politique
- politique
- France
- Nicolas Sarkozy
- jean sarkozy
- Epad
- Neuilly-sur-Seine
Jean Sarkozy n'est pas un élu comme un autre
Remporter Neuilly a toujours été une formalité pour la droite
Jean Sarkozy le répète à l'envi: sa légitimité de candidat à la présidence de l'Epad est tirée du suffrage universel. Le fils du chef de l'Etat pousse cette ligne de défense à longueur d'interviews.
Mardi soir sur France 3:
«Jamais, depuis le début de mon parcours, je n'ai été nommé. Je tire ma légitimité de l'élection et du suffrage universel. Je suis un élu comme les autres, quel que soit le nom que je porte, quel que soit l'âge qui est le mien quelles que soient mes activités par ailleurs. Je suis un élu de la République».
Mardi matin dans Le Parisien.
«On oublie vite, ou on fait mine d'oublier, que j'ai été élu conseiller général du canton de Neuilly-Sud au suffrage universel. Puis élu président de groupe au conseil général des Hauts-de-Seine par mes pairs. Depuis deux ans, je suis sur le terrain, je travaille, j'ai toujours été soutenu par ma majorité. Mais quoi que je dise, quoi que je fasse, je serai critiqué. Ce procès en légitimité, on me le fera toujours.»
Mardi après-midi, copié-collé de la plaidoirie dans les rangs de l'UMP, du gouvernement; dans la bouche de François Fillon:
«Jean Sarkozy a été élu, d'abord, par les électeurs des Hauts-de-Seine, et ensuite par ses pairs, pour devenir le chef de la majorité du conseil général des Hauts-de-Seine. Et maintenant, il est désigné (par cette collectivité) pour prendre la présidence de l'Epad. (...) C'est une élection, c'est une compétition.»
La légitimité donnée par l'élection est l'argument imparable. A moins de passer pour un suppôt à peine rampant du poujadisme et du pays réel contre le pays légal, il clôt le débat. Sauf que Jean Sarkozy est conseiller général des Hauts-de-Seine du canton de Neuilly-sur-Seine-Sud. Etre candidat UMP représente la garantie d'être élu, une assurance tous risques. Il suffit de jeter un œil à cette richissime banlieue parisienne. Deuxième commune de France pour les contribuables redevables de l'ISF (un Neuilléen sur 10 environ), et même en première place dans le pays pour le niveau d'impôt sur le revenu payé en moyenne par les contribuables. Autant dire que ce n'est pas ici que le facteur de Neuilly... réussira son implantation électorale.
Neuilly a toujours été une ville de droite. De la Libération à 2008, quand on parle d'alternance, c'est parce que le maire, gaulliste, a vu le nom de son parti changer. Achille Peretti (1947-1983) a été élu sous les casaques RPF/URAS/CNRS/UNR/UNR-UDT/UD/RPR. Son successeur? Nicolas Sarkozy, qui se ceint de l'écharpe tricolore sous la bannière RPR (jusqu'en 2002). Et alors? Dominer un bastion ne signifie pas élection dans un fauteuil. C'est vrai partout: des villes sociologiquement de droite pendant des décennies sont passées à gauche. Paris en est la preuve.
Mais Neuilly n'est pas Paris. Ici, les élections se gagnent au premier tour. Qu'elles soient législatives (2002: Ceccaldi-Reynault, la député de la 6e circonscription des Hauts de Seine l'emporte avec 52,7% des suffrages; 2007, Nicolas Sarkozy fait carton plein avec 68,8%) ou présidentielles (2002, Chirac flirte avec les 45% des voix eu premier tour, loin derrière l'enfant du pays Nicolas Sarkozy en 2007 avec 72,6% et 88,7% pour les deux votes). Si l'on ne prend en compte que les cantonales, se présenter à Neuilly-Sud est aussi une balade de santé: en 2001, Louis-Charles Bary, y obtient 72% des suffrages exprimés. Au premier tour.
Choisir le camp du vainqueur
Alors faute de combat dans les urnes, la bataille politique y sera un corps à corps sanglant, âpre, pas un duel à fleurets mouchetés. Là où le père mène des batailles, même celles perdues d'avance, le fils préfère le camp vainqueur. En 2008, c'est Jean Sarkozy, un des dirigeants locaux de l'UMP, qui plantera le prétendant en titre (David Martinon). Ce coup de Jarnac rappelle celui du père qui avait doublé, en 1983, son mentor Charles Pasqua pour succéder au vieux maire Achille Peretti. Dans la foulée des municipales, Jean Sarkozy se présente aux élections cantonales avec la garantie d'être élu. Pas de primaires internes à la droite, pas de concurrent... l'élection dans un territoire gagné d'avance est une simple formalité. Enfin, tout de même, un petit score à l'échelle neuilléenne: 51% au premier tour.
Cela lui suffit pour entrer au conseil général des Hauts-de-Seine et postuler à la présidence du groupe UMP/Nouveau Centre au conseil général du 92. Point de suffrage universel dans cette élection. Pas plus dans celle qui le porterait à la tête de l'Epad, ou dans celle de président du département, qu'il viserait. Qui oserait se fâcher avec le chef de l'Etat ou avec ses proches, qui tirent les ficelles de ce département?
Jean Sarkozy n'est pas un «élu comme un autre». Même l'enfant du pays parce qu'il revendique haut et fort que, pour lui, la politique sera plus compliquée à cause de son nom, aurait dû le comprendre. Ses racines ne sont «pas dans le Poitou, la Creuse ou le Béarn. Alors, il faudrait quoi? Que je m'exile pour avoir le droit de me présenter?», interroge Jean Sarkozy. Peut-être. Pas loin. «Il eût pu choisir d'autres cantons, écrit-on ici. On aurait loué le courage de la démarche et, s'il avait enlevé le bastion, sa légitimité eût été incontestable.» Oui, en politique, l'héritage vaut bien un parachutage.
Johan Hufnagel
Image de une: Charles Platiau / Reuters: Bertrand Delanoë et Jean Sarkozy lors d'une cérémonie au mont Valérien en 2008.
Si vous avez aimé cet article vous aimerez peut-être: «Jean Sarkozy est un "fils de" comme les autres» ou «Pourquoi les partis politiques changent de nom?»
Retrouvez Slate sur Facebook. Suivez-nous sur Twitter.
Si vous souhaitez commenter cet article, veuillez vous enregistrer ou bien vous connecter.



























Comments
Monarchie bananière
Nicolas Sarkozy aurait affirmé "Je ne lâcherais pas", à propos de la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD.
J'avoue avoir du mal à comprendre : que viendrait faire le Président de la République dans cette affaire ? Ou serait le rapport ?
unhommedansunbateau.com
@johan Hufnagel
"Là où le père mène des batailles, même celles perdues d'avance" Des batailles perdues d'avance ? A quoi faites vous allusion Mr Hufnagel ? Ou est-ce une forme quelconque de rhétorique destinée à nous faire croire que NS s'en irait battre le fer avec des moulins ?
cordialement,
nb: on "s'anglicise" sur Slate ?
http://corto74.unblog.fr
Ce ne sont pas des parachutages.., c’est de l’inné !
Ce ne sont pas des parachutages, ni même des privilèges de la naissance… c’est de l’inné !
La fin des privilèges de la naissance.., c’est en substance ce qu’a dit le président lors de la présentation de sa réforme du lycée. Mieux, pour enfoncer le clou, et insistant pour être plus clair encore, il dit : « Désormais ce qui compte en France pour réussir ce n'est plus d'être bien né, c'est d'avoir travaillé dur et d'avoir fait la preuve, par ses études de la valeur ».
Oui, seulement cela ne devait concerner que les autres, et non pas sa famille. Le télescopage dans le temps, de son discours et des faits devient terriblement préjudiciable, et renforce l’idée du népotisme présidentiel. Préjudiciable encore par rapport à ce principe de nominations irréprochables dans une démocratie moderne, que le président défendait lors des élections qui viennent tout à coup d’être balayé du revers de la main.
Il convient donc pour comprendre ce qui se passe, d’aller voir du coté de qui provient de « l’inné », et de ce qui est de « l’acquis », comme l’avait dit le président lors de sa campagne. Pour changer un peu, après le gène du délinquant, il (le président) aurait pu revendiquer l’existence d’un gène du savoir et d’un autre gène, celui de la responsabilité. Au moins, Johan Hufnagel ne pourrait plus douter qu’il ne s’agit pas d’un parachutage, mais qu’il lui faut admettre que cela vient bien de l’héritage.., l’héritage génétique du père !
Non contrairement à l’auteur de l’article, ce dont il nous parle n’est absolument pas un parachutage et encore moins doré, tant la difficulté à trahir ses amis est grande. Non tout ceci fait appel à une autre notion qui contrairement à « l’inné » est de l’ordre de « l’acquis ». Car, oui.., il a bien été élu dans des fauteuils successifs déjà acquis à un parti y compris au suffrage universel. Alors pourquoi aller ailleurs ?
Et puis il faut bien reconnaitre qu’il est le meilleur ! Personne d’autre que lui, n’a plus de compétences innées pour occuper un poste acquis !
La preuve.., comme le confirme à qui veut bien l’entendre la vice-présidente UMP du Conseil général des Hauts-de-Seine Isabelle Balkany « Jean Sarkozy est le meilleur d'entre nous. Il va être le meilleur représentant de la Défense possible ». L’ensemble du groupe UMP/Nouveau Centre doit être vraiment mauvais, sauf à y voir, dans Jean Sarkozy quelque chose d’inné, quelque chose de Dieu le père !
.
Si Jean Sarkozy était responsable…
Citation du jour : S’il était suffisamment responsable pour occuper ce poste, il refuserait ce poste !
Jen