Culture

«Am I Black Enough For You?», l’autre chanson importante de Billy Paul

Mélissa Bounoua, mis à jour le 25.04.2016 à 13 h 45

Un an après «Me & Mrs. Jones», le single «Am I Black Enough For You?» devait aussi être un tube. Mais la chanson, aux paroles politiques, n'a pas eu le succès attendu.

De toutes les chansons de Billy Paul (Paul Williams, de son vrai nom), celle dont on se souviendra après la mort de l’artiste dimanche 24 avril, c’est «Me and Mrs. Jones». Restée en tête des ventes pendant trois semaines en 1972, elle a été reprise et adaptée par Coolio ou Mary J. Blige mais aussi par le chanteur canadien Michael Bublé. La meilleure restant forcément l’originale...

Mais, de Billy Paul, on connaît moins «Am I Black Enough For You?» (en français, «Suis-je assez noir pour vous?»). La chanson figure aussi sur l’album 360 Degrees of Billy Paul, elle sort en single en 1973 et devait avoir le même succès que «Me & Mrs. Jones», vendue à plus de 2 millions d’exemplaires rien qu’aux États-Unis. Cela ne sera jamais le cas, elle n’est que 79e au classement Billboard en 1973. Les paroles, qui encouragent les noirs à défendre leur droits et à marcher ensemble, sont beaucoup plus politiques que celles de «Me and Mrs. Jones» (qui évoque une histoire d’amour adultère).

Échec

C’est dans un ouvrage sur la musique soul à Philadelphie —A House on Fire: The Rise and Fall of Philadelphia Soul— publié en 2004 par les éditions de l’université d’Oxford, que l’on en apprend un peu plus: Billy Paul ne voulait pas sortir la chanson en tant que single, soulignant que cela «tuerait l’enthousiasme de beaucoup de gens». Mais l’auteur et producteur de la chanson Kenneth Gamble a pris la décision avec CBS, insistant pour dire que c’était une «super chanson»:

«Gamble n’était pas anti-blanc, mais défendait vigoureusement les droits de noirs. Il pensait que la plupart d’entre eux ne se considéraient pas assez sérieusement et étaient ainsi parfois leurs pires ennemis. Gamble pensait aussi que noirs et blancs devaient vivre ensemble en paix (voir les paroles de “Love Train” de The O’Jays). Soit Gamble pensait donc naïvement que la sortie de la chanson pourrait faire converger deux idéaux sociaux opposés, ou alors il s’est dit “advienne que pourra” (même pour la carrière de Billy Paul).»

Billy Paul estime qu’il ne s’est jamais remis de l’échec de cette chanson, qui est difficilement entrée dans le top 100 de Billboard Magazine. «Cela a nui à ma carrière et cela m’a rendu aigri pendant longtemps», dira-t-il ensuite.

Dans une interview donnée en 1973, il détaille ce choix du single:

«Si je suis honnête, ce n’est pas celle-là que voulais. Mais le label pensait qu’il était important de s’adresser à un public noir. Et il n’y a pas de discussion à avoir là-dessus –l’album est en top des ventes dans les quartiers afro-américains et l’un des plus demandés par les stations de radio. Je pense que personne ne s’attendait à ce que ce soit un tube, ce sera le cas pour le prochain, celui que je voyais comme ça depuis le début, “Brown Baby”

Parmi les chansons de Billy Paul à écouter aujourd’hui, on conseillera aussi l’incontournable «Your Song»«Let ’Em in», «July, July, July, July» et «When Love is new».

Mélissa Bounoua
Mélissa Bounoua (93 articles)
Rédactrice en chef adjointe de Slate.fr
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