Culture

Les petits secrets des «Hommes du Président»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 19.04.2016 à 8 h 42

Dix anecdotes de tournage sur le film de Alan J. Pakula, qui fête ses quarante ans en ce mois d'avril.

«Les Hommes du Président» (Warner Bros, 1976).

«Les Hommes du Président» (Warner Bros, 1976).

Il y a quarante ans, le 9 avril 1976, sortait ce qui est probablement le film le plus célèbre sur le journalisme, dont le legs imposant s'étend jusqu'à Spotlight, Oscar du meilleur film 2016: Les Hommes du Président, de Alan J. Pakula, sur l'enquête menée par le Washington Post sur le scandale du Watergate. De nombreuses publications –citons la LA Review of Books, Moviefone, CNN, le Washingtonian, Film School Rejects et évidemment le Washington Post– ont consacré des articles au film qui a donné les visages de Robert Redford et Dustin Hoffman aux journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein. Voici dix anecdotes qu'on peut y apprendre sur sa préparation et son tournage.

Au départ, Woodward a snobé Redford. Les premières tentatives d'approche de la star ont commencé plus d'un an avant la démission de Nixon mais n'ont pas été couronnées de succès. «J'étais méfiant, naturellement, et même incrédule, a témoigné le reporter. Je veux dire, qui est-ce? Quelqu'un qui travaille pour la Maison Blanche? Est-ce que c'est un canular? À l'époque, nous étions attaqués et accueillis avec scepticisme.»

Warner Bros n'était pas chaud pour faire le film. «Le studio a pointé que tout le monde savait comment le Watergate se terminait. Redford a répondu qu'il ne s'agissait pas d'une histoire à suspense mais du récit de deux hommes mal assortis, un WASP républicain et un juif extrêmement progressiste, lancés dans une mission impossible», explique le producteur associé Jon Boorstin dans un passionnant témoignage publié par la LA Review of Books.


Carl Bernstein et Nora Ephron ont écrit leur propre version du script.
À l'époque, le journaliste et la future réalisatrice de Nuits blanches à Seattle vivaient en couple et ont été incités par Woodward à réécrire la première version du scénario, signé William Goldman, qui avait remporté l'Oscar du meilleur scénario pour Butch Cassidy and the Sundance Kid et répétera cette performance avec Les Hommes du Président. Commentaire acide de Woodward à la lecture de la deuxième version: «Elle faisait de Carl le centre du monde.»

Redford avait initialement pensé faire réaliser le film par Hal Ashby. Mais la réputation incontrôlable du réalisateur de Harold et Maude s'accommodait mal du style qu'il voulait donner au projet, qui a finalement échu à Alan J. Pakula.

Jason Robards ne voulait initialement pas jouer dans le film. Lauréat de l'Oscar du second rôle pour son interprétation parfaite de Ben Bradlee, le rédacteur en chef bourru du Post, il n'a pas apprécié la première lecture du script: «Tout ce que fait Bradlee, c'est traîner et dire "Où est le p... de sujet?".» Réponse de Woodward: «C'est ce que fait le rédacteur en chef du Washington Post. C'est son boulot. Tout ce que tu as à faire, c'est trouver quinze manières différentes de dire "Où est le p... de sujet?".»


Woodward a aidé Pakula a caster Gorge profonde. Au moment du tournage, l'identité de la source secrète du journaliste (finalement révélée en 2005) n'était connue que de trois hommes: Woodward, Bernstein et Ben Bradlee. Le journaliste a donc donné des indications au réalisateur pour l'aider à caster Hal Holbrook.

160 bureaux ont été créés pour les besoins du film. Pour recréer avec plus de réalisme l'atmosphère de la newsroom du Washington Post, le designer du film a fait photographier les bureaux de tous les journalistes du quotidien et a demandé au décorateur de les recréer.

La scène préférée de Woodward and Bernstein a failli ne pas exister. Elle montre les deux reporters compulsant méticuleusement les fiches de prêt de la Maison Blanche à la Library of Congress, à Washington, la caméra remontant progressivement pour les dévoiler perdus dans l'immensité de la salle. L'institution ne voulait initialement pas autoriser le tournage, et la production a dû activer ses réseaux politiques. Coût de la scène: 90.000 dollars pour 30 secondes de film.


La phrase la plus célèbre du film n'a jamais existé. «Follow the money» («Suivez la piste de l'argent») lance Gorge profonde à Bob Woodward lors d'un de leur rendez-vous secrets. En réalité, il n'a jamais dit ça, et la phrase a été inventé pour le scénario.

Le visage de Nixon devait constituer le dernier plan du film. Le réalisateur avait songé terminer son film avec un plan de l'ex-président, blême, quittant la Maison Blanche en hélicoptère le jour de sa démission, mais a décidé, pour plus de sécheresse, de terminer le film sur une main tapant, à la machine à écrire, l'annonce de la démission du 37e président des États-Unis.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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