Monde

Comment une enquête journalistique a libéré 2.000 pêcheurs esclaves

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 19.04.2016 à 13 h 12

Repéré sur Associated Press

Les journalistes ont trouvé des esclaves en captivité, dont certains étaient dans des cages, sur l’île indonésienne de Benjina.

Des pêcheurs en Indonésie, en janvier 2016 | SONNY TUMBELAKA/AFP

Des pêcheurs en Indonésie, en janvier 2016 | SONNY TUMBELAKA/AFP

En 2016, l’agence Associated Press a gagné le Pulitzer le plus prestigieux, celui du «service public», pour une série d’articles qui a permis de libérer 2.000 pêcheurs en situation d’esclavage en Indonésie.

L’enquête en question a aussi conduit à l’arrestation d’une douzaine de personnes  et à l’introduction au Congrès américain d’une loi sur la transparence des fournisseurs de produits alimentaires.

Alors que l’industrie de la pêche avait déclaré que le problème était réglé, l’équipe de quatre journalistes femmes –Margie Mason, Robin McDowell, Martha Mendoza et Esther Htusan– a persisté et trouvé des esclaves en captivité, dont certains étaient dans des cages, sur l’île indonésienne de Benjina. La plupart de ces hommes venaient de Birmanie, où ils avaient été vendus à des trafiquants et s’étaient retrouvés asservis par une compagnie de pêche thaïlandaise. À la suite de ces révélations effectuées en mars 2015, des membres du gouvernement indonésien se sont rendus sur l’île en question et ont commencé à faire évacuer les pêcheurs qui y étaient détenus.

Des navires aux boutiques

Pour obtenir ces informations, les journalistes ont pris des risques considérables: elles ont été poursuivies en bateau par des managers de l’entreprise de pêche et se sont cachées quatre jours dans un camion pour enregistrer les noms de navires contenant des poissons pêchés par ces esclaves. «Elles ont suivi des cargaisons spécifiques de poissons pêchés par des esclaves pour voir quelle chaînes et boutiques les vendaient, afin que ces entreprises ne puissent plus nier leur culpabilité», expliquait Kathleen Carroll, la vice-présidente de l’Associated Press.

Cette série d’articles décrit aussi des usines en Thaïlande où des travailleurs en état d’esclavage, dont des enfants, préparent des crevettes ensuite vendues dans des supermarchés américains.

De nombreux pêcheurs esclaves, la plupart venant du Myanmar, ont expliqué qu’il y avait eu plusieurs décès dans les bateaux où ils travaillaient. Un pêcheur avait dit aux journalistes:

«Si les Américains et les Européens mangent ce poisson, il faut qu’ils pensent à nous. Il doit y avoir une montagne d’os sous la mer.»

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