Monde

Paul Ryan, l’homme qui ne veut pas être président (pour l’instant)

Grégor Brandy, mis à jour le 13.04.2016 à 15 h 57

Le nom du speaker de la Chambre des représentants revient de plus en plus dans les médias américains en cas de convention contestée.

Paul Ryan, lors d'une conférence de presse, le 12 avril 2016 | CHIP SOMODEVILL  GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Paul Ryan, lors d'une conférence de presse, le 12 avril 2016 | CHIP SOMODEVILL GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

N’insistez pas, il ne veut pas y aller (officiellement). Le président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan, ancien candidat à la vice-présidence aux côtés de Mitt Romney, a réaffirmé, mardi 12 avril, lors d’une «conférence de presse convoquée à la hâte», qu’il ne comptait pas être candidat à l’investiture présidentielle lors de la convention de Cleveland, en juillet:

«Laissez-moi le dire clairement: je ne veux pas et n’accepterai pas la nomination de notre parti. [...] Mon nom ne devrait pas être pris en considération. Point. Fin de l’histoire.»

Pour comprendre comment l’actuel speaker de la Chambre des représentants a pu ou peut être vu comme un possible candidat à l’élection présidentielle alors qu’il n’est même pas candidat à la primaire, il faut se pencher sur le règlement républicain.

Pour que l’un des candidats en course actuellement (Donald Trump, Ted Cruz ou John Kasich) soit investi, il a besoin du soutien de 1.237 des délégués élus au cours des différentes primaires et caucus qui ont eu lieu dans tout le pays entre le 1er février (Iowa) et le 7 juin (Californie, Montana, New Jersey, Nouveau Mexique et Dakota du Sud). Si, généralement, un candidat se détache avant ces dernières élections, reste seul en course et obtient donc officiellement la nomination du parti lors de la convention, il arrive que tout ne soit pas joué d’avance. C’est ce qu’explique BFM:

«Dans les faits, après un premier tour de scrutin au cours duquel les délégués donnent leur voix au candidat pour lequel ils sont tenus de voter et qui ne débouche pas sur une majorité absolue, un autre tour se met en place. Mais cette fois, les délégués de certains États sont libres d’accorder leur vote à qui bon leur semble. Qu’il s’agisse d’un autre candidat en lice, ou de n’importe quelle autre personnalité politique de leur choix non candidate. De nouveaux noms peuvent alors émerger. Et les tours s’enchaînent, jusqu’à ce que la majorité absolue soit remportée.»

C’est là que le nom de Paul Ryan émerge, en lieu et place de Donald Trump, d’un Ted Cruz pas vraiment plus apprécié et de John Kasich, à la traîne jusque-là. Pour le Chicago Tribune, le speaker de la chambre pourrait bien être la meilleure chance du Parti républicain.

«Je ne suis pas prêt»

Comme l’explique le magazine Time, Paul Ryan a balayé d’un revers de la main à de nombreuses reprises «l’idée qu’il puisse faire son entrée dans la course républicaine. Il a nié le 4 avril être "le nouveau visage" que le Parti républicain recherche pour la nomination lors d’une potentielle convention contestée en juillet»:

«Je ne suis pas cette personne. J’aimerais croire que je suis ce nouveau visage, mais pas pour cette fois. Je pense que vous devez vous lancer dans la course à la Maison Blanche, si vous allez être président, et je ne suis pas prêt à être président. Donc fin de l’histoire.»

Newser précise que Paul Ryan est même allé jusqu’à «menacer de lancer des actions en justice contre ceux qui s’arrangent pour qu’il obtienne la nomination. [...] Il dit même que, si on lui proposait, il refuserait la nomination républicaine lors de la convention», qu’il va lui-même présider.

Time souligne par ailleurs qu’il y a «des théories innombrables sur ce qui pourrait se passer en cas de convention contestée et cette quasi-vidéo de campagne va uniquement jeter de l’huile sur le feu».

Cette quasi-vidéo de campagne, c’est celle-ci, que le représentant du Wisconsin a pris soin de publier sur son compte Twitter:

Dedans, on peut le voir s’en prendre à la teneur du débat politique aujourd’hui. Comme le souligne ABC, cette vidéo reprend un discours qu’il a donné à Washington au moment où la campagne républicaine était rythmée par deux candidats, Trump et Cruz, qui s’attaquaient mutuellement sur leur femme.

Début de campagne dans l’ombre

Il faut également rappeler que les démentis de Paul Ryan ne sont pas vraiment parole d’évangile. L’ancien colistier de Mitt Romney avait assuré qu’il ne serait pas candidat au poste de speaker de la Chambre après la démission de John Boehner. «Un mois plus tard, raconte ABC, il prêtait serment.»

Alors forcément, certains n’ont pu s’empêcher d’y voir un début de campagne dans l’ombre, en attendant tranquillement la convention, pour se présenter comme le sauveur du parti.

Le Washington Post explique pourtant qu’une candidature de Paul Ryan serait très risquée sur le plan personnel. Tout d’abord parce que, en arrivant à la dernière minute, il pourrait voir une partie de l’électorat républicain se retourner contre lui. Et, en cas de défaite lors de l’élection générale, «son poste de leader du Parti républicain à la Chambre des représentants pourrait s’écrouler, mettant fin à une carrière politique qui semble avoir du potentiel pour les décennies à venir». Même analyse du côté de Politico, qui souligne que l’ancien colistier de Mitt Romeny devrait mener une campagne présidentielle sur seulement trois mois, quand Hillary Clinton et Bernie Sanders sont sur la route depuis un an déjà:

«Bien sûr que Ryan ne dit pas qu’il ne se lancera jamais dans la course à la Maison Blanche. Si Hillary Clinton l’emporte –ce que pensent la plupart des Républicains présents au Congrès–, il pourrait envisager une candidature en 2020. Mais même alors, ses proches ne sont pas convaincus qu’il se lancerait dans cette course-là.»

Quand il se sentira prêt, nul doute que l’ancien candidat à la vice-présidence mettra en avant son CV, et qu’il jouera sur son expérience. Et il devrait avoir le soutien du parti. Mitt Romney, qui l’avait choisi comme colistier, l’avait présenté comme le futur président américain, dans un joli lapsus, en 2012:

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