France

Jean Sarkozy n'est pas un élu comme un autre

Johan Hufnagel, mis à jour le 15.10.2009 à 11 h 22

Remporter Neuilly a toujours été une formalité pour la droite

Jean Sarkozy le répète à l'envi: sa légitimité de candidat à la présidence de l'Epad est tirée du suffrage universel. Le fils du chef de l'Etat pousse cette ligne de défense à longueur d'interviews.

Mardi soir sur France 3:

«Jamais, depuis le début de mon parcours, je n'ai été nommé. Je tire ma légitimité de l'élection et du suffrage universel. Je suis un élu comme les autres, quel que soit le nom que je porte, quel que soit l'âge qui est le mien quelles que soient mes activités par ailleurs. Je suis un élu de la République».

Mardi matin dans Le Parisien.

«On oublie vite, ou on fait mine d'oublier, que j'ai été élu conseiller général du canton de Neuilly-Sud au suffrage universel. Puis élu président de groupe au conseil général des Hauts-de-Seine par mes pairs. Depuis deux ans, je suis sur le terrain, je travaille, j'ai toujours été soutenu par ma majorité. Mais quoi que je dise, quoi que je fasse, je serai critiqué. Ce procès en légitimité, on me le fera toujours.»

Mardi après-midi, copié-collé de la plaidoirie dans les rangs de l'UMP, du gouvernement; dans la bouche de François Fillon:

«Jean Sarkozy a été élu, d'abord, par les électeurs des Hauts-de-Seine, et ensuite par ses pairs, pour devenir le chef de la majorité du conseil général des Hauts-de-Seine. Et maintenant, il est désigné (par cette collectivité) pour prendre la présidence de l'Epad. (...) C'est une élection, c'est une compétition.»

La légitimité donnée par l'élection est l'argument imparable. A moins de passer pour un suppôt à peine rampant du poujadisme et du pays réel contre le pays légal, il clôt le débat. Sauf que Jean Sarkozy est conseiller général des Hauts-de-Seine du canton de Neuilly-sur-Seine-Sud. Etre candidat UMP représente la garantie d'être élu, une assurance tous risques. Il suffit de jeter un œil à cette richissime banlieue parisienne. Deuxième commune de France pour les contribuables redevables de l'ISF (un Neuilléen sur 10 environ), et même en première place dans le pays pour le niveau d'impôt sur le revenu payé en moyenne par les contribuables. Autant dire que ce n'est pas ici que le facteur de Neuilly... réussira son implantation électorale.

Neuilly a toujours été une ville de droite. De la Libération à 2008, quand on parle d'alternance, c'est parce que le maire, gaulliste, a vu le nom de son parti changer. Achille Peretti (1947-1983) a été élu sous les casaques RPF/URAS/CNRS/UNR/UNR-UDT/UD/RPR. Son successeur? Nicolas Sarkozy, qui se ceint de l'écharpe tricolore sous la bannière RPR (jusqu'en 2002). Et alors? Dominer un bastion ne signifie pas élection dans un fauteuil. C'est vrai partout: des villes sociologiquement de droite pendant des décennies sont passées à gauche. Paris en est la preuve.

Mais Neuilly n'est pas Paris. Ici, les élections se gagnent au premier tour. Qu'elles soient législatives (2002: Ceccaldi-Reynault, la député de la 6e circonscription des Hauts de Seine l'emporte avec 52,7% des suffrages; 2007, Nicolas Sarkozy fait carton plein avec 68,8%) ou présidentielles (2002, Chirac flirte avec les 45% des voix eu premier tour, loin derrière l'enfant du pays Nicolas Sarkozy en 2007 avec 72,6% et 88,7% pour les deux votes). Si l'on ne prend en compte que les cantonales, se présenter à Neuilly-Sud est aussi une balade de santé: en 2001, Louis-Charles Bary, y obtient 72% des suffrages exprimés. Au premier tour.

Choisir le camp du vainqueur

Alors faute de combat dans les urnes, la bataille politique y sera un corps à corps sanglant, âpre, pas un duel à fleurets mouchetés. Là où le père mène des batailles, même celles perdues d'avance, le fils préfère le camp vainqueur. En 2008, c'est Jean Sarkozy, un des dirigeants locaux de l'UMP, qui plantera le prétendant en titre (David Martinon). Ce coup de Jarnac rappelle celui du père qui avait doublé, en 1983, son mentor Charles Pasqua pour succéder au vieux maire Achille Peretti. Dans la foulée des municipales, Jean Sarkozy se présente aux élections cantonales avec la garantie d'être élu. Pas de primaires internes à la droite, pas de concurrent... l'élection dans un territoire gagné d'avance est une simple formalité. Enfin, tout de même, un petit score à l'échelle neuilléenne: 51% au premier tour.

Cela lui suffit pour entrer au conseil général des Hauts-de-Seine et postuler à la présidence du groupe UMP/Nouveau Centre au conseil général du 92. Point de suffrage universel dans cette élection. Pas plus dans celle qui le porterait à la tête de l'Epad, ou dans celle de président du département, qu'il viserait. Qui oserait se fâcher avec le chef de l'Etat ou avec ses proches, qui tirent les ficelles de ce département?

Jean Sarkozy n'est pas un «élu comme un autre». Même l'enfant du pays parce qu'il revendique haut et fort que, pour lui, la politique sera plus compliquée à cause de son nom, aurait dû le comprendre. Ses racines ne sont «pas dans le Poitou, la Creuse ou le Béarn. Alors, il faudrait quoi? Que je m'exile pour avoir le droit de me présenter?», interroge Jean Sarkozy. Peut-être. Pas loin. «Il eût pu choisir d'autres cantons, écrit-on ici. On aurait loué le courage de la démarche et, s'il avait enlevé le bastion, sa légitimité eût été incontestable.» Oui, en politique, l'héritage vaut bien un parachutage.

Johan Hufnagel

Image de une: Charles Platiau / Reuters: Bertrand Delanoë et Jean Sarkozy lors d'une cérémonie au mont Valérien en 2008.

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