Culture

Culture: ne pas prendre les enfants pour des cons donne des résultats surprenants

Temps de lecture : 2 min

Le Musée national de Varsovie expose 300 œuvres et artefacts historiques de son fonds, soigneusement sélectionnés et mis en scène, accompagnés d'audioguides, commentaires fouillés et catalogue exhaustif. Banal? Non. Les commissaires sont des enfants et le résultat est bluffant.

Pièce de l'exposition «Anything Goes» à Varsovie I Photos: Musée national de Varsovie
Pièce de l'exposition «Anything Goes» à Varsovie I Photos: Musée national de Varsovie

La muséographie, un jeu d'enfant? «À coup sûr, ils s'attendaient à des peluches, des nounours, des arcs-en-ciel. Mais ils verront une exposition sérieuse, parce que NOUS sommes sérieux.»

Pendant six mois, Janek, 10 ans, et ses 68 camarades âgés de 6 à 14 ans ont planché sur l'exposition «Anything Goes» réunissant 300 œuvres. Développant (quasi) seuls scénographie, commissariat, audioguides et catalogue: «On a refusé les suggestions. C'est nous les commissaires, pas les adultes. Nous prenons les décisions!» Chaque semaine pendant six mois, ils ont consacré quatre heures au projet qui sera à l'affiche jusqu'au 8 mai 2016.

Six segments couvrent les spécialités du musée: objets anciens et orientaux, artisanat, sculpture classique et contemporaine, photographie, dessins et estampes, pièces et médailles, vêtements et peintures. Certains n'étaient jamais sortis des sous-sols, où les enfants «les ont trouvés et enfin libérés» des archives poussiéreuses.

Parcours, énigmes, multimédias…

Le titre laisse imaginer à tort un certain flou. «Anything goes» n'est pas un joyeux bric-à-brac mais le reflet soigneux et professionnel des intérêts et goûts des enfants –et, précisent-ils, de ce que devrait être un musée, selon eux. En bref, leur vision de l'exposition idéale.

Le public s'étonnera des niveaux de lecture variés des œuvres et du sérieux de la démarche des commissaires en herbe: on croise beaucoup d'objets mystérieux, certaines informations «cryptées» exigent des visiteurs une implication réelle.

«La pièce fantôme» réunit les œuvres les plus «effrayantes» du fonds, à grand renfort d'effets spéciaux et de sons lugubres

Très vite, la visite tourne à l'aventure: c'est ici que transparaît, peut-être, la jeunesse des commissaires. Et cela n'a rien de négatif. Pour «faire partager leur passion», ils invitent les visiteurs à jouer (parcours, énigmes, outils multimedia) et utiliser tous leurs sens. À renouer avec leur âme d'enfant en quelque sorte. Bien sûr, un musée c'est sérieux, mais qui dit qu'on ne peut s'amuser et apprendre en même temps?

Trésors et fantômes

Saints, héros de la mythologie, personnages historiques côtoient des représentations de scouts ou encore de pompiers –héros confirmés et apprentis héros du quotidien– dans le parcours «Jouer au héros». Pour faire bonne mesure, les enfants ont désigné quelques anti-héros comme une Miss Pologne voleuse de couronne ou un toréador de Francisco de Goya. La Peta appréciera.

Les sections «Le coffre aux trésors» ou «La pièce fantôme» sont aussi ludiques mais bien plus sophistiquées que les titres le laisse présager. Le musée du Louvre a d'ailleurs prêté un masque funéraire égyptien, venu rejoindre de fantastiques joyaux et objets rares en provenance de Syrie, Chine, Thaïlande...


Pour frissonner avec délices, «La pièce fantôme» réunit les œuvres les plus «effrayantes» du fonds, à grand renfort d'effets spéciaux et de sons lugubres. La «Danse du Minotaure» entraîne les visiteurs dans un labyrinthe; pour trouver les artefacts, il faut éviter les pièges dans le parcours. La «Forêt» imaginaire réunit momies et dieux égyptiens, sirènes et harpies, porcelaines de Meissen et Copenhague...

Mode, tables rondes et conférences

Au fil des œuvres proposées dans la section «Changements», on devine la fascination des enfants pour des pans d'histoire sociétale racontés par l'angle de la mode. Pourquoi les femmes devaient-elles souffrir autant pour être belles?, s'étonnent les jeunes commissaires devant de menaçants corsets et des chaussures lotus chinoises qui bandaient les pieds au long des XVIIIe et XIXe siècle (pas si éloignés de nous).

Parce que cette exposition est aussi une expérience, elle s'accompagne de conférences et tables rondes au cours desquels critiques, psychologues et sociologues éclaireront les procédé créatif développé par les enfants, les évolutions de perception, les choix esthétiques et les différences entre les différentes tranches d'âge impliquées dans le projet.

Les modes d'exposition les plus répandus et l'avenir de la muséographie seront également l'objet de discussions. Il était grand temps!

En savoir plus:

Elodie Palasse-Leroux

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