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On les avait oubliés, mais, en 2011, il y a déjà eu des Indignés français

Un Indigné le 15 novembre 2011. JOEL SAGET / AFP

Un Indigné le 15 novembre 2011. JOEL SAGET / AFP

Feu de paille ou mouvement de fond? Une semaine après le début de Nuit Debout, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la pérennité du mouvement, que l’on appelle déjà celui des «Indignés». Mais qui se souvient aujourd’hui de l'échec de la mobilisation de 2011.

On les a vus émerger mi-2011, au moment où les «Indignados» espagnols prenaient de l’ampleur. Cette année-là, le 19 mai, 100 à 200 jeunes prennent l’initiative de se poster tous les jours place de la Bastille. Le 29 mai, ils sont même un millier, venus afficher leur soutien. «Comme les Madrilènes, les manifestants parisiens demandent “une réelle démocratie, maintenant” et dénoncent les politiques d'austérité menées partout en Europe», raconte à l’époque Le Monde.

Oui, nous l'avons pour la plupart oublié, mais il y avait déjà des «Indignés» français, il y a cinq ans. Car leur joli mois de mai va plutôt vite (et mal) se terminer. Ce dimanche-là, la police les évacue et démonte les trente tentes qu’ils ont installées. «Non à la violence!», crient les militants, encerclés par une dizaine de fourgons de CRS. 

 


Le 11 juin, rebelote, les forces de l’ordre les dispersent avant même l’installation d’un campement «pacifique». Il y aura encore quelques soubresauts du mouvement avant les vacances d'été, avec une évacuation le 19 juin, et un campement démonté le lendemain,

Quel rôle des anciens dans le mouvement de 2016?

À la rentrée 2011, le mouvement reprend un peu du poil de la bête. Près de 2.000 personnes se retrouvent devant l’Hôtel de Ville pour «la journée mondiale des Indignés». L’économiste Frédéric Lordon –déjà là– prononce quelques discours. Un Indigné estime alors dans le journal Libération que «10.000 personnes environ participent au mouvement en France, dont un noyau dur d'un millier de personnes particulièrement impliquées». Des assemblées générales hebdomadaire sont tenues sur le quai Saint-Bernard. Et en novembre, ils occupent pendant près de dix jours le parvis de la Défense.

On peut être là pour donner des conseils sur ce qui n’a pas marché, mais globalement, il faut que les gens se réapproprient les choses

Yannis Lehuédé

Depuis, plus rien, explique Yannis Lehuédé, qui faisait partie de la «commission communication» à l’époque et a écrit un livre sur cette période, On nous appelle les indignés ! Chronique parisienne.

Quel rôle ont joué les «anciens» indignés dans le mouvement Nuit debout? Certains ont pris le train en marche, quelques-uns étaient là dès le départ, mais ils ne sont «pas aux manettes», explique Yannis Lehuédé. 

«On peut être là pour donner des conseils sur ce qui n’a pas marché, mais globalement, il faut que les gens se réapproprient les choses, il faut leur laisser l’initiative. On repart de zéro.»

Échec en 2011, réussite en 2016?

Pourquoi Nuit Debout semble prendre aujourd’hui alors que le mouvement avait échoué en 2011? Vaste question, mais pour le militant, il est certain qu’il se passe quelque chose de différent, notamment du côté des forces de l'ordre. «Je suis surpris que la police ne soit pas plus méchante. Il doit y avoir un rapport de force différent.»

Le mouvement d’aujourd’hui aurait aussi commis moins d’erreurs, en étant «moins dogmatique», selon Yannis Lehuédé, et en s’adaptant au contexte français: «À l’époque, on avait exclu les associations, les syndicats, les partis. On ne voulait pas de structures déjà organisées. On avait copié le modèle espagnol. Mais c’était une erreur.» 

La France a un tissu associatif assez fort, et les syndicats jouent traditionnellement un rôle important dans les mobilisations. Nuit Debout a su pour l’instant les inclure, tout en les neutralisant: la grande diversité des associations, collectifs, partis et syndicats représentés empêche pour l'instant qu'une structure ne prenne le dessus sur les autres.

Le contexte politique est aussi différent. La France de 2011 était celle de Nicolas Sarkozy et de l’UMP. La gauche de 2016, avec François Hollande, subit une déception bien plus grande, parce qu’elle a peu d’espoir d’alternative. «Les militants étaient abasourdis de voir que Manuel Valls expulse plus de roms que la droite. Avec la loi El Khomri, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase», commente Yannis Lehuédé. 

Résultat: le public semble plus réceptif. En témoigne, en plus des centaines de personnes présentes place de la République à Paris et dans plusieurs villes de France, les 80.000 spectateurs qui ont suivi le mouvement dimanche 3 avril sur l’application Périscope. Mais ce frémissement suffira-t-il pour poser les graines d'une révolution?

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