Allemagne

Pourquoi la numérotation des rues est si chaotique à Berlin

Temps de lecture : 2 min

Récit d'une histoire d'urbanisme compliquée.

Berlin | John Worth via Flickr CC License by
Berlin | John Worth via Flickr CC License by

Ceux qui ont déjà arpenté les rues de la capitale allemande à la recherche d’une adresse précise se reconnaîtront sans doute dans cet exemple tiré de l’émission franco-allemande «Karambolage», diffusée sur Arte, qui s’était penchée il y a quelques années sur le mystérieux système de numérotation des rues berlinoises:

«Vous vous trouvez dans la Kantstraße et vous cherchez le n°53. Vous êtes à pied, évidemment bien chargé, et vous êtes à hauteur du n°4. Le 53...? Vous décidez donc de traverser la rue pour vous retrouver du côté des numéros impairs. Et là, stupéfaction: vous tombez pile en face de l’entrée du 126!»

De nombreuses rues berlinoises sont en effet numérotées selon le système dit du «fer à cheval» («Hufeisen-System»), qui consiste à numéroter les immeubles les uns à la suite des autres. Une fois arrivé au bout de la rue, la numérotation se poursuit de l’autre côté, dans l’autre sens. Le numéro le plus élevé de la rue se trouve donc en face du numéro un.

Si l’on observe le plan conçu par le quotidien berlinois Der Tagesspiegel (voir ci-dessous), il ne semble pas y avoir de principe directeur qui régisse l’organisation des rues de la ville. Tout simplement parce que deux systèmes de numérotation coexistent aujourd’hui: le fer à cheval, surtout présent dans les quartiers de la ville dont la structure n’a que peu changé au cours du dernier siècle –Wilmersdorf, Charlottenbourg, Mitte et Kreuzberg–, et la numérotation séquentielle, c’est-à-dire un système de numérotation alterné et croissant, avec les chiffres impairs à gauche et les chiffres pairs à droite –les Allemands utilisent le terme plus amusant de «zigzag»–, qui devint la norme à partir de 1927.

Chaos urbain

Cette situation peut donc dérouter plus d’un passant et peut même s’avérer rageante quand on ne pense pas à jeter un œil vers le côté opposé, dans une ville où il n’est pas rare que les rues s’étirent sur plusieurs kilomètres. Ce chaos urbain atteint d’ailleurs des sommets d’aberration sur les «Champs-Élysées» berlinois:

«Le Kurfürstendamm constitue une curiosité particulièrement célèbre: c’est un fer à cheval de plus de trois kilomètres de long, qui commence par le numéro 11. […] Le Ku’damm a perdu ses numéros les plus bas et les plus élevés dès 1925, lorsque son extrémité nord-est, nettement séparée du reste du boulevard par l’église du souvenir, a été renommée Budapester Straße, qui est numérotée de manière séquentielle.»

Berlin n’est pas la seule ville à avoir connu le système dit du «fer à cheval»: avant d’adopter le système séquentiel en 1805, les rues parisiennes suivaient aussi cette numérotation tarabiscotée. Mais il a vite été délaissée au profit d’une règle encore plus obscure. Après la Révolution française, un système de «numérotation révolutionnaire» a été instauré dans la capitale française, qui avait non pas pour but de faciliter la tâche des facteurs ou des passants égarés mais de recenser les lieux de résidence soumis à l’impôt. À cette époque, il était donc courant que, dans une même rue, qui était divisée en sections, plusieurs immeubles portent le même numéro. Ce système était tellement absurde qu’il fut lui aussi (heureusement) supprimé.

Slate.fr

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