France

Nicolas Sarkozy, les paroles et les actes

Thomas Legrand, mis à jour le 16.10.2009 à 15 h 45

Le chef de l'Etat a un problème d'adaptation de son discours à la réalité.

Avec l'affaire Jean Sarkozy et l'éloge de la méritocratie prononcé mardi 13 octobre à l'Elysée par le président à l'occasion d'un discours consacré la réforme des lycées, nous atteignons sans doute la limite acceptable de la distorsion entre les paroles et les actes. Nicolas Sarkozy fait-il preuve d'un cynisme sans borne? Ou bien est-ce son discours, en général, qui n'a plus de prise sur la réalité?

Je pencherais plutôt pour la deuxième hypothèse. Pour Nicolas Sarkozy, le discours politique est l'acte politique par excellence. Le discours politique est, la plupart du temps, performatif. Je dis donc je fais. Quand le président dit qu'il nomme telle personnalité la tête de telle direction de l'administration c'est fait, c'est en soi un acte politique. Mais le champ du discours-action, s'il est très étendu pour un homme politique qui veut le pouvoir (les promesses sont des actes politiques qui changent les donnes), se réduit quand il faut exercer le pouvoir.

Dans l'opposition le verbe est, la plupart du temps action. ne dit-on pas que le leader de l'opposition exerce le «ministère du verbe»? La plus grande partie du champ d'action d'un Président en exercice n'est plus performative: «je veux que le chômage baisse». Il ne suffit pas de le dire pour que cela arrive. Ou alors il faut une autorité naturelle hors du commun. Le général de Gaulle pouvait dire en 1958 aux Algérois: «Je vous ai compris», son discours énigmatique a changé le cours de l'histoire! Ces moments sont rares et ne sont pas le fait du premier président venu.

Nicolas Sarkozy surestime toujours le pouvoir de sa propre parole. Pouvait-il imaginer en affirmant, au début de son quinquennat que chaque classe de CM2 devait adopter symboliquement la mémoire d'un enfant victime de la shoah, pouvait-il imaginer que le dire ne suffirait pas pour que cela se fasse? Moins Nicolas Sarkozy a de prise sur le réel, plus il est péremptoire. C'est exactement ce qu'il se passe, par exemple, pour les questions de sécurité, questions marqueurs du sarkozysme par excellence. L'insécurité ne baisse pas, il ne change pas de politique, il fait convoquer les préfets pour leur tenir un discours. Il leur remonte les bretelles!

Tout le monde comprendra que passer un savon à un préfet sans lui donner l'ordre de changer de méthode ou sans lui donner de moyens supplémentaires ne changera rien! Le préfet enguirlandera les directeurs départementaux de la sécurité qui vont s'empresser de gronder les responsables de la police et de la gendarmerie, qui finiront par essayer de faire du chiffre pour avoir la paix. Le président peut affirmer, sur TF1 et France 2 en marge du G20, sans rire et contre toute réalité: «les paradis fiscaux c'est fini».

Ce n'est pas qu'une simple et banale affaire de promesses non tenues ou de mensonges éhontés, c'est plutôt une mauvaise appréciation de la puissance de son discours ou de la puissance de la réalité face sa propre volonté!  Depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, il y a un problème d'adaptation de son discours la réalité. On ne compte plus les affirmations qui ne reposent sur rien, les projets ambitieux sans lendemain, les promesses de rupture ensablées, les révolutions annoncées qui n'aboutissent pas. La discrimination positive, la laïcité positive, la réforme de la Françafrique. Travailler plus pour gagner plus... tant d'autres sujets n'ont été que des thèmes de discours sans réalité concrète.

Le Président a l'habitude de dire à son entourage que les Français veulent qu'il mouille sa chemise et qu'il ne se résigne pas. Il se compare toujours à son prédécesseur plan-plan. L'hyper Président se démène. Mais le résultat de cette hyperactivité, de cette multiplication des discours, c'est qu'il n'y a pas plus de résultats. Se différencier de Jacques Chirac commence apparaitre un peu court. C'est peut être Michel Rocard qui avait raison quand il disait que dans notre cinquième République, «les qualités qu'il faut pour être élu ne sont pas celles qu'il faut pour gouverner».

Thomas Legrand

Lire également: Sarkozy piégé par les intellos de gauche et Monsieur le Président, nous voulons des conférences de presse!

Image de Une: Nicolas Sarkozy Reuters

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