Sports

Derrière l'intouchable Djokovic, la relève du tennis émerge

Yannick Cochennec, mis à jour le 11.04.2016 à 13 h 20

Une nouvelle génération talentueuse et déroutante, avec pour têtes d'affiches Borna Coric, Taylor Fritz, Nick Kyrgios, Dominic Thiem ou Alexander Zverev, est en train de s'affirmer sur le circuit.

Taylor Fritz, Nick Kyrgios, Alexander Zverev, Borna Coric et Dominic Thiem. Stacy Revere / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP ; Minas Panagiotakis / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP ; MATTHEW STOCKMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP ; ALAIN GROSCLAUDE / AFP ; CLIVE BRUNSKILL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Taylor Fritz, Nick Kyrgios, Alexander Zverev, Borna Coric et Dominic Thiem. Stacy Revere / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP ; Minas Panagiotakis / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP ; MATTHEW STOCKMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP ; ALAIN GROSCLAUDE / AFP ; CLIVE BRUNSKILL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Depuis le début de l’année, il y a eu Novak Djokovic et les autres. Vainqueur de quatre tournois, dont les trois plus importants inscrits au calendrier du premier trimestre (Open d’Australie, Indian Wells et Miami), l’écrasant n°1 mondial n’a connu l’échec qu’une seule fois, et encore celui-ci était-il à relativiser puisque cette seule défaite a correspondu à un abandon contre Feliciano Lopez en raison d’un problème aux yeux. Dans ce contexte hégémonique, Djokovic est le favori tout désigné du Monte-Carlo Rolex Masters, qui s’est ouvert dimanche 10 avril et où il est –ô surprise– tenant du titre d’une épreuve qui marque le début de la saison sur terre battue.

Depuis douze ans, c’est comme si le tennis avait été successivement «capturé» par Roger Federer, 34 ans, Rafael Nadal, 29 ans, et Novak Djokovic, 28 ans, qui compilent à eux trois 42 succès en Grand Chelem et ont tous connu chacun, à un moment donné, des périodes d’extrême domination. Pour la concurrence, hormis Andy Murray à l’occasion, il n’y a guère eu de place pour tirer son épingle du jeu. Mais si la saison 2016 a été pour le moment celle d’un unique homme, elle n’en a pas moins commencé à lever le voile sur la relève qui s’est affirmée lors des derniers mois et qui devrait occuper le devant de la scène lors des prochaines années. Car c’est l’une des inquiétudes du tennis, soucieux notamment de son développement économique: qui va, demain, remplacer l’actuelle l’élite qui l’a médiatiquement porté très haut? Et cette nouvelle vague sera-t-elle en mesure de prendre le relais?

Des joueurs comme Milos Raonic, 25 ans, Kei Nishikori, 26 ans, ou Grigor Dimitrov, 24 ans, ont encore de beaux atouts à abattre mais ils ne sont plus synonymes de puissance émergente car ils ont déjà une forme d’ancienneté et ont laissé passer quelques occasions.

En revanche, cinq compétiteurs plus jeunes, encore relativement méconnus du grand public, se sont nettement affirmés au cours de la période récente. Par ordre alphabétique, il s’agit du Croate Borna Coric, 19 ans, de l’Américain Taylor Fritz, 18 ans, de l’Australien Nick Kyrgios, 20 ans, de l’Autrichien Dominic Thiem, 22 ans, et de l’Allemand Alexander Zverev, 18 ans, présents pour la plupart d’entre eux sur la terre battue monégasque. La liste n’est pas exhaustive et il serait possible de l’allonger avec l’Australien Thanasi Kokkinakis, 20 ans, le Coréen Hyeon Chung, 19 ans, les Américains Frances Tiafoe, 18 ans, et Stefan Kozlov, 18 ans, sans oublier le Russe Andreï Rublev, 18 ans, champion du monde juniors en 2014, vainqueur du récent tournoi-challenger de Quimper et bénéficiaire d’une wild-card à Monte-Carlo.

Il est probable, presque certain même, que parmi ces noms figurent de futurs vainqueurs de titres majeurs. Ce mois-ci, le magazine Tennis Magazine offre d’ailleurs sa couverture à Alexander Zverev, 54e dans la hiérarchie internationale, en lui prédisant un avenir de n°1 mondial et en reprenant ainsi le récent commentaire –«un possible futur n°1»– de Rafael Nadal, alors que le nonuple vainqueur des Internationaux de France venait de sauver une balle de match à Indian Wells contre ce grand échalas de 1m98.

De plus en plus pressés

Il est vrai que les cinq premiers joueurs cités de la liste de ces espoirs sont devenus de plus en plus pressés ces dernières semaines. Plus âgé du groupe, Dominic Thiem, 14e mondial, déjà vainqueur de cinq titres sur terre battue avec au passage un succès, en février, sur Rafael Nadal à Buenos Aires et un autre sur Stan Wawrinka à Madrid en mai, fait déjà figure de joueur à suivre de très près lors du Roland-Garros à venir. Quart de finaliste à Wimbledon en 2014, où il avait surpris le même Nadal, mais aussi à l’Open d’Australie en 2015, Nick Kyrgios s’est arrogé à Marseille, encore en février, le premier titre de son aventure professionnelle. A Memphis, toujours en février, Taylor Fritz, champion du monde juniors en 2015, a atteint la finale alors qu’il disputait seulement son troisième tournoi sur le circuit de l’ATP Tour et est devenu le plus jeune finaliste américain dudit circuit depuis Michael Chang en 1989.

Tombeur d’Andy Murray à Dubaï en 2015 et de Rafael Nadal à Bâle en 2014, Borna Coric a joué de son côté les finales des tournois de Chennai, en janvier, et de Marrackech, le week-end dernier. Alexander «Sascha» Zverev, champion du monde juniors en 2013, s’est lui hissé au cœur de l’hiver en demi-finales à Montpellier avant de prendre deux fois la mesure de Gilles Simon et de presque faire tomber Rafael Nadal en Californie.

Le plus en avance est évidemment Kyrgios, 20e, parce qu’il a déjà laissé sa marque dans le Grand Chelem par le biais de deux quarts de finale. Car c’est dans ces épreuves où la pression est forte et où l’endurance est requise pour des luttes au meilleur des cinq manches que ces apprentis-champions décrocheront chacun leur ticket définitif pour le gotha. Lorsque Roger Federer, alors âgé de 19 ans, avait créé la sensation à Wimbledon en 2001 en terrassant Pete Sampras en huitièmes de finale, il était entré de plain-pied dans une autre dimension, même s’il était alors complètement impossible d’imaginer l’ampleur que son destin allait prendre.

«Il n'y a rien de pire que d'être ordinaire»

Au-delà de leurs histoires familiales –Fritz est le fils d’une ancienne quart de finaliste de Roland-Garros et de l’US Open, Zverev le frère d’un joueur qui fut 45e mondial en 2009–, tous semblent afficher une confiance en eux relativement importante et possèdent déjà une technique souvent remarquable. Le revers à une main de Thiem –comme Stefan Edberg et Pete Sampras avant lui, l’Autrichien a abandonné un revers à deux mains au cours de l’adolescence– est déjà, par exemple, l’un des meilleurs au monde.

L’autre domaine où ils sont «intéressants», et relativement différents de leurs actuels aînés aux idées très ordonnées, se niche dans des personnalités souvent déroutantes et imprévisibles, à l’image de celle d'un Nick Kyrgios qui cumule déjà les «scandales». Jeune homme à l’état brut, l’Australien est régulièrement proche de la sortie de route quand il ne part pas littéralement dans le décor comme à Montréal, l’été dernier, où il avait insulté Stan Wawrinka en plein match.

Le très méthodique Borna Coric, amateur de tatouages, en a ainsi un sur son biceps avec des mots traduisant bien son ambition: «There is nothing worse in life than being ordinary» («Il n’y a rien de pire au monde que d’être ordinaire»). Le Russe Andreï Rublev est «réputé», lui, pour son caractère bouillonnant lui ayant valu quelques remarques de ses pairs y compris de la part de l’expérimenté Fernando Verdasco qui, à Barcelone en 2015, avait déclaré avoir été surpris par le niveau de grossièreté d’un joueur alors âgé de 17 ans. Voilà de quoi, de manière générale, aiguiser les appétits pour ceux qui seraient trop repus ou à la recherche de sensations fortes.

Cette génération «new look» marque aussi le probable retour au premier plan du tennis américain qui se cherchait une boussole depuis le départ d’Andy Roddick et qui, avec Fritz, Tiafoe et Kozlov, peut se remettre à croire en sa bonne étoile en Grand Chelem, où il n’a plus triomphé depuis 2003. Là encore, c’est une bonne nouvelle pour l’économie de ce sport dans un pays majeur du tennis, qui ne va pas pouvoir compter indéfiniment sur Serena Williams, 34 ans, pour continuer à intéresser le public américain.

Et le tennis français, dans tout cela? Âgé de 22 ans, Lucas Pouille, 81e mondial, ne paraît pas avoir, à ce stade, le même potentiel, mais il n’y a pas non plus de règle préétablie pour devenir une star du jeu. L’important est, après tout, de toujours y croire, comme Stan Wawrinka, vainqueur de son premier titre du Grand Chelem à 28 ans et du second à 30 ans alors qu’il n’y avait personne pour prédire qu’il en gagnerait un seul…

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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