Parents & enfants

Être debout en classe pourrait aider les enfants à apprendre

Ranjana Mehta, mis à jour le 13.04.2016 à 3 h 31

Bouger en classe, c’est bon pour la santé et aussi pour l’attention et la concentration.

Une élève de l’école primaire Les Réformes le 11 octobre 2013 à Nantes | FRANK PERRY/AFP

Une élève de l’école primaire Les Réformes le 11 octobre 2013 à Nantes | FRANK PERRY/AFP

Les études sont unanimes: il existe un lien entre l’inactivité et les problèmes de santé, dont les maladies cardiaques, le diabète et l’hypertension. Mais la plupart de ces études portent sur des adultes dans un environnement professionnel et soulignent les conséquences néfastes de la position assise sur la santé. D’où la mode des bureaux debout en entreprise.

Bouger, c’est bon pour la santé. Ces dernières années, de nombreux chercheurs se sont penchés sur l’utilisation de bureaux debout à l’école (devant lesquels les élèves choisissent de s’asseoir sur un tabouret ou de rester debout) en lieu et place des traditionnels pupitres. Les résultats sont prometteurs mais, jusqu’à présent, les chercheurs ont surtout envisagé ces bureaux comme un moyen de combattre les comportements sédentaires.

Différentes études ont démontré que ces «bureaux debout» permettaient de brûler des calories. Mais ils favoriseraient également une meilleure écoute et un comportement plus studieux chez les élèves, selon les enseignants.

Ces témoignages sont-ils dignes d’intérêt? Notre équipe du Texas A&M Ergonomics Center a décidé d’enquêter sur les éventuels bénéfices neurocognitifs des bureaux debout pour les élèves. Il s’avère que le fait d’autoriser les enfants à se déplacer dans la classe aide à stimuler leur attention et leur concentration.

Brûler les calories

Mon collègue, le docteur Mark Benden, a tout d’abord envisagé le déplacement au sein de la classe comme un moyen de lutter contre l’obésité croissante des enfants. Au cours des trente dernières années, le taux d’obésité juvénile a quadruplé, surtout chez les 12-19 ans.

Comme l’a constaté le docteur Benden, les élèves brûlent entre 15 et 25% de calories supplémentaires dans les classes équipées de bureaux debout, où chacun choisit de rester debout ou de s’asseoir, par rapport à ceux qui restent assis en permanence.

Cet aspect n’est certes pas négligeable, mais la question principale est de savoir si l’apprentissage s’en trouve amélioré.

Meilleure implication

Après avoir mené, le temps d’une année scolaire, une étude portant sur près de 300 enfants américains répartis dans des classes correspondant au CE1, CE2 et CM1, le docteur Benden et son équipe se sont aperçus que les enfants bénéficiant de bureaux debout avaient un niveau d’attention plus élevée de 12% par rapport à ceux qui étaient assis derrière un pupitre.

L’utilisation de bureaux debout améliorait les fonctions neurocognitives de 7 à 14%

L’attention accrue dont ils faisaient preuve a été mesurée à l’automne et au printemps, en observant la fréquence à laquelle ils répondaient aux questions, levaient la main ou participaient activement aux échanges. Elle n’est bien sûr pas entièrement imputable aux seuls bureaux. La façon dont ceux-ci sont disposés et la manière dont l’enseignant stimule les élèves, par exemple, sont également susceptibles de contribuer à une meilleure implication de la classe.

C’est pourquoi le docteur Benden et moi-même nous sommes attachés à étudier les avantages des bureaux debout en nous basant sur des tâches cognitives simples telles que le temps de réaction, la capacité à maîtriser sa prise de parole, l’attention, la mémoire et l’agilité mentale. Toutes ces tâches constituent les fonctions exécutives, dont l’évaluation permet de mesurer la capacité d’un individu à se fixer un objectif, ce qui fait partie intégrante de son développement cognitif.

Compétences scolaires

Nous avons évalué trente-quatre élèves de Seconde, avant et après l’installation de bureaux debout dans leur classe en cours d’année. Nous voulions voir dans quelle mesure l’utilisation continue de ces bureaux affectait leurs fonctions exécutives.

Ces fonctions nous aident à analyser les tâches que nous devons accomplir, à les décomposer et à les garder à l’esprit jusqu’à ce que nous les ayons effectuées. Elles sont directement liées au développement de nombreuses compétences scolaires permettant aux élèves de gérer efficacement leur temps, mémoriser des faits, comprendre ce qu’ils lisent, résoudre des problèmes complexes et organiser leur pensée à l’écrit.

Afin d’apprécier ces fonctions exécutives, nous avons soumis les élèves à une série de tests effectués sur des bureaux debout dans un laboratoire informatique, afin d’isoler l’effet de ces bureaux, indépendamment de leur agencement dans la classe et d’autres variables de ce type. Les fonctions exécutives étant largement contrôlées par la région cérébrale frontale, nous avons placé des biocapteurs sur le front des élèves pendant qu’ils passaient ces tests. Notre appareil portable d’imagerie cérébrale (spectroscopie fonctionnelle dans le proche infrarouge) était ainsi en mesure de mesurer les variations dans le fonctionnement du cerveau frontal.

Mémoire de travail

Les tests ont établi un lien entre l’utilisation continue de bureaux debout et l’amélioration significative des fonctions exécutives et des capacités de la mémoire de travail.

Cette étude est la première à examiner de façon objective les réponses cognitives des élèves utilisant des bureaux debout et à fournir une base neuropsychologique aux améliorations observées. Qui plus est, l’évaluation des fonctions cognitives élémentaires a permis de mesurer l’impact de ces bureaux sur les éléments constitutifs du comportement des enfants en classe.

Elle a par ailleurs montré que l’utilisation de bureaux debout améliorait les fonctions neurocognitives de 7 à 14%, ce qui corrobore les résultats d’études antérieures sur les cours d’éducation physique à l’école.

Besoin de bouger

Nous prévoyons d’étendre cette étude à de nombreuses écoles et d’examiner davantage d’enfants, de classes d’âge différentes et sur plusieurs années. Des recherches plus poussées pourraient inciter les responsables politiques, les professionnels de la santé et les directeurs d’établissement à mettre en œuvre des modifications simples et durables dans les salles de classe, afin de généraliser l’exercice physique, de stimuler le développement cognitif et d’améliorer les résultats scolaires.

Soyons réalistes: il fut un temps où la société dans son ensemble était plus active. Les bureaux debout facilitent le mouvement. Si l’on peut modifier en douceur les comportements des enfants (en les laissant remuer et se déplacer pendant les cours), la mobilité pourrait bientôt être la norme.

Après tout, la science nous dit que nous réfléchissons mieux lorsque nous bougeons.

The Conversation

Cet article est paru sur le site The Conversation le 7 avril 2016 et  été traduit de l’anglais par Catherine Biros/Fast for Word.

Ranjana Mehta
Ranjana Mehta (1 article)
Professeure de santé au travail et de santé environnementale
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