils pas participer à la prévenir?

Les filles le feront

Pas besoin de chercher très loin pour trouver un monde où les hommes font leur vaisselle et leur lessive. C'est un monde où les hommes vivent, font l'amour et partagent les responsabilités du foyer avec d'autres hommes. Ils n'ont pas de femmes ou de copines pour penser à tout et s'occuper de tout à leur place. Ils doivent le faire eux-mêmes.

C'est la même chose avec la protection contre les virus sexuellement transmissibles. Les auteurs de l'article du British Medical Journal admettent qu'ils «n'ont étudié que les couples hétérosexuels et qu'ils n'ont donc pas pris en compte la transmission du HPV entre hommes ayant des relations homosexuelles, qui présentent un risque supérieur de cancer anal et pourraient donc tirer plus de bénéfices d'une vaccination contre le HPV.» Mais ce n'est pas le seul argument en faveur de la vaccination des gays: la vaccination des femmes ne les protèges aucunement. Ils ne peuvent compter sur personne d'autre pour se charger du problème à leur place.

Qu'est-ce qui arriverait aux hétéros si les femmes n'étaient pas vaccinées? Les auteurs ont imaginé ce scénario dans leurs modèles mathématiques. «Si la couverture chez les filles se retrouve faible, vacciner les garçons devient bien plus attractif,» concède le chef de l'équipe de chercheurs.

Il se peut que la vaccination systématique des deux sexes soit une mesure excessive. Mais dans ce cas, on devrait se demander pourquoi il revient au partenaire qui s'occupe déjà de la contraception de se faire vacciner.

William Saletan

Traduit par Grégoire Fleurot

Image de une: Vaccination à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

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