Science & santé

Superstitieux? Vous le serez moins après avoir lu ceci

Lucile Berland, mis à jour le 08.04.2016 à 5 h 01

A-t-on plus d’enfants nés les nuits de pleine lune ? Plus de chance d’avoir un accident après avoir croisé un chat noir? Le chercheur en psychologie et en mathématique, Nicolas Gauvrit, pointe du doigt notre tendance naturelle à lier deux faits qui n’ont rien à voir et nous explique comment s’en libérer.

Toutes sortes de croyances sont rattachées à la lune | Rachel Kramer via Flickr CC License by

Toutes sortes de croyances sont rattachées à la lune | Rachel Kramer via Flickr CC License by

Vous savez, grâce à la lecture du précédent article de notre série, que tout ce qui nous arrive survient par hasard. Cela n’empêche une majorité d’entre nous de tout faire pour contrôler le cours de sa vie. Et cela peut aller très loin, notamment chez les adaptes de la superstition. Les «corrélations illusoires» désignent ce réflexe humain qui consiste à mettre en lien deux «événements» qui n’ont aucun rapport de cause à effet, simplement parce qu’ils ont lieu successivement ou parallèlement dans le temps. Rationaliser le hasard pour avoir l’illusion de contrôler notre quotidien est un comportement naturel chez la plupart des gens.

«Lorsque nous observons deux éléments qui ne sont en aucun cas liés, comme par exemple les soirs de pleine lune et la qualité du sommeil, nous croyons magiquement percevoir des régularités et des corrélations, décrypte le mathématicien et psychologue Nicolas Gauvrit. Bien des personnes remarquent qu’elles dorment mal les jours de pleine lune, pendant que d’autres constatent le contraire. Il ne faut pas se fier à nos impressions en la matière car elles sont trompeuses. En réalité, on va surtout se souvenir de nos insomnies les soirs de pleine lune, et oublier celles qui ont lieu d’autres soirs, ou encore oublier les soirs de pleine lune où l’on a très bien dormi, parce que ces cas-là ne correspondent pas au postulat pré-établi selon lequel on est censé moins bien dormir les soirs de pleine lune.» 

Des études récentes publiées dans la revue américaine Nursing Research, spécialiste de la question, ont d’ailleurs confirmé une enième fois en 2015, l’absence totale de lien entre la qualité du sommeil et la pleine lune.

L'effet barnum

C’est pourtant sur ce genre d’analogie que les superstitieux construisent leurs réflexes. L’arrivé d’un grand malheur à l’issue d’une journée où l’on a croisé un chat noir, ouvert un parapluie à l’intérieur d’une maison ou déambulé sous une échelle ne sauraient mentir.

De même, la magie des horoscopes s’expliquerait très facilement d’après le mathématicien: 

«Les textes sont en général assez flous pour que chacun puisse en faire sa propre interprétation. On appelle cela l'“effet barnum” –du nom de l’homme de cirque qui se définissait comme le “roi des charlatans” et prétendait que l’on pouvait faire croire n’importe quoi aux gens”. On l’appelle aussi  “effet Forer” car le concept a été mis en évidence en 1948 par le psychologue Bertram Forer, qui fit passer un faux test de personnalité à ses étudiants et leur promit d’en tirer des conclusions sur leur profil. Il se contenta de mettre bout à bout des morceaux d’horoscopes et de les faire lire à ses étudiants, en leur demander s’ils trouvaient que la description leur ressemblait. En moyenne, les élèves auraient attribué la note de 4,26/5, soit un fort taux de ressemblance, alors qu’ils avaient tous été décrits avec les mêmes phrases du type: “Bien que vous ayez quelques faiblesses de caractère, vous êtes généralement capable de les compenser” ou “Vous possédez de considérables capacités non employées que vous n'avez pas utilisées à votre avantage.”»

Avec le recul, la science explique désormais que l’esprit, face aux paroles positives qui nous mettent en valeur et nous font nous sentir unique, a tendance à chercher jusqu’à la dernière miette le souvenir ou le trait de caractère qui pourra confirmer ces paroles.

On aura tendance à le lancer très fort pour faire un 6 et tout doucement pour un 1, la probabilité de faire un 1 ou un 6 avec un dé est pourtant la même

L'illusion de contrôle

Dans la série des réflexes irrationnels, l’un des plus typiques et courants est l’illusion de contrôle. Cela se produit par exemple lorsque l’on veut vraiment faire un 6 avec un dé, si la victoire de la partie en dépend: «On aura tendance à le lancer très fort pour faire un 6 et tout doucement pour un 1, explique en souriant Nicolas Gauvrit. La science explique ce réflexe irrationnel par un besoin de contrôle, la sensation d’avoir un impact sur son destin grâce à la force de son geste. C’est un moyen de reprendre la main fictivement et de nous rassurer en imaginant que notre sort n’est pas totalement entre les mains du hasard…»

La probabilité de faire un 1 ou un 6 avec un dé est pourtant la même que celle de faire 2, 3, 4 ou 5: une chance sur six.

Autre application de cette volonté de maîtriser le hasard de la vie courante: le choix de la file d’attente, à l’approche des caisses d’un magasin ou d’un péage par exemple. La plupart des gens ont le sentiment de toujours choisir la file la plus longue. Or, s’il y a trois caisses par exemple, il n’y a que 33% de chance que vous soyez dans le plus rapide; s’il y a quatre caisses, seulement 25%, et ainsi de suite… Les théoriciens qui se sont penchés sur la question proposent de faire une file d’attente unique –qui se divise à la fin– pour répartir équitablement les risques de retard sur l’ensemble des clients.

C’est plus juste, mais pas évident pour tout le monde, justement à cause de cette «illusion de contrôle». La plupart des gens préfère pouvoir choisir sa file pour avoir l’illusion qu’il garde son destin en main et qu’il évitera peut-être la file «maudite»… Ce constat relevé par les psychologues a poussé de nombreuses enseignes a ne pas instaurer le principe des files uniques. Il ferait pourtant gagner du temps à tout le monde en moyenne. Voilà comment la volonté de contrôler débouche sur le choix le plus irrationnel possible.

Retrouvez l'ensemble des articles de notre dossier «Questions de chance».

Lucile Berland
Lucile Berland (19 articles)
Journaliste qui navigue entre l'écriture d'articles et la production audiovisuelle (documentaires et enquêtes).
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