Monde

Prenez la vague des croisières à la coule, ces nouveaux clubs privés

Loïc H. Rechi et Stylist, mis à jour le 02.05.2016 à 13 h 51

Rituels chelous, cartes de membres et simili VIP: il est temps de monter à bord du paquebot.

Les croisières metal participent au rajeunissement du public d'un secteur qui a le vent en poupe.

Les croisières metal participent au rajeunissement du public d'un secteur qui a le vent en poupe.

Longtemps classée sur le podium des activités de vieux, ex æquo avec le tricot et le binge-watching d’Amour, Gloire et Beauté, la croisière séduit de plus en plus les millenials, qui occupent désormais un tiers des cabines de navires depuis lesquelles ils peuvent déverser sur les réseaux un torrent de selfies façon Titanic et autres clichés ensoleillés de leur Dolce Vita.

Capture d’écran d’une photo de christinabiluca publiée le 1er mai 2016 sur son compte Instagram

Grâce à eux, en 2016, 23 millions de voyageurs devraient embarquer pour un voyage organisé en mer. Autre preuve de la bonne santé du secteur (ouais, on peut parler comme dans Capital), juste après la visite historique de Barack Obama à Cuba, le premier opérateur de croisières aux USA a annoncé qu’il relançait les croisières entre les deux pays dès le mois de mai. Mais le vrai succès de ces dernières années, c’est la croisière à thème. Un concept qui allie toutes les joies d’un club privé à l’ancienne: entre-soi, impunité, plaisirs gourmands et discrétion. Bienvenue à bord.

1.Soyez politiquement incorrect

Si vous pensez que le problème, c’est qu’on ne peut plus rien dire, vous pourrez parler sans craindre la contradiction dans ces temples de l’entre-soi. Sur les bords du Danube en juin, vous apercevrez peut-être la croisière Freedom of Speech organisée par la NRA, le puissant lobby pro-gun américain avec, à son bord, Ben Carson, candidat malheureux à l’investiture républicaine.

Les adeptes de la théorie du complot ont, eux, pu embarquer en janvier à L.A., direction la Mexican Riviera à bord de la Conspira-Sea. Au programme: zone 51, 11-Septembre, vaccins, assassinat de JFK… En France, de plus en plus de journaux organisent leurs croisières: Valeurs Actuelles, le journal ultra-conservateur, larguera les amarres en mai direction les fjords norvégiens pour parler Histoire. Les lecteurs de Marianne ou de L’Obs ont aussi la possibilité de côtoyer leurs journalistes préférés en mer.

«Ces croisières s’adressent à des publics qui ont un lien fort, une communauté de pensée avec les journaux qui les organisent», note Lionel Rabiet, lui-même ancien journaliste au Figaro, aujourd’hui reconverti dans le business des croisières.

2.Goûtez des plaisirs nouveaux

Le site cruise.co.uk révèle qu’un croisiériste sur cinq avoue avoir déjà trompé son partenaire au cours d’une traversée. Pourtant, la même enquête nous apprend aussi que seules six compagnies offrent des préservatifs, et seulement trois disposent de pilules du lendemain. Mais on ne parle ici que des croisières régulières. Car il existe une gamme immense orientée sexe: les totales nudistes (3.000 personnes à walou), les croisières pour célib’ (et ça marche, 85% de participants ont un flirt, pour 35% la relation est consommée à bord, et dans 7% des cas, ils se revoient même à terre) et la regrettée Cougar cruise, qui a fait son dernier voyage en 2013.

Heureusement, il reste les croisières échangistes, et en la matière, le tour-opérateur Couple Cruise et ses croisières aux Caraïbes fait office de manitou. À partir de 1.500 dollars, vous embarquez à bord d’un bateau équipé d’un cinéma érotique, de salles que l’on ne peut pénétrer qu’à poil, et même d’un donjon SM.

3.Devenez membre premium

Comme tous les clubs, les croisières connaissent leur hiérarchie. Une fois à bord, tous les membres ne sont pas égaux. Les immenses paquebots sont de véritables villes flottantes où les tentations sont nombreuses, mais où les plaisirs ont un coût. Comme l’expliquait récemment François Lévêque, prof d’économie, au journal La Tribune, «en termes de profit, les ventes de billets comptent pour du beurre […]. Le jeu pour les compagnies est d’attirer les clients en fabriquant de belles cages dorées, les faire entrer dedans en leur proposant des prix ciblés et leur proposer des services payants qui les satisfassent».

Pour pimenter le jeu, les grandes compagnies proposent désormais des clubs fidélité, sur le modèle des compagnies aériennes. Plus on fait de croisières, plus on bénéficie de points qui donnent droit à des avantages (surclassement, réductions…). But du jeu: atteindre le niveau Club Perla Diamante chez Costa Croisières pour pouvoir… choisir ses oreillers.

4.Vivez votre passion

«Les joyaux de la Méditerranée» ou «Les plaisirs des Caraïbes», vous n’en avez rien à faire? Aucun souci, parce que dans les croisières à thème, le paysage sera le cadet de vos soucis. Quel que soit votre hobby, il y a une croisière pour vous. Il y en a tellement qu’on pourrait jouer à «pense à un truc –il existe une croisière pour ça». Exemple: vous aimez Star Wars? Il existe une croisière pour ça. Fan de metal? Il existe des dizaines de croisières metal. Franc-Maçon? Espion? Walking Dead? Médium? Cigares? Tous les weirdos ont droit à leur tour en bateau. Avec au programme, conférences animées par des «vedettes» (Hervé Vilard, Jérome Bonaldi, Stéphane Bern…).

Allez vous balader sur un site de croisière, il y a plus de tags que sur YouPorn. «Le marché s’est beaucoup segmenté», confirme Lionel Rabiet, fondateur de croisieres-thematiques.fr. Comme ça, vous êtes certaine de ne pas tomber nez à nez avec une idiote qui regarde Game of Thrones alors que vous, vous avez vraiment envie de discuter de Empire.

Loïc H. Rechi
Loïc H. Rechi (32 articles)
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Mode, culture, beauté, société.
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