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Le PSG est un club riche, mais encore trop pauvre d’esprit

Yannick Cochennec, mis à jour le 13.04.2016 à 11 h 03

Son élimination sans gloire à Manchester City rappelle que le statut de grand club européen est long à acquérir.

Zlatan Ibrahimovic contre Manchester City à l'Etihad Stadium, le 12 avril 2016. PAUL ELLIS / AFP.

Zlatan Ibrahimovic contre Manchester City à l'Etihad Stadium, le 12 avril 2016. PAUL ELLIS / AFP.

Le Paris Saint-Germain rebondira et cette funeste soirée d'élimination passée à Manchester sera peut-être, pour le club de la capitale, l’occasion d’apprendre une leçon sans laquelle il ne triomphera pas demain au plus haut niveau européen. Alors que le tirage au sort avait semblé leur offrir, «sur le papier», un adversaire «facile», au moins plus à leur portée qu’un Real de Madrid ou un FC Barcelone, les hommes de Laurent Blanc ont mentalement échoué face à Manchester City.

Lors des deux rencontres, la formation parisienne aura à peine existé sur le plan des idées et des intentions, en payant sans doute au passage l’absence de Marco Verratti, qui a cruellement manqué au milieu du terrain. Ce petit Waterloo «spirituel», que peu d’observateurs avaient vu venir, entraînera cet été un ménage inévitable au sein de l’effectif parisien, mais il n’effacera pas l’impression de désordre laissée par cette élimination. Pourquoi? Comment?

Le PSG, club riche mais encore pauvre d’esprit, telle pourrait être la conclusion de ce gâchis qui interrogera Laurent Blanc, mais aussi ses habituels détracteurs. Après tout, le Paris Saint-Germain a peut-être été ramené à sa «juste» place, sur une trajectoire peut-être cousue de fil d’o, mais aux galons encore trop fragiles. Le PSG a été battu par Manchester City, mais il a reçu aussi une leçon, à quelque 2.000 kilomètres de là, de la part du Real de Madrid, capable de renverser la vapeur face à Wolfsburg (0-2, 3-0) grâce à un Cristiano Ronaldo décisif comme savent l’être les plus grands champions de cette dimension, avec cette sensation probablement intime d’appartenir à une galaxie inatteignable pour les autres et notamment Zlatan Ibrahimovic, trop inconstant au niveau de sa détermination.

La leçon de Chelsea

Vingt ans après son sacre en Coupe des Coupes, le Paris Saint-Germain n’est donc toujours pas un grand club européen et c’est presque rassurant de le constater. Il ne suffit pas d’avoir un carnet de chèques bien épais pour s’offrir relativement vite le nec plus ultra en termes de trophée. Et il est probable que cet échec, bien que déstabilisant, sera aussi stimulant pour Nasser Al-Khelaifi, le patron du club, qui, en cinq ans, aura tout de même jeté quelques puissantes fondations, au moins sur le plan national, en écrasant la Ligue 1. Et a encore la possibilité, en 2016 comme en 2015, de s’arroger les deux coupes nationales (Ligue et France).

Il n’empêche… Même s’il était passé face aux Anglais, le PSG aurait eu à déployer des trésors de volonté et d’intelligence pour aller au bout de cette Ligue des Champions cuvée 2015-2016. Éliminé pour la quatrième fois de suite en quarts de finale, il s’est privé d’un autre examen «grandeur nature» qui lui aurait permis de faire un pas en avant et qui lui fera cruellement défaut au moment d’aborder la saison européenne en 2016-2017. Dans un an, au seuil d’un hypothétique quart de finale, les mêmes questions, agaçantes, affleureront sur sa capacité à évoluer à l'étage supérieur. Mentalement, le club s’est, par avance, joué un mauvais tour.

Mais il n’y pas non plus péril en la demeure car, après tout, il faut bien se rappeler que Roman Abramovitch, le richissime propriétaire de Chelsea, avait dû attendre près de dix ans pour toucher au but, en 2012, après des fortunes englouties. Équipe jugée à l’époque comme aussi «financière» que le PSG actuel, le club londonien avait même fini par triompher en Ligue des champions l’année où il était le moins attendu. Lors de cette saison tumultueuse, Chelsea avait procédé au limogeage de son entraîneur, André Villas-Boas, remplacé par l’inexpérimenté Roberto di Matteo entre deux tours d’un huitième de finale de Ligue des champions contre Naples. Cette révolution de palais avait finalement été salutaire puisque Chelsea, dominé 3-1 par les Italiens à l’aller, avait fini par s’en sortir lors des prolongations de la deuxième manche, avant que sa vieille garde, remontée comme une pendule, n’aille au bout de l’aventure en finale, face à un Bayern Munich évoluant pourtant à domicile, et grâce notamment à un Didier Drogba revigoré.

On le voit, les crises au sein des clubs de premier plan peuvent être fécondes et leur histoire est souvent riche de contrepieds. Sauf que, c’est vrai, Chelsea avait pu compter sur ses fans, notamment contre le Bayern de Munich, pour se réinventer. C’est ce qui manque aussi et encore au PSG: cette passion venue des tribunes qui saurait le remettre en cause à l’occasion dans la mer d’huile de la Ligue 1. Ce supplément d’âme est à imaginer et cette désillusion aura peut-être quelques petites vertus à ce sujet. Quant à l’affaire Serge Aurier, elle a été peut-être le minuscule caillou qui a grippé imperceptiblement la machine. Aurier, mauvais à l’aller comme au retour, et qui aurait peut-être dû ne jamais être titularisé…

Blanc et le prix de la patience

Auteur de ce (mauvais) choix, Laurent Blanc, qui a été reconduit récemment dans ses fonctions jusqu’en 2018, n’est pas menacé par son employeur, mais il doit être ébranlé dans ses convictions. La question est forcément récurrente et l’atteint d’une manière ou d’une autre: a-t-il le niveau, ou au moins le flair, pour gouverner un tel équipage dans les plus hautes mers européennes?

Golfeur régulier et passionné, Blanc connaît le prix de la patience et les risques liés à cette pratique. En voyant Jordan Spieth «vendanger» une avance de cinq coups à neuf trous de l’arrivée lors du Masters, le 10 avril, le coach parisien a dû se souvenir qu’en sport, rien n’est décidément acquis, même lorsqu’il est possible d’être bardé de certitudes après un parcours quasi-immaculé comme celui du PSG lors de cette saison 2015-2016. En quelques minutes, tous vos jolis rêves peuvent terminer dans l’eau. Sachant qu’il y a toujours de belles leçons à retirer d’une telle noyade, non seulement pour soi-même, mais aussi pour ceux qui vous regardent et qui pourraient tirer trop vite de hâtives conclusions sur la puissance supposée des destins des champions. Le PSG est encore vivant et son existence continue. Fluctuat nec mergitur et #NuitDebout.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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