Monde

La procédure de destitution de Dilma Rousseff n’est pas un coup d’État

Temps de lecture : 2 min

La procédure d’impeachment frappant la présidente brésilienne n’est pas très démocratique.

Des manifestants en faveur de la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff devant la Cour suprême, à Brasilia, le 14 avril 2016 | BETO BARATA/AFP
Des manifestants en faveur de la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff devant la Cour suprême, à Brasilia, le 14 avril 2016 | BETO BARATA/AFP

L’horizon s’est considérablement assombri pour Dilma Rousseff quand la chambre des députés a voté en faveur de sa destitution, dimanche 17 avril. Pour les soutiens de la présidente brésilienne, ce qui est en train de se passer est un «coup d’État». Dans un long article, le Washington Post est revenu sur cette accusation et souligne qu’il est difficile d’utiliser ce terme.

Un coup d’État peut être défini par trois éléments: «Le coup prend le pouvoir exécutif, il est mené par un petit groupe d’officiers militaires ou d’autres membres des élites sociales, et ils utilisent des moyens non constitutionnels ou “extralégaux” qui existent en dehors du système politique.» Or, poursuit le quotidien américain, «aujourd’hui cette menace est faible, et les politiciens ne peuvent pas l’expulser comme ça. Ils doivent suivre des procédures légales compliqués dont les résultats ne sont pas certains».

Reste que cette destitution «n’est pas vraiment démocratique non plus». Le Washington Post rappelle que la plupart des législateurs ont ignoré les charges pour lesquelles le vote avait lieu:

«Ce qui s’est passé dimanche peut être comparé à des jurés jugeant un prévenu non sur les accusations mais parce qu’ils considèrent que c’est une mauvaise personne. Ce n’est pas un coup d’État mais un abus des procédures démocratiques.»

«Bonne gouvernance»

L’éditorialiste brésilien Celso Rocha de Barros estime de son côté dans le New York Times que cette destitution est un tentative de dissimulation de l’opération de corruption qui «a explosé au visage du système politique»:

«L’opposition affirme qu’elle veut envoyer un message sur le sujet de la bonne gouvernance. Mais la vraie raison pour laquelle la présidente est en train d’être destituée est que le système politique brésilien est en ruines. Sa destitution va être une distraction pratique pendant que d’autres politiciens essaient de remettre de l’ordre dans leur maison.»

Car, comme le rappellent les deux médias, Dilma Rousseff n’est pas directement accusée d’avoir accepté des pots-de-vin ou d’avoir échangé de l’argent contre des faveurs. Reste que, comme le souligne le Washington Post, «même s’il n’y a pas de preuves, beaucoup de gens croient qu’elle savait ce qui se passait. Son prédécesseur et mentor, Lula, est l’objet d’une enquête. Les gens ont été en colère contre Rousseff, quand elle a essayé d’offrir à Lula un poste de ministre, ce qui l’aurait protégé contre différentes poursuites judiciaires. Beaucoup de personnes impliquées dans le scandales semblent l’attaquer pour détourner l’attention. Tout ceci –combiné à la faible habileté politique de Rousseff– a poussé la coalition de son parti avec d’autres petits partis à s’écrouler, ce qui la rend très vulnérable politiquement».

Le sénat brésilien doit se prononcer sur cette destitution le 17 mai. S’il confirme le vote de la chambre des députés, Dilma Rousseff sera «écartée du pouvoir jusqu’en novembre 2016».

Slate.fr

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