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Politiques, médias, militants: comment ils voient «Nuit Debout»

Temps de lecture : 2 min

Tentative de catégorisation en une infographie d'un «objet politique non identifié».

Rarement un mouvement n’aura suscité autant d’interprétations concurrentes et contradictoires. Après une vingtaine de jours d'occupation, il se dégage l’impression qu’il existe autant de grilles de lecture de «Nuit Debout» que de directions vers lesquelles les médias tendent leurs micros. Peut-être parce que cet embryon de mouvement social qui emprunte aux nouveaux répertoires militants ne rentre pas tout à fait dans les cases préexistantes de l’analyse politique.

Initialement lancé à l'appel du journal Fakir lors d'une manifestation contre la loi El Khomri, le mouvement a gagné en longévité ce qu'il a peut-être pour le moment perdu en lisibilité politique immédiate. Quiconque s'est rendu sur place ou a écouté les comptes-rendus qu'en font les observateurs a pu constater que le flou sur les intentions du mouvement est une conséquence de la diversité des profils qui fréquentent la place de la République, qu’il s'agisse de pionniers du mouvement, de militants d'extême gauche rompus aux occupations ou de simples curieux dont les degrés de soutien et de sympathie peuvent varier.

Une manière ludique et imagée de rendre compte de cette saturation de significations prêtées à l’occupation de la place de la République est d’utiliser un format web qui a fait ses preuves, «Perception». Ce mème se présente sous la forme d’une mosaïque de perceptions d’une même réalité depuis plusieurs points de vue situés socialement.

Légende des illustrations utilisées: Le Serment du Jeu de paume par David; Jean-Paul Sartre intervient auprès des ouvriers des usines Renault de Boulogne-Billancourt en 1970 (Archives vidéo Ina); Pablo Iglesias lors d'un meeting le 21 décembre 2014 à Barcelone (AFP PHOTO/ JOSEP LAGO); L’insurrection qui vient du Comité Invisible (Ed. La Fabrique); 3 gardes rouges sur un manuel scolaire chinois de 1971. Domaine public; Black bloc in a feeder march near the World Bank, in Washington, D.C. in 2009.; Good Guy Greg, mème d’internet; exécution de Louis XVI, Georg Heinrich Sieveking; Louis Garrel dans Dans Paris.

Comme l'a noté le politologue Gaël Brustier sur Slate, il y a au moins deux branches de Nuit Debout, l'une attachée à l'histoire des mouvements sociaux de l'ère industrielle, et une autre qui s'oriente vers des revendications en phase avec la jeunesse diplômée des métropoles. Le mouvement devra clarifier quelle forme de débouché politique il souhaite, alors que son organisation marque justement une défiance à l'égard du jeu politique traditionnel.

A ces différences de doctrine s'ajoutent des divisions sur les moyens et les méthodes, à commencer par la question du recours à la violence. La manière dont Alain Finkielkraut a été expulsé de la place de la République samedi 16 avril n'a fait que polariser un peu plus les positions de chacun.

Carrefour des «luttes» que certains vieux routards du militantisme rêvent «convergentes», Nuit Debout est pour l’instant un formidable révélateur du prisme à travers lequel chacun scrute cet «objet politique non identifié» et en recherche de clarification.

Jean-Laurent Cassely Journaliste

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