Sports

À défaut de F1, la France va tenter de se convertir à la Formule E

Temps de lecture : 6 min

Pour la première fois, Paris accueille samedi une étape du championnat du monde de véhicules électriques. Pour l'instant, davantage une curiosité qu'un véritable événement sportif.

Sur l'esplanade des Invalides, le 21 avril 2016. PATRICK KOVARIK / AFP.
Sur l'esplanade des Invalides, le 21 avril 2016. PATRICK KOVARIK / AFP.

Qu’imaginer pour sauver la Formule 1 en France? «Quelque chose à Paris!, avait suggéré Bernie Ecclestone, l’argentier de la F1, dans les colonnes de L’Equipe en 2007. Si l’on pouvait avoir une course à Paris, ce serait magnifique, je leur signerais tout de suite un contrat de 99 ans.» Las… La Formule 1 n’est jamais venue faire un petit tour de circuit dans Paris –trop de pollution, trop de bruit– et elle a même quitté presque définitivement l’hexagone depuis le dernier Grand Prix de France à Magny-Cours, dans la Nièvre, en 2008.

La discipline encore reine du sport automobile semble à tout jamais fâchée avec un territoire qui a tout de même imprimé son histoire à travers ses pilotes, mais aussi ses marques, comme, entre autres, Michelin et surtout Renault, revenue en F1 en 2016 en tant qu’écurie à part entière.

Samedi 23 avril, Paris, pourtant, va se laisser tenter par le sport automobile. Au cours d’un après-midi, Piquet, Prost et même Senna, noms mythiques associés à la F1 et figurant au palmarès du Championnat du monde, rivaliseront même sur un tracé de 1,93 km dessiné autour des Invalides, quartier actuellement sens dessus dessous en raison des infrastructures provisoires mises en place. Mais il ne s’agira «que» de Nelson Piquet Jr et de Nicolas Prost, fils des anciens champions du monde, et de Bruno Senna, neveu de la légende de la F1 disparue à Imola. Comme il ne sera question «que» de Formule E, par le biais du Paris ePrix, septième des onze étapes du Championnat du monde de Formule Electrique 2016. Tout se jouera en quelques heures entre des qualifications programmées à midi et la course, dont le départ sera donné à 16h04.

Une halte essentielle

En raison de l’emplacement prestigieux de la piste, Paris constitue une halte essentielle dans le développement et la médiatisation de ce Championnat du monde à cheval sur deux années –la saison à démarré à Pékin en octobre 2015 et se terminera à Londres en juillet 2016. Diffusées en France par Canal+ Sport, qui retransmettra la course en direct, les images feront probablement le tour du monde et participeront à faire connaître une discipline encore naissante, qui n’a pas les moyens de se poser en rivale de la F1, mais qui se rêve, sur le long terme, comme une alternative de progrès.

Dix-huit voitures, représentant neuf écuries, seront en compétition autour des Invalides et mettront notamment aux prises quelques anciens coureurs de Formule 1, comme Nelson Piquet Jr, premier champion du monde consacré en Formule E en 2015 lors de la saison inaugurale, Sebastien Buemi ou Jean-Eric Vergne, mais aussi une femme, la Suissesse Simona de Silvestro, devenue, le mois dernier, à Long Beach, en Californie, la première à inscrire des points au championnat (les dix premiers de chaque épreuve marquent des points).

En contraste avec la F1, généralement perçue comme rétrograde à cause des propos souvent choquants de Bernie Ecclestone, misogyne qui s’assume, la Formule E se veut en adéquation avec son temps ou en avance sur son époque. Mais sa communication est, bien sûr, principalement axée autour de la course «propre» et du «zéro émission», solution fantasmée de demain des grandes métropoles et en ligne directe avec les préoccupations de la Mairie de Paris, partenaire de l’événement.

La relative «discrétion» sonore de ces voitures qui émettent une sorte de sifflement de 80 décibels (contre un minimum de 130 décibels en F1) est un autre argument de promotion. Pas de quoi, toutefois, séduire les écologistes du Conseil de Paris, ulcérés notamment par les conséquences écologiques induites par la pose d’un bitume provisoire pour accueillir les bolides.

En quoi consiste un ePrix de Formule E, et notamment ce ePrix de Paris? En 45 tours de circuit pour une distance de 87 km, soit une durée seulement d’une cinquantaine de minutes. Pour une question de coûts, tous les véhicules disposent des mêmes batteries, châssis et pneus, à rebours des spécificités de la dépensière F1, éternel laboratoire high-tech de toutes les composantes d’une voiture. Les équipes sont toutefois libres d’imaginer leur propre moteur électrique qui développe jusqu’à une limite de 170Kw (228 chevaux) en course, mais aussi le variateur de fréquence, la boîte de vitesse et le système de refroidissement. Une monoplace peut atteindre une vitesse maximale de 225km/h, être «à fond» pendant environ 25 minutes et devrait être capable, à échéance de cinq ans, de réussir à parcourir le double de kilomètres avec le même volume de batterie et d’assurer donc la totalité d’un ePrix. En effet, pour le moment, un pilote de Formule E est obligé de s’arrêter à son stand vers la mi-course et de sauter d’une monoplace à une autre pour repartir avec une batterie pleine d’énergie.

Du sport automobile? Oui, mais...

Des figures connues sont impliquées dans cette série: Alain Prost, en charge de l’équipe Renault e.dams, Richard Branson, pleinement engagé avec Virgin Racing, mais aussi Leonardo DiCaprio, partenaire de l’équipe monégasque Venturi, tous faisant partie d’une aventure collective encore loin d’être pérenne. Mais s’agit-il vraiment de sport automobile comme les passionnés l’entendent vraiment?

A ce stade, la réponse se résume plutôt à un gros «oui, mais» dans la mesure où le fan de longue date n’a pas forcément fait cette transition énergétique, au moins dans sa tête. La levée de bouclier des amateurs de F1, lorsque les moteurs avaient été assourdis, est restée dans les mémoires et la F1 a fait depuis machine arrière pour continuer à avoir l’oreille de ses aficionados. La nécessité de devoir carrément changer de voiture après une vingtaine de minutes n’est pas non plus jugée comme très séduisante par les habitués des circuits toujours tournés vers la performance. Par ailleurs, les tracés urbains proposés et improvisés, comme celui de Paris, plat et bosselé, n’ont guère d’intérêt au niveau du pilotage. Rien à voir avec les grandes pistes comme Suzuka, au Japon, Sepang, en Malaisie, ou Austin, au Texas, où l’art du volant est magnifié en F1.

Les publics des Grands Prix et des ePrix sont d’ailleurs différents, à la fois en taille (15.000 billets seulement proposés –et tous écoulés, dont 5.000 invitations– à Paris en raison de l’impossibilité de dresser beaucoup de tribunes) et dans leur structure. Pour le moment, les spectateurs des ePrix sont davantage des curieux ou des voisins entraînés malgré eux dans la course parce qu’elle passe sous leurs fenêtres. Le public visé par les organisateurs est clairement plus jeune et plus familial alors que toutes les autres disciplines automobiles comme la F1 drainent des dizaines de milliers de mordus qui font des kilomètres et des kilomètres pour rejoindre les lieux des compétitions.

Ces derniers rejettent également dans leur ensemble le principe du «FanBoost» instauré par la Formule E et selon lequel les internautes peuvent offrir à leur pilote favori un surplus de puissance en votant avant la course et durant les six premières minutes qui suivent le départ. Les votes de ce «FanBoost» sont ouverts 12 jours avant la course et les trois pilotes sélectionnés reçoivent un surplus d’énergie de 100 kJ utilisable en une seule fois lors de la course. Bref, un artifice de communication pour entrer en relation avec les réseaux sociaux et qui n’a aucune crédibilité sportive. Mais la Formule E, dans son souci de plaire à la jeunesse, ne pouvait pas faire autrement que de se démarquer de la Formule 1, qui invente d’ailleurs elle-même ses propres incongruités de règlement.

«Il ne faut pas comparer, disait Alain Prost lors d’une conférence de presse cet hiver à Paris. La F1 reste le pinacle et il faut lui laisser sa place à part. La Formule E répond à d’autres objectifs liés à la voiture de monsieur-tout-le-monde

La Formule E, qui avait réussi à attirer 60.000 personnes à Battersea Park à Londres en 2015, mise donc gros à Paris en termes d’image, d’autant que New York ne serait pas non plus contre l’idée d’accueillir un ePrix en 2017. Mais il n’est pas certain que la course réussira à s’inscrire dans la durée au niveau des traditions de la Capitale et qu’elle dépassera donc le stade du simple coup de com’. En 2015, Monaco avait été le cadre d’une étape du Championnat du monde de Formule E, mais le circuit choisi n’avait été qu’une version étriquée du légendaire tracé de la F1. La célèbre montée vers le Casino avait été notamment contournée par peur de voir une voiture électrique caler en pleine ascension. Monaco n’a pas souhaité récidiver en 2016 en se retirant du calendrier…

Yannick Cochennec Journaliste

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