Science & santé

Le syndrome prémenstruel existe-t-il vraiment?

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 24.04.2016 à 18 h 01

Repéré sur The Atlantic

Certains syndromes n'existent que dans certaines cultures. Sont-ils moins vrais ou moins réels pour autant?

LOIC VENANCE / AFP

LOIC VENANCE / AFP

Frank Bures est journaliste et auteur, et il vient de publier aux Etats-Unis un livre intitulé «Géographie de la folie: vol de pénis, mort vaudou, et la recherche de signification des syndromes les plus étranges du monde». Dans son livre, il explore les syndromes limités géographiquement: ceux qui n'existent que dans certains endroits du monde: comme le vol de sexe, qui consiste à éprouver pour des jeunes hommes, en Afrique, la perte (le vol par un étranger plus exactement) de leurs parties génitales. 

A l'occasion de la sortie de son livre, Bures accorde un long entretien au journal américain The Atlantic, et se penche sur cette question: ce syndrome est-il réel? Car dans les pays occidentaux, ce syndrome de la peur du vol du pénis a été trivialisé, et considéré comme un faux syndrome. 

«C'est toujours la difficulté qu'il y a avec les syndromes culturels, explique Bures. Dans la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'Association Américaine de Psychiatrie, ils sont appelés syndromes culturels, et sont à la fin, en appendice, ce qui sous-entend que ce ne sont pas de vrais syndromes. Alors que ceux qui se trouvent au début du livre sont les vrais.»

Pourtant, note l'auteur, les syndromes communément acceptés comme vrais dans les pays occidentaux n'en sont pas moins influencés par la culture:

«Certains de nos syndromes varient d'une culture à l'autre, en termes de taux de présence, ou dans leur symptomatologie, ou bien n'existent pas dans d'autres cultures. Comme le syndrome prémenstruel, qui n'existe pas dans beaucoup d'endroits.»

85% des femmes affirment souffrir de ce trouble

En 2013, Slate.com avait justement consacré un article au sujet, expliquant qu'aux Etats-Unis, «85% des femmes affirment souffrir de ce trouble, mais des recherches ont montré à plusieurs reprises qu'il n'y a pas de lien entre ces changements d'état et les niveaux d'hormones changeant mensuellement».

Les désagréments n'en sont pas moins réels. En 2015, Rue89 les détaillait:

«Environ 50% [des femmes atteintes du syndrome] présenteraient des symptômes modérés, mais 35% des femmes auraient des symptômes perturbant leur vie sociale, professionnelle ou familiale. Le syndrome combine au moins un signe physique (douleurs, problèmes de peau, gonflements, fatigue, troubles digestifs, migraines, troubles urinaires, aggravation des allergies...); et un signe neuropsychique (troubles comportementaux, cognitifs, du sommeil, de la libido, de l’humeur). Il existe plus de 150 symptômes différents qui peuvent changer d’un cycle à l’autre.»

Une réponse au patriarcat

Dans son article de Slate, Amanda Marcotte citait la théorie de la féministe Carol Tavris, arguant dès les années 90 que le syndrome menstruel persiste parce que cela permet aux femmes d'avoir une soupape de décompression, durant laquelle elles peuvent exprimer leur colère et leur irritation face à une culture qui attend d'elles qu'elles soient toujours plaisantes, et de bonne composition.

Marcotte dressait déjà le parallèle entre le vol de sexe et le syndrome prémenstruel: dans les deux cas écrivait-elle, «la détresse de la personne qui souffre est entièrement vraie, même si empiriquement, les faits démontrent qu'il n'y a aucune source biologique à cette souffrance.»

Ce parallèle permet de relativiser la perception du vol de sexe comme un «faux» syndrome. 

L'intolérance au gluten

«Les symptômes peuvent être réels même si la cause n'est pas exactement celle que vous pensez. (...) L'intolérance au gluten est une très bonne candidate pour l'appellation syndrome culturel. Vous sentez que quelque chose ne va pas, et vous pensez que c'est à cause de ça: le gluten ou les éoliennes ou les hormones ou des formules magiques, ou quelque chose. En fonction de votre conception des choses, vous pouvez avoir certains symptômes que vous générez en quelque sorte, par votre croyance en eux.»

Bures explique que la distinction-même entre vrai et faux est problématique. Historiquement, les cultures occidentales distinguent ce qui est physique de ce qui est mental, et considèrent ce qui est physique comme vrai, et ce qui est mental comme relevant de l'imaginaire ou du psychosomatique.

«C'est le modèle biomédical, qui considère le corps comme une machine, toute notre expérience relève de ces réactions biochimiques, et on devrait pouvoir tout réparer en changeant la biochimie. Je crois qu'un modèle plus exact, ou plus complexe, serait un modèle de biolooping où nos idées, notre état d'esprit, et nos croyances interagissent avec la biologie, changent la biologie d'une manière que l'on peut mesurer. C'est réel mais ce n'est pas d'abord physique. C'est d'abord mental.»

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