Science & santé

Fréquenter les boutiques de luxe rend-il moins altruiste?

Repéré par Léo Roynette, mis à jour le 25.04.2016 à 14 h 37

Repéré sur Taylor & Francis

Les quartiers luxueux ne sont pas le bon endroit pour demander de l’aide.

La place Vendôme, à Paris, est l'un des symboles du luxe à la française. | Giorgio Galeotti via Wikimedia Commons License by

La place Vendôme, à Paris, est l'un des symboles du luxe à la française. | Giorgio Galeotti via Wikimedia Commons License by

Si l’argent ne rend pas forcément heureux, il semblerait que, selon le caractère luxueux de l’endroit où vous vous trouviez, vous veniez plus ou moins volontiers en aide aux personnes qui vous le demandent. C’est ce que signale une étude française publiée dans la revue Taylor & Francis.

Cette conclusion ne sort pas de nulle part: l’équipe de chercheurs a mené trois expérimentations dans des rues parisiennes sur plus de 500 personnes. Tout cela à l’aide de complices, de jeunes étudiantes âgées entre 18 et 19 ans.

La première expérience, menée dans le Triangle d’or de Paris, où se côtoient un grand nombre de boutiques de luxe, a porté sur quarante femmes et quarante hommes. Le scénario était le suivant: une étudiante, habillée simplement et portant une attelle, a les bras chargés puis fait tomber un paquet de bonbons devant les passants. Résultat: seulement 35% des personnes sortant d’une boutique de luxe l’ont aidée, contre 77,5% des piétons se trouvant dans des rues adjacentes sans magasins. Les passants sortant d’une boutique de luxe consentent donc moins à rendre service à autrui que d’autres marcheurs rencontrés dans des rues sans aucune boutique.

Environnement matéraliste

La deuxième expérience a, quant à elle, montré que les personnes se trouvant à proximité de boutiques de luxe semblent elles aussi influencées par leur environnement huppé –même pas besoin d’y entrer. Sur la fameuse place Vendôme, à Paris, et dans ses environs, 112 personnes ont été interpellées par les étudiantes. En duo, l’une demandait aux passants de bien vouloir veiller sur sa complice, installée sur une chaise roulante et ayant soi-disant du mal à rester seule, en prétextant avoir oublié son porte-monnaie dans un bar non loin. Résultat: 23,2% des piétons place Vendôme ont accepté, tandis que 82,1% des passants des rues adjacentes ont rendu ce service.

La troisième et dernière expérience a permis de lier le standing des boutiques à un altruisme variable: ceux qui longent une rue comprenant des boutiques de luxe ont moins tendance à rendre service que les personnes à proximité de boutiques plus généralistes. Il était demandé aux passants de bien vouloir prêter leur téléphone portable pour passer un appel. Sur la luxueuse avenue Montaigne, seuls 40,8% acceptèrent, 63,3% sur le bas de l’avenue des Champs-Élysées, où les boutiques sont moins luxueuses que vers la place de l’Étoile, et 74,1% rue de Marignan, voie sans boutique. Sur cette expérience-là, les femmes s’avéraient moins serviables que les hommes: respectivement, elles étaient 30%, 63,3% et 68,3% à accepter. Elles ont cependant autant prêté leur téléphone que les hommes sur l’avenue des Champs-Élysées.

Les chercheurs font l’hypothèse qu’un environnement matérialiste provoquerait en nous un comportement du même type, narcissique et individualiste, et c’est cela qui nous pousserait à ne pas accéder aux requêtes des passants. Cependant, l’auteur de l’étude fait également part des limites de cette recherche: en effet, on ne sait pas si les passants auraient réagi différemment si les complices présentaient un signe de richesse visible.

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