Monde

Le Donald Trump nouveau est arrivé

Isaac Chotiner, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 20.04.2016 à 14 h 58

Les médias américains s’émerveillent du tout nouveau ton «présidentiel» de Donald Trump.

Le candidat à la primaire républicaine Donald Trump après sa victoire à New York, le 19 avril 2016 | Jewel SAMAD/AFP

Le candidat à la primaire républicaine Donald Trump après sa victoire à New York, le 19 avril 2016 | Jewel SAMAD/AFP

«Vous avez entendu Donald Trump ce soir, il avait l’air, vous me direz ce que vous en pensez, plus présidentiel...» a malicieusement affirmé la présentatrice Megyn Kelly sur Fox News après le discours de victoire de Trump à New York. D’après elle, si le candidat républicain a été incontestablement plus présidentiel, c’est parce qu’il n’a pas proféré l’insulte «Ted le menteur» en faisant référence à Ted Cruz. Tout le monde semblait d’accord sur ce point.

«Je crois que l’une des choses les plus parlantes, a expliqué le stratège républicain Steve Schmidt sur MSNBC, [c’est qu’]il n’y a pas eu de “Ted le menteur”.

—Exactement, a approuvé la Républicaine Nicole Wallace, également invitée sur le plateau.

—Il a dit: “Le sénateur Cruz.”»

—Oui, a opiné Wallace. Oui.»

Parmi une foule d’autres choses, ces élections nous ont donné une bonne idée des vastes limites que nous accordons au terme présidentiel. Certes, Trump a sans doute fait preuve de retenue mardi 19 avril au soir en célébrant sa prévisible mais néanmoins impressionnante victoire lors de la primaire républicaine de New York, mais il n’a certainement pas été présidentiel. Il s’est livré à son baratin habituel (en moins long), a mentionné les grands hommes d’affaires présents avec lui dans la salle, a raconté une histoire sur un de ses amis promoteur (en le saquant en passage) et gonflé les chiffres des résultats de la soirée. Son discours a tourné autour, qui l’eût cru, de la grandeur américaine perdue. «Nous allons être, légitimement, si grands à nouveau, et j’ai vraiment hâte», a-t-il annoncé. Dans les grandes lignes, Trump a été lui-même.

Mais il est apparu clairement ce 19 avril qu’avec Bernie quasiment grillé et Hillary en manque d’un nouveau faire-valoir, la ligne narrative électorale nécessitait dorénavant une transformation du candidat Trump. Et rien de ce que Trump aurait pu faire n’aurait changé la marche de l’histoire. Il aurait pu avaler sa cravate sur scène, Chris Matthews se serait quand même conduit comme s’il avait vu le fantôme de John Lindsay assis dans sa loge. «Et je crois, a exulté Matthews, que ça va être une sacrée campagne présidentielle –Trump va partir avec beaucoup de retard et va peut-être se rattraper pour conclure de manière très excitante.»

Le problème pour Trump n’est pas simplement que ses politiques sont impopulaires; c’est que les gens ne l’aiment pas

Selon Schmidt, le discours de Trump a montré une volonté «de prendre en compte les critiques contre son caractère. [...] On voit là un message électoral fort.» Sur Twitter, Maggie Haberman, du New York Times, auteure de nombreux reportages sur la campagne de Trump, a également remarqué une nouvelle facette du candidat, qu’elle attribue à l’influence de Paul Manafort, consultant du GOP qui a apparemment pris les manettes du navire.

Personnage marginal

Certaines de ces inepties sur le nouveau Trump présidentiel auront-elles un effet? Peut-être va-t-il grâce à elles ratisser quelques voix d’électeurs modérés et volatils dans les États qui n’ont pas encore voté, grâce à ce revirement empathique des médias, mais cela ne l’aidera pas à battre Hillary Clinton en novembre. S’il veut y arriver, il va lui falloir changer toute sa stratégie. Étant donné que celle-ci est une extension de sa personnalité –étant donné que sa stratégie est sa personnalité–, ne comptez pas dessus.

En l’état actuel des choses, si Trump est investi, Hillary Clinton aura la voie la plus royale imaginable vers la présidence: il lui suffira de rester en retrait et de laisser Trump baigner dans les feux des projecteurs. Le problème pour Trump n’est pas simplement que ses politiques sont impopulaires; c’est que les gens ne l’aiment pas. Sa personnalité peut plaire à certains segments de l’électorat mais tous ces groupes ensemble ne constituent pas une majorité d’électeurs républicains, et encore moins la population générale. C’est un personnage marginal dans tous les sens du terme.

Pourtant, le 19 au soir, on a pu voir une nouvelle étape de normalisation de Donald Trump. Voici le Trump nouveau, ont dit les gens de la télé. Rien de la dynamique interne de la campagne de Trump ne leur était étranger; ils savaient parfaitement comment Corey Lewandowsi, ancien cerveau des opérations, a été supplanté. Le Trump «revu et corrigé, Manafortisé», «fidèle à la ligne du parti» du 19 avril était une manifestation de toutes ces intrigues de couloir. Parler d’un nouveau Trump, c’était faire une observation pertinente et avisée, même si cela signifiait transformer un fasciste américain en une personne acceptable.

«Mais le ton de Donald Trump ce soir était tellement, tellement différent de ce que j’ai pu voir ne serait-ce qu’il y a deux semaines encore, a observé Katy Tur, journaliste spécialiste de Trump pour MSNBC. Il s’est révélé, et il a été courtois dans son discours de campagne. C’était vraiment court. C’était concis.»

Franchement, il n’a même pas appelé Ted Cruz «Ted le menteur», s’est-elle émerveillée: «Il l’a appelé “sénateur Cruz.”»

Isaac Chotiner
Isaac Chotiner (19 articles)
Journaliste
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