Culture

Aziz Ansari a tout pour vous redonner goût à la vie

Temps de lecture : 10 min

Tout ce que cet homme peut vous faire avaler...

martin schoeller/august-agence a pour Stylist
martin schoeller/august-agence a pour Stylist

Entre votre ostéopathe magnétiseur, l’horoscope de Susan Miller et le bon sens de votre buraliste, vous avez pris l’habitude de vous en référer aux conseils d’autrui pour assouvir vos ambitions existentielles. Après les coachs de vie venus d’horizons divers (l’ANPE, le secrétariat médical, le fitness), c’est au tour des stars américaines de dispenser leurs leçons de vie dans des livres qui finissent invariablement dans les listes des meilleures ventes aux États-Unis –ce qui annonce généralement un déferlement en léger différé en France.

De Cameron Diaz (The Longevity Book) à Amber Rose (How to Be a Bad Bitch) en passant Lea Michele (You First) ou encore la moins ambitieuse Kate Hudson (Pretty Happy), depuis un an, ce sont elles qui s’improvisent en gourous de bistrot. Sauf qu’au milieu de cette grande fête paulo-coelhienne, il y en a un qu’on est ravis d’intégrer à notre squad de mentors du quotidien: c’est Aziz Ansari.

En plus d’avoir joué dans Parks and Recreation, écrit, joué et réalisé la série Master of None, dont Netflix a annoncé en février qu’elle serait reconduite pour une deuxième saison, et publié l’un des plus gros cartons de librairie de 2015 Modern Romance, Ansari est devenu un mix entre le sociologue amateur (qu’on interroge régulièrement sur l’époque) et Pascal le grand frère, toujours dispo pour vous remettre dans le droit chemin. Portrait de notre nouveau gourou en cinq leçons à retenir.

1.Capitaliser sur sa lose

Votre approche: dans votre tête, vous aviez l’impression d’être la réincarnation de Million Dollar Baby. Et puis, vous avez essayé la boxe pour de vrai. Un micro-choc sur le nez a inscrit profondément en vous la peur panique de perdre la vue pour toujours. Du coup, vous avez tout laissé tomber (hormis le micro-short Everlast qui vous va si bien).

La stratégie Ansari: transformer son moindre échec en comédie à succès (et au passage intégrer la liste Forbes des acteurs de comédie américains les mieux payés). Nommé aux Golden Globes 2016 pour le prix de meilleur acteur dans une comédie pour son rôle de comédien raté et perdu dans Manhattan dans Master of None, Ansari a anticipé sa défaite annoncée par un mini-sketch à haut potentiel de mèmification: lui, derrière un livre dont il avait fabriqué la couverture de toutes pièces: Losing to Jeffrey Tambor (l’acteur de Transparent) with Dignity.

Mais l’échec dont il s’est le plus servi est sans aucun doute celui de sa vie sentimentale. De son incompréhension totale des règles du love game, il a tiré plusieurs stand-ups, des dizaines de situations pour Master of None et les bases de Modern Romance, un essai rempli de blagues qu’il a coécrit avec le sociologue Eric Klinenberg sur la jungle du dating moderne. Résultat: 600000 exemplaires vendus rien qu’aux États-Unis et une publication dans une quinzaine de pays (Modern Romance sortira en France en 2017 chez Bragelonne). De quoi lui faire oublier l’indifférence de Blake Lively, qu’il a textotée pendant trois ans sans jamais avoir de réponse (une conversation en solitaire qu’il a lue au micro d’Howard Stern, hilare, en 2014).

L’exercice pratique: on a hâte de lire votre grand roman autobiographique Tomber sept fois sur le ring, se relever huit.

2.Prendre le mâle à la racine

Votre approche: encore traumatisée par vos moments de honte (se perdre dans le métro, dire à voix haute que, 2,50 euros, c’est quand même pas donné pour un café, sortir le samedi) quand vous êtes «montée sur Paris», vous avez gommé tout ce que pourraient trahir vos origines provinciales. Vous êtes devenue odieuse, mais insoupçonnable.

Ansari styles

Si vous ne parlez pas anglais, trois autres directions (une blague Fan 2):

  • Manu Payet: «Parce que le gars» est capable de transformer n’importe quel événement pourri de l’existence en fresque épique qu’on aimerait ne jamais voir finir. Une leçon pour la prochaine fois où vous arriverez en retard au boulot (et que vous aurez à trouver une excuse).
  • Blanche Gardin: Alors qu’on est globalement mal à l’aise devant les humoristes qui nous racontent leur vie de fille-de-30-ans-trash-mais-quand-même-je-reste-une princesse, devant l’humour dépressif et les névroses très perso de Blanche, là, on se sent d’un coup vachement normale de l’écouter.
  • Riad Sattouf: Vous avez parfois l’impression qu’entre vous et votre papa, c’est pas ça? Rassurez-vous avec L’Arabe du futur, qui a réussi à bien s’en sortir malgré un paternel que vous ne souhaiteriez pas à votre pire ennemi. Et qui ne se venge même pas sur sa nièce Esther, dont il raconte très joliment les histoires.

La stratégie Ansari: être fier de ses origines (vu qu’il a bien compris que ce n’était qu’une partie de sa personne). «Bien sûr, j’ai l’air indien mais mes vêtements et mes baskets sont américains. Même en Inde, j’étais une sorte d’étranger», a-t-il écrit dans le New York Times en mars 2016, dans un article qui relate son voyage à la recherche de ses racines. Ansari est né à Columbia, en Caroline du Sud, de parents indiens qui ont émigré du Tamil Nadu.

En tant qu’acteur américain d’origine indienne, il refuse les rôles stéréotypés (chauffeur de taxi, bidouilleur informatique…) et de jouer avec l’accent indien –ce qui lui a coûté un rôle dans Transformers. Il n’a pas attendu que les Oscars soient accusés de récompenser «trop blanc» pour dénoncer le manque de diversité à Hollywood. Son déclic? Appelez-moi Johnny 5, un film pré-Wall-E, soit «la première fois qu’[il a] vu un personnage indien dans un film US». Avant de se rendre compte des années plus tard qu’il s’agissait d’un acteur blanc, dont on avait foncé la peau.

Dans un article du New York Times (son blog perso), il regrettait fin 2015 que l’étudiant d’origine indienne de The Social Network ait été joué par un acteur italo-britannique et le personnage indien dans Seul sur Mars par Chiwetel Ejiofor, originaire du Nigeria. La difficulté pour les comédiens d’origine indienne de trouver des rôles est le sujet d’un épisode entier, «Indians on TV», de Master of None, série dont le nombre inédit de minorités au casting a été salué par la presse.

L’exercice pratique: célébrez vos racines auvergnates en jetant des lentilles du Puy pour marquer votre joie d’avoir claqué la moitié de votre salaire chez Kitsuné.

3.Supporter sa famille

Votre approche: vous pensez avoir réglé vos blessures enfantines mais vous minutez chaque rencontre avec votre famille –au bout de vingt-sept heures, vous vous retrouvez à accuser vos parents de ne vous avoir jamais comprise. La preuve: ils viennent de vous proposer du blanc de poulet alors qu’ils savent pertinemment que vous ne mangez que la cuisse.

La stratégie Ansari: se débarrasser de ses angoisses d’abandon en rendant ses parents ultra-dépendants. Quand Aziz Ansari jouait dans Parks and Recreation, son père Shoukath, gastroentérologue, était allé voir les auteurs de la série pour leur glisser une suggestion de rebondissement: «Peut-être qu’une sorte de gastro-entérologue indien pourrait débarquer en ville!» Bien tenté mais il faudra attendre Master of None pour que le père d’Aziz décroche un rôle sur mesure: celui du père de Dev. Ansari a également engagé sa mère, Fatima, pour jouer celle de Dev. Et son petit frère, Aniz Adam, pour gonfler le pool d’auteurs.

À ses parents, il a fait jouer tout ce qui le sidère dans la vraie vie (comme leur tendance à tenter de prendre des photos à l’iPad et à se retrouver avec de longues vidéos de gens crispés), tout en coupant discrètement le cordon dans l’épisode «Parents», dans lequel il montre que les pères et les mères sont aussi des êtres autonomes, avec des intérêts qui ne tournent pas systématiquement autour de leur progéniture. Ansari les associe également à sa réussite dans une forme de Sicav émotionnelle: il les traîne au backstage de Kanye West où ce sont eux, et non Aziz, qui posent avec Beyoncé et Jay Z, et leur témoigne régulièrement sa gratitude, comme dans cette lettre de remerciements publiée sur Instagram, reprise par de nombreux médias américains, dans laquelle il rappelle notamment que, «désolé si c’est cheesy ou trop sentimental, mais si vos parents sont bons avec vous, faites quelque chose de bien pour eux».

My dad took off most of his vacation time for the year to act in Master of None. So I'm really relieved this all worked out. Tonight after we did Colbert together he said: "This is all fun and I liked acting in the show, but I really just did it so I could spend more time with you." I almost instantly collapsed into tears at the thought of how much this person cares about me and took care of me and gave me everything to give me the amazing life I have. I felt like a total piece of garbage for all the times I haven't visited my parents and told them I wanted to stay in New York cause I'd get bored in SC. I'm an incredibly lucky person and many of you are as well. Not to beat a dead horse here and sorry if this is cheesy or too sentimental but if your parents are good to you too, just go do something nice for them. I bet they care and love you more than you realize. I've been overwhelmed by the response to the Parents episode of our show. What's strange is doing that episode and working with my parents has increased the quality of my relationship to my parents IN MY REAL LIFE. In reality, I haven't always had the best, most open relationship with my parents because we are weirdly closed off emotionally sometimes. But we are getting better. And if you have something like that with your family - I urge you to work at it and get better because these are special people in your life and I get terrified when my dad tells me about friends of his, people close to his age, that are having serious health issues, etc. Enjoy and love these people while you can. Anyway, this show and my experiences with my parents while working on it have been very important in many ways and I thank for you the part you all have played in it.

Une photo publiée par @azizansari le

L’exercice pratique: montez votre propre élevage de volailles et organisez des combats de sot-l’y-laisse pour savoir qui aura la meilleure part (désolée papa, tu as encore
gagné la carcasse).

4.Réduire ses ambitions

Votre approche: grisée par l’étendue des possibles offerts par les sites de rencontre, vous perdez votre temps à chatter indéfiniment avec un G.I. américain qui passera peut-être à Paris avant de repartir tirer sur des civils au Moyen-Orient. Bref, vous avez le sens pratique.

La stratégie Ansari: dater local (et pas que pour l’impact sur l’environnement). Dans son essai Modern Romance, Ansari nous démontre que notre quête insensée de l’âme sœur, censée combler tous nos désirs et nos manques (ne mentez pas, on commence à vous connaître), est une construction récente. Si, dans les années 1980, aux États-Unis, 91% des femmes n’envisagent pas de se marier sans amour, au début des années 1960, 76% d’entre elles admettaient qu’elles pouvaient épouser quelqu’un qu’elles n’aimaient pas. Ça vous paraît scandaleux? Sauf qu’Ansari a l’exemple de ses parents qui ont fait un mariage arrangé, comme il l’a raconté au Time en 2015. Quand son père a rencontré sa mère, «ils ont discuté une petite demi-heure. Ils ont décidé que ça pourrait marcher. La semaine suivante, ils se sont mariés. Ils le sont toujours trente-cinq ans plus tard».

Limiter les options, c’est aussi ce qui a fonctionné pour les résidents d’une maison de retraite de New York, avec lesquels Ansari est allé discuter plusieurs fois pour Modern Romance. La plupart d’entre eux ont trouvé leur conjoint dans leur immeuble, de l’autre côté de la rue… Selon une étude sur les mariages en 1932 à Philadelphie, un tiers d’entre eux avait été contracté entre des partenaires qui n’habitaient pas à plus de quatre blocs l’un de l’autre. Comme le rappelait à l’époque un sociologue de Yale, «les gens iront aussi loin que nécessaire pour trouver un partenaire, mais pas plus loin».

Exercice pratique: réglez une bonne fois pour toutes vos paramètres Tinder sur un kilomètre et évitez les périodes de vacances (à tous les coups, vous arriveriez à vous amouracher d’un gars qui vit quelque part mais certainement pas chez vous).

5.Garder l’appétit

Votre approche: entre votre maladie cœliaque imaginaire, vos allergies au lactose, à la chlorophylle et à l’oxygène et votre ambition secrète d’avoir le corps de Maddie Ziegler, vous ne vous gavez plus que d’eau tiède et de graines de lin. Bref, votre assiette est encore plus triste (et vous aussi) que celle de Gisele Bündchen.

Aziz Ansari sur Instagram | Captures d’écran/Montage Slate.fr

La stratégie Ansari: trouver le chemin de la joie en suivant les petites miettes de pain (celui d’un énorme cheeseburger). S’il y a une chose sur laquelle Ansari peut compter, c’est la nourriture. Qui lui a notamment fait passer le goût amer du racisme quand il était enfant («Grandir en Caroline du Sud, c’est un peu “Oh, est-ce que ce type vient juste d’employer le N-word? Oh, peu importe, poulet frit et biscuits, miam-miam”.»)

Crevé par son année 2015, il est parti en Italie (pour, en résumé, «manger des pâtes»). Auparavant, il était déjà allé à Tokyo avec David Chang (le chef de Momofuku) et James Murphy (LCD Soundsystem) après avoir demandé sur Twitter quel magazine pourrait leur payer leur trip culinaire (GQ a dit oui). Ultra-enthousiaste dès qu’il s’agit de bien bouffer (cf. son Instagram), il a même fondé un Food Club où, avec deux potes, en costume et casquette de capitaine de bateau, ils déposent des labels absurdes dans les restaurants qui les ont comblés. Mais ce qu’on préfère, c’est l’argot culinaire développé par son personnage de Parks and Rec (qui appelle notamment les cookies «les gâteaux à petit cul»).

Exercice pratique: appliquez votre dismorphophobie aux aliments que vous ingurgitez et réjouissez-vous d’engloutir avec votre trop grosse bouche (selon vous, seul Mick Jagger en a une plus grosse que vous) ce tout petit kebab-frites pour deux personnes.

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