Culture

Prince était tellement sensuel qu'on lui doit le label «Explicit lyrics»

Boris Bastide, mis à jour le 22.04.2016 à 11 h 12

En 1985, une de ses chansons avait provoqué la fureur de l'épouse d'Al Gore et une campagne politique contre la violence et le sexe dans les chansons.

Avertissement sur la pochette d'un album de Prince.

Avertissement sur la pochette d'un album de Prince.

Un matin de décembre 1984, Tipper Gore, l'épouse du sénateur et futur vice-président des États-Unis Al Gore, et leur fille Karenna s'offrent lors d'une virée shopping une copie de la BO du film Purple Rain de Prince, décédé ce jeudi 21 avril à l'âge de 57 ans. C'était le hit du moment, un disque écoulé depuis à plus de 22 millions d'exemplaires. Sauf qu'en l'écoutant, une fois à la maison, elles ne s'attendaient pas à ça. La cinquième piste, «Darling Nikki», s'ouvre sur une jeune femme se masturbant dans un lobby d'hôtel avec un magazine. Le narration se poursuit avec une scène d'amour dans une chambre.

Choquée, en colère, confiera-t-elle quelques mois plus tard, Tipper Gore tente de rendre le disque à la boutique où elle a fait son achat. En vain, comme le rapporte NPR. Tipper Gore se mobilise alors très vite sur la question de la représentation du sexe et de la violence dans les clips et les paroles des chansons et fonde en avril 1985, avec trois autres femmes influentes de Washington, le Parents Music Resource Center, un groupe de pression qui a pour objectif de «moraliser» les acteurs de l'industrie musicale. Elles établissent ainsi une liste de quinze morceaux jugés choquants avec en tête le «Darling Nikki», suivie de «Sugar Walls» de Sheena Easton, «Eat Me Alive» de Judas Priest, «Strap on a Robbie Baby» de Vanity, «Bastard» de Mötley Crue, «Let Me Put My Love Into You» d'AC/DC ou «Dress You Up» de Madonna.

Au mois d'août 1985, une série d'auditions sont menées au Sénat sur cet essor d'une scène «porn rock». Celles-ci donnent notamment lieu à une diabolisation de la scène heavy metal, accusée de propager la haine, et à une vibrante défense de la liberté d'expression par Frank Zappa, qui expliquera: «Personne n'a forcé mesdames Baker ou Gore à amener Prince et Sheena Easton dans leurs foyers.»


En signe de conciliation, l'industrie musicale accepte la mise en place d'un label «Explicit Lyrics: Parental Advisory» sur les pochettes des disques qui pourraient choquer la jeunesse, certains albums sortant même dans deux versions, une tout public, l'autre non censurée.

Cette restriction sur la liberté d'expression n'a pas empêché Prince de continuer d'écrire des chansons au contenu sexuel très explicite pendant les décennies qui ont suivi. Ce n'est qu'en 2014 que l'artiste s'engagea à ne plus utiliser de mots jugés offensants. «A-t-on jamais entendu Mohamed Ali jurer? Prononceriez-vous des insultes devant vos enfants? Votre mère?», se justifiait-il alors.

Boris Bastide
Boris Bastide (106 articles)
Éditeur à Slate.fr
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