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Pourquoi le filtre Bob Marley de Snapchat fait polémique

Temps de lecture : 3 min

En vous proposant de vous transformer en Bob Marley le 20 avril, le réseau social a utilisé un filtre réducteur.

Capture d'écran du filtre Snapchat Bob Marley.
Capture d'écran du filtre Snapchat Bob Marley.

Sur l’application Snapchat, qui permet d’échanger des photos et des vidéos éphémères, l’ambiance est pour la plupart du temps bon enfant. Les filtres de visage permettent de s’ajouter des oreilles de chien, d’échanger son visage avec un ami ou de vomir des arcs-en-ciel.


Mais, le 20 avril, un filtre très différent a fait son apparition: Snapchat vous proposait, tout au long de la journée, de vous transformer en Bob Marley, avec bonnet rasta virtuel, dreadlocks virtuelles et peau noire virtuelle. De nombreuses personnes ont utilisé ce filtre, y compris Kylie Jenner, l’une des sœurs de la famille Kardashian, ce qui a provoqué la colère de nombreux internautes.

«Mascotte de la beuh»

Comme le note The Next Web, la date du 20 avril a une connotation particulière pour les amateurs de cannabis: le 4/20 (la date en anglais, où le jour précède le mois) fait référence à cette heure de la fin d’après-midi où les étudiants américains se retrouvaient pour fumer des joints ensemble et s’est vite imposé comme une référence culturelle à part entière. Snapchat a expliqué au site qu’il était au courant de la date de mise en ligne du filtre, mais aussi qu’il s’agissait d’un partenariat avec les ayants droit de Bob Marley (qui prévoient d’ailleurs de lancer une marque de cannabis à son nom).

«Snapchat pourrait regretter celui-là parce que les gens se sentent vraiment insultés par le filtre, écrit The Next Web. Pourquoi? Tout d’abord parce qu’il utilise Marley comme un symbole du cannabis, ce qui est irrespectueux pour ce qu’il a vraiment accompli.»

«Snapchat a fait un filtre “Bob Marley” pour le 4/20? Mdr, ne réduisez pas l’héritage de ce frère à juste une mascotte de la beuh pour les hippies blancs.»

Autre raison, et c’est peut-être celle qui pose le plus problème pour ses détracteurs: l’écho avec la polémique du Blackface, phénomène répandu aux États-Unis qui consiste pour un Blanc à se maquiller le visage en noir à des fins d’amusement, du moins de leur point de vue. Outre-Atlantique, les cas de Blackface sont récurrents, que ce soit au cinéma ou lors de soirées étudiantes, comme l’a raconté le film Dear White People. En France, une journaliste avait elle aussi dû affronter la colère des internautes. Elle s’était «déguisée» en Solange Knowles et avait provoqué un scandale aux États-Unis en postant une photo d’elle sur Instagram.

Blackface numérique

En ce qui concerne le filtre Bob Marley, la décision de Snapchat étaient donc mauvaise pour de nombreuses raisons. «Avec les mentions d’appropriation culturelles faisant le titre des journaux de façon aussi récurrente, c’était un choix très malvenu de la part de l’entreprise», note The Next Web. Si le réseau social avait proposé ce filtre lors de la date de naissance ou de mort du chanteur, l’ambiguïté du filtre aurait peut-être été moindre.

La question autour du «Blackface numérique» demeure pourtant, comme l’explique le Washington Post, puisque de nombreuses applications photos proposent ce genre de filtres. Sur Face Swap Live, vous pouvez vous transformer en Beyoncé ou en Barack Obama, MSQRD propose un Rastafari avec dreadlocks, Face Swap Booth a un filtre Nicki Minaj et le Face Stealer de Yahoo ne bloque même pas la recherche «Blackface». Notons également qu’il existe des filtres de personnalités blanches, comme Donald Trump ou Hillary Clinton sur Face Swap Live.

«La morale de l’histoire ici est peut-être que les gens ne mettent pas nécessairement sur le même plan le face-swap entre deux origines ethniques différentes et le racisme ou le blackface, mais ils ont un problème quand cette technique est utilisée de façon réductrice, écrit le journal américain. Le contexte et l’intention comptent dans la tech, même si l’on parle de quelque chose d’aussi bête qu’un filtre Snapchat sur Bob Marley.»

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