Tech & internet

Les commentateurs trolls sont racistes et sexistes

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 12.04.2016 à 19 h 02

Repéré sur The Guardian, Digiday, Le Plus

Le Guardian a mené une large étude sur les commentaires de son site. Et le résultat n’est pas joli.

Sur internet, les commentaires sont sexistes, racistes, antisémites | Michael via Flickr CC License by

Sur internet, les commentaires sont sexistes, racistes, antisémites | Michael via Flickr CC License by

Sur les sites d’informations comme n’importe où sur internet, il existe des recoins plus sombres que les autres, où des internautes mal attentionnés s’adonnent à leur activité favorite: le commentaire sexiste, raciste, antisémite… Souvent difficiles à cerner, ces internautes ont fait l’objet d’une étude de grande échelle commandée par le Guardian, qui a analysé plus de 70 millions de commentaires laissés sous ses articles depuis 2006, dans le but de mieux comprendre comment fonctionne le harcèlement en ligne. Et le résultat est édifiant.

Si la majorité des journalistes sont des hommes blancs, «les dix auteurs les plus harcelés sont huit femmes et deux hommes noirs», écrit d’entrée le journal. Deux de ces femmes et un des hommes sont homosexuels et ce top 10 comprend une femme musulmane et une autre juive. L’étude montre également que les dix auteurs les moins harcelés sont tous des hommes. Et si ces commentaires néfastes (et donc bloqués par les modérateurs) atteignent «seulement» un total de 1,4 million, soit 2% de l’ensemble des commentaires, les thèmes comme le féminisme, le viol ou le conflit israélo-palestinien ont entraîné beaucoup plus de blocages de commentaires de la part des modérateurs. La section «Comment is free» du site, qui sert à diffuser des opinions, montre clairement le visage de ses auteurs, ce qui peut parfois peser dans la teneur des commentaires violents.

«Imaginez aller au travail tous les jours et marcher au milieu d’une foule de cent personnes qui vous lancent “Vous êtes stupide”, “Vous êtes horrible”, “ Vous craignez”, “Je n’arrive pas à croire que vous soyez payée pour ça”. C’est une horrible manière d’aller travailler», raconte Jessica Valenti, journaliste au Guardian. Le journal qui, après avoir proposé aux internautes de juger eux-mêmes certains commentaires, cite une étude qui montre que 40% des adultes ont déjà été harcelés en ligne et qu’ils sont 73% à avoir été témoins de harcèlement. «Cela a très certainement un effet glaçant, écrit le journal, poussant à se taire des gens qui auraient contribué au débat public, en particulier les femmes, ceux appartenant à la communauté LGBT à des minorités ethniques ou religieuses.»

Enrichissants

Que faut-il faire alors? Fermer définitivement les commentaires, les cacher le plus possible? Certains l’ont fait. Comme l’expliquait Digiday en 2014, Popular Science a fermé ladite section et Vox.com s’était lancé sans possibilité de commenter. L’année suivante, The Daily Dot bloquait définitivement la section et The Verge proclamait une pause estivale pour permettre aux modérateurs (et aux trolls) de se reposer.

Aujourd’hui, une partie des internautes a migré sur les réseaux sociaux, où personne, ou presque, ne peut les empêcher de parler. Mais les trolls les plus déterminés sont toujours présents sous les articles, à l’affût du moindre propos polémique.

Malgré ce combat perdu d’avance, le journal britannique refuse aujourd’hui de fermer ses commentaires, car les abus les plus extrêmes dans les commentaires sont rares (2%) et que les 98% sont potentiellement très enrichissants. Dans une tribune publiée sur le site du Plus début mars, la community manager du site Atlantico Marie Slavicek expliquait que, malgré ses «pertes de foi en l’humanité», les trolls contribuent aussi au succès d’un site car «plus un article est liké, sharé, commenté, plus il remonte et plus il a de succès».

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