Sciences

Sommes-nous devenus monogames à cause des MST?

Temps de lecture : 2 min

Grâce à un fascinant modèle mathématique, deux chercheurs ont pu valider la pertinence théorique de l'origine juridico-vénérienne de la monogamie. Une hypothèse à prendre toutefois avec des pincettes.

Husband & Wife Walk . . . (to divorce court) / Keoni Cabral via Flickr CC License by.
Husband & Wife Walk . . . (to divorce court) / Keoni Cabral via Flickr CC License by.

La monogamie humaine passionne les chercheurs parce qu'elle a tout d'une énigme. En effet, que deux individus du sexe opposé se jurent fidélité (et tentent de s'y tenir) est un phénomène aussi socialement valorisé que naturellement absurde. L'une des dernières tentatives de décryptage de ce mystère a été publiée le 12 avril dans la sur-prestigieuse revue Nature Communications.

Menée par Chris T. Bauch et Richard McElreath, chercheur pour l'un en mathématiques appliquées à l'Université de Waterloo (Canada), pour l'autre en anthropologie évolutionnaire à l'Institut-Max Planck de Leipzig (Allemagne), l'étude se fonde sur une fascinante simulation mathématique de notre évolution. Un modèle montrant comment la monogamie, qui partait avec un sérieux handicap adaptatif, a très bien pu devenir avantageuse à mesure que les populations humaines grossissaient, se complexifiaient et s'organisaient.

Selon ce modèle, dans les groupes les plus démographiquement denses, la polygynie –un homme, plusieurs femmes– augmenterait exponentiellement les risques liés aux maladies sexuellement transmissibles. Une plaie aujourd'hui, un fléau pour nos ancêtres n'ayant pas découvert la médecine et la prophylaxie modernes et souvent acculés à l'obligation de mourir ou de devenir stériles par le fait d'un vilain pathogène mal placé. Dans un tel contexte, les apôtres de la monogamie auraient eu toutes les chances de faire valoir leur mode de vie, voire de l'imposer par la force et par la loi.

Le conditionnel n'est pas là par hasard. Le modèle de Bauch et McElreath, comme ils le disent eux-mêmes, ne peut que «valider la logique de base de [leur] hypothèse». Reste maintenant à accumuler méthodiquement suffisamment de faits pour attester de sa pertinence empirique.

Mais il y a d'ores et déjà des raisons d'être sceptique, comme le souligne David P. Barash dans le New Scientist –le monsieur n'est pas n'importe qui, vu qu'il est l'un des experts incontestés des normes amoureuses et conjugales vues sous un prisme biologique, coauteur avec Judith Eve Lipton d'au moins deux ouvrages de référence sur la monogamie.

La première raisn, c'est que le modèle de Bauch et McElreath repose sur un cadre théorique –la sélection de groupe ou sélection à niveau multiple– qui ne fait désormais plus consensus dans la communauté scientifique.

Ensuite, selon Barash, l'hypothèse des maladies sexuellement transmissibles comme facteur de l'émergence (et de la permanence) de la monogamie chez l'humain part du principe que les femmes auraient été totalement passives et entièrement soumises aux stratégies reproductives des hommes en termes d'arrangements matrimoniaux au cours de notre histoire évolutive. Une autre assise théorique en (sérieuse) voie de péremption scientifique. «Expliquer la monogamie humaine» est «faussement simple», rappelle Barash. «Il y a énormément d'hypothèses, mais pas de réponses définitives à l'heure actuelle.»

Slate.fr

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