Science & santé

Pourquoi les scientifiques britanniques sont furieux contre leur gouvernement

Repéré par Valentin Etancelin, mis à jour le 18.04.2016 à 17 h 55

Repéré sur The Guardian, The Observer

Une mesure controversée qui doit prendre effet le 1er mai entérine le divorce entre l'État et la communauté scientifique.

Laboratory Experiment | National Eye Institute via Flickr CC License By

Laboratory Experiment | National Eye Institute via Flickr CC License By

L'objectif: empêcher les ONG d'utiliser les fonds du gouvernement pour faire du lobbying à son encontre. À partir du 1er mai, en Grande-Bretagne, les scientifiques ne pourront plus argumenter publiquement contre des lois ou des politiques en s'appuyant sur leurs travaux de recherche si ceux-ci sont financés par de l'argent public. Pointée par The Observer au mois de février, cette règle suscite de vives tensions à l'égard du gouvernement à quelques jours de son entrée en vigueur.

Fiona Fox, cheffe du Science Media Centre, un organisme britannique de communication pour les scientifiques, s'interroge:

«Les politiciens n’ont pas à être d’accord avec les scientifiques, mais y a-t-il vraiment quelqu’un qui pense qu’on puisse prendre de meilleures décisions sans écouter les preuves scientifiques au sujet des inondations, du changement climatique, des statines ou des e-cigarettes?»

Une telle mesure semble directement remettre en cause la liberté d’expression des scientifiques britanniques. Sur Twitter, les internautes ont donc décidé de montrer leur soutien aux chercheurs, à l'aide notamment du hashtag #AcademicFreedom (en français, #LibertéUniversitaire).


«La nouvelle clause britannique anti-lobbying veut dire que les chercheurs financés par l'État ne pourront plus remettre en question la politique? #AcademicFreedom #idiot»


«Je ne peux pas croire que les scientifiques britanniques puissent être muselés à partir du 1er mai. Incroyable. #AcademicFreedom»

Négociations en cours

Leur interdire de s’exprimer sur tel ou tel sujet risque de nuire à l’avenir de la profession. «Les jeunes scientifiques, qui démarrent tout juste, vont être sérieusement affectés par le fait que leurs opinions et points de vue soient mal accueillis par le gouvernement. Ça ne risque pas de les encourager à s’exprimer», dénonce Martin Rees, professeur d’astronomie et directeur de la Royal Society, une institution destinée à la promotion des sciences. 

Des négociations semblent se poursuivre. La semaine dernière, le porte parole du ministère en charge du travail et de l'innovation a indiqué que les pourparlers avec la communauté scientifique continuent. La situation n'est pas vérouillée. 

Cependant les scientifiques restent inquiets. Même s’ils espèrent que le gouvernement fasse machine arrière et que des accords soient trouvés au cours de ces deux semaines, le divorce entre l’État et le monde scientifique est déjà bien entamé. «Beaucoup de mal a déjà été fait au cours des deux derniers mois. Les relations entre les scientifiques et le gouvernement se sont dégradées et beaucoup de temps inutile a été gaspillé», conclut Robin McKie, journaliste à la rubrique scientifique de The Observer.

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