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Racontons la saison record de Golden State à travers ses neuf petites défaites

Grégor Brandy, mis à jour le 14.04.2016 à 9 h 28

La franchise californienne a battu le record du nombre de victoires en saison régulière des Bulls de Jordan, avec 73 succès, mais ses rares revers sont riches d'enseignements.

Stephen Curry lors de la défaite des Warriors face aux Celtics, le 1er avril 2016. | EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Stephen Curry lors de la défaite des Warriors face aux Celtics, le 1er avril 2016. | EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Les Golden State Warriors l'ont fait. L'équipe emmenée par Stephen Curry a battu le record du plus grand nombre de victoires en saison régulière en NBA, détenu jusque-là par les Chicago Bulls de Michael Jordan lors de la saison 1995-1996. En battant largement les Memphis Grizzlies (125-104), mercredi 13 avril, la franchise californienne termine la saison sur un bilan de 73 victoires et 9 défaites, contre 72 victoires et 10 défaites pour sa prestigieuse devancière.

Elle va désormais devoir se concentrer sur un nouvel objectif, tout aussi compliqué: remporter un second titre NBA consécutif. Jusque là, les joueurs de Steve Kerr n'ont donc lâché que neuf petits matchs. Neuf défaites qui, paradoxalement, constituent un bon moyen de raconter leur saison.

1.«On finit par oublier comment c'est de perdre»

Après 24 victoires consécutives en ouverture de la saison, les Warriors finissent par tomber une première fois le 12 décembre, un peu à la surprise générale, à Milwaukee (108-95), qui avait déjà arrêté la série record des Lakers (33 victoires d'affilée) en 1972.

«C'est vraiment bizarre, explique Stephen Curry à la fin du match. On finit par oublier comment c'est de perdre. Mais j'aime bien la façon dont on gère cela. C'est dur. Personne ne voulait que ça s'arrête. Les 33 victoires étaient à portée de main. Mais à 24 victoires et une défaite, on peut continuer à faire ce qu'il faut, recommencer à jouer notre meilleur basket et gagner des matchs au passage.»

2.«Sans Curry, vous enlevez trente points du cinq de départ»

Sans Stephen Curry, blessé, les Warriors chutent pour la deuxième fois de la saison le 30 décembre: c'est Dallas qui prend le dessus, facilement (114-91). Cette défaite montre l'influence du génial meneur sur le reste de son équipe, comme le détaille très bien son coéquipier Draymond Green:

«[En enlevant Curry], vous enlevez trente points du cinq de départ. Et même plus, si vous prenez en compte les passes décisives et le fait que les défenses doivent en permanence faire attention à lui quand il est sur le parquet.»

3.«Sa mère a eu l'idée de lui coller des amendes, parce qu'elle était frustrée de le voir perdre trop de ballons»

Curry a beau inscrire 20 de ses 38 points dans le dernier acte pour permettre aux siens de recoller, le meneur perd le ballon le plus important du match à huit secondes de la fin, à Denver, alors que son équipe est menée de deux points et vient de récupérer la possession du ballon. Ce 13 janvier, Golden State s'incline finalement de deux points (112-110).


Stephen Curry sait que ses pertes de balles sont trop nombreuses. Dans un article du New York Times, où le meneur expliquait qu'il pouvait encore s'améliorer, les pertes de balles étaient mentionnées dans la liste des choses qui énervent passablement son entraîneur Steve Kerr, raconte son assistant, Bruce Fraser:

«Parfois, Steph va me demander lors d'un match combien de ballons il a perdu. Il sait que Steve n'aime pas ça. Il ne demande jamais combien de shoots il a manqués ou d'autres statistiques. Mais il sait que Steve leur rebat les oreilles avec les balles perdues, donc il garde ça à l'esprit.»

Un an plus tôt, le San Francisco Chronicle racontait que Curry avait déjà pris conscience de ce péché mignon:

«[Sa mère] Sonya a eu l'idée de coller des amendes à son fils il y a quelques saisons de cela parce qu'elle était frustrée de le voir perdre trop de ballons lors d'un match. Elle avait demandé à son mari, l'ancien meneur Dell Curry, ce qui constituait un nombre raisonnable de ballons perdus par match pour Stephen. Ils se sont mis d'accord sur trois. S'il en perd plus, c'est 100 dollars à chaque fois. S'il en perd moins, c'est retiré de son total.»

4.«Peut-être que l'on a besoin d'une défaite comme ça pour nous réveiller»

Trois jours plus tard, le 16 janvier, et pour la deuxième fois en trois matchs, Golden State s'incline. Cette fois-ci, c'est Detroit qui fait tomber le champion en titre (113-95), au terme d'un match où les Warriors sont apparus très nerveux, raconte alors L'Équipe:

«De façon assez inhabituelle, les Golden State Warriors ont affiché une nervosité palpable en cours de match, rapidement sanctionnée par les arbitres. Stephen Curry, Draymond Green et Luke Walton ont été chacun sanctionnés d'une faute technique. Le meneur a invectivé l'arbitre après un panier qui aurait mérité un lancer bonus. Pris dans son duel face à Andre Drummond (14 points, 21 rebonds), Draymond Green a passé son temps à discuter avec son vis-à-vis tout en commettant quelques erreurs défensives.»

Comme l'indique Sports Illustrated, c'est la première fois de la saison que les Warriors s'inclinent au complet. Pas de quoi inquiéter Klay Thompson cependant, qui préfère voir les choses du bon côté:

«Peut-être que l'on a besoin de ça. Peut-être que l'on a besoin d'une défaite comme ça pour nous réveiller et réaliser que toutes les équipes vont tout faire pour nous battre, comme ce soir.»

5.«On aurait dit Steph Curry»

Après onze nouvelles victoires qui les ont hissés à un bilan de 48 victoires et 4 défaites juste avant le All-Star Game, les Warriors s'inclinent lourdement face à une équipe de Portland portée par un Damian Lillard inarrêtable, le 19 février (137-105). Auteur de 51 points (son record en carrière), le meneur de la franchise de l'Oregon fait beaucoup de mal à Golden State.


Steve Kerr résumera la performance de Lillard en une phrase:

«On aurait dit Steph Curry.»

Damian Lillard n'est pas le premier venu. L'international américain, drafté en sixième position par Portland en 2012, avait fini rookie de l'année (meilleur nouveau joueur) la saison suivante. Il s'est depuis imposé comme le joueur majeur de la franchise de l'Oregon. Reste que ce jour-là, sa performance face à Golden State (il a également battu son record personnel d'interceptions lors de la même rencontre) a pris un peu tout le monde de court, à commencer par son entraîneur, Terry Stotts:

«Il a été dans la zone, deux fois. À la fin, ça en devenait presque absurde.»

6.«On avait vraiment l'air de millennials»

Face à une équipe des Lakers alors dernière de la conférence Ouest, Golden State prend l'eau (112-95) le 6 mars. Habituellement rois derrière la ligne des trois points, les Warriors réalisent un inhabituel record dans ce match, note alors Basket USA:

«Les joueurs de la baie combinent un horrible 4 sur 30 derrière la ligne, la pire prestation de l’histoire à 30 tirs ou plus.»

À eux deux, les «Splash Brothers», Steph Curry et Klay Thompson, affichent un effrayant 1/18 derrière la ligne. Et quand la défense ne suit pas, il n'y a plus rien à faire:

«On a eu ce qu'on méritait, analyse alors Steve Kerr. Quand la balle ne rentre pas, il faut gagner avec l'énergie et défendre dur. On n'a rien fait de tout ça. [...] Je plaisante souvent avec Steph sur le fait que cette équipe est remplie de millennials et que les millennials ne savent pas rester concentrés. On avait vraiment l'air de millennials aujourd'hui. Complètement absents. Mais toutes les équipes ont du mal à rester concentrées pendant 82 matchs. C'est dur.»

7.«Les Spurs ont trouvé la formule magique»

Handicapés par l'absence d'Andrew Bogut dans la raquette et d'Andre Iguadola en sortie de banc, les Warriors sont étouffés par les Spurs, le 19 mars (87-79), dans un match qui pourrait ressembler à ce que l'on risque de voir en finale de conférence si les deux équipes les atteignent comme prévu, San Antonio ayant fini la saison régulière à la deuxième place à l'Ouest. Les Spurs jouent le match parfait, et savent défendre à merveille sur le meneur californien:

«Stephen Curry a eu droit à un traitement spécial: chaque écran le concernant donnait lieu à un changement de défenseur. De quoi permettre aux locaux de ne jamais perdre la trace du meneur de jeu capable de marquer à toutes les distances. Curry a ainsi eu face à lui tous les joueurs des Spurs et n'a jamais pu s'ajuster. [...] En le limitant à 14 points et en laissant un peu plus de champ libre aux autres joueurs de Golden State, les San Antonio Spurs ont trouvé leurs marques et la confiance nécessaire pour aller chercher une victoire référence face aux Warriors.»

Pour montrer la merveille de défense texane sur ce match, Sports Illustrated a isolé cette séquence, en début de deuxième quart-temps:

 

«Reste à savoir si les Spurs seront capables de détrôner les champions en titre lors des play-offs, mais ils ont trouvé la formule magique: contrôler le rythme en ralentissant le jeu, rendre la vie de Curry difficile sans laisser des shoots faciles à l'intérieur et gagner la bataille dans la raquette quand le match s'y réduit.»

 

8.«Je les ai félicités. Ils viennent de gagner 54 matchs consécutifs à domicile»

À la fin mars, les Warriors n'ont plus besoin que de cinq victoires sur les sept derniers matchs pour battre le record détenu jusque-là par les Bulls, mais ils savent que dans cette quête, ils vont devoir affronter deux fois les Spurs de San Antonio. Mieux vaut donc ne pas laisser filer de matchs en cours de route –et pourtant, un peu à la surprise générale, Golden State s'incline chez lui, contre Boston (106-109), le 1er avril.

Les Warriors achèvent une série de 54 matchs sans défaite à l'Oracle Arena, où leur dernier revers remontait à janvier 2015. Stephen Curry, qui aura marché sur l'eau pendant une grande partie de la saison, laisse filer l'occasion de ramener les siens à égalité sur un shoot qui semblait pourtant ouvert.


Pas question cependant pour Steve Kerr de s'en prendre à ses joueurs:

«Je les ai félicités. Ils viennent de gagner 54 matchs consécutifs à domicile. Ce que nos gars ont réalisé est incroyable. Je ne sais pas si les gens réalisent l'intensité que cela demande et le travail qu'il a fallu accomplir pour réaliser une telle série.»

9.«Avec les Bulls, on avait perdu deux de nos quatre derniers matchs à domicile»

Quatre jours plus tard, les Warriors s'inclinent à nouveau, cette fois-ci contre Minnesota, après prolongation (124-117). Comme les Bulls lors de leur saison record en 1995-1996, les Californiens lâchent deux matchs en avril.

Steve Kerr, qui évoluait alors aux Bulls, s'en souvient encore:

«Si vous vous penchez sur cette saison, on avait perdu deux matchs à domicile dans la dernière semaine ou les dix derniers jours, à chaque fois d'un panier ou d'un point. Je crois qu'on était à 37 victoires et aucune défaite à domicile et on avait perdu deux de nos quatre derniers matchs.»

Les Bulls s'étaient effectivement incliné contre Indiana et Charlotte, à chaque fois d'un petit point. Ils avaient ensuite remporté relativement aisément le titre NBA, performance que les Warriors vont maintenant tenter d'accomplir. Début de réponse dans les prochaines semaines avec le premier tour des playoffs contre les Houston Rockets.

Grégor Brandy
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Journaliste
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