Monde

J’ai demandé aux supporters de Trump leur avis sur le réchauffement climatique

Eric Holthaus, traduit par Yann Champion, mis à jour le 14.04.2016 à 14 h 10

Surprise! Leurs réponses n’étaient pas que xénophobes et paranoïaques.

Ralph Freso / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Ralph Freso / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Fin mars, à la fin de son dialogue d’une heure avec l’équipe éditoriale du Washington Post, Donald Trump a dit «la plus importante forme de changement climatique dont nous devions nous préoccuper, ce sont les armes nucléaires». Par rapport aux autres âneries déjà sorties par Trump sur les changements climatiques, celle-ci est relativement sobre et informée. Par le passé, il a à plusieurs reprises qualifié le réchauffement climatique de «mythe» et d’«intox». Il a même suggéré un jour que «le réchauffement climatique avait été créé par et pour les Chinois», mais il dit aujourd’hui que c’était une plaisanterie.

Trump vit dans une irréalité qu’il se fabrique lui-même. Mais qu’en est-il de ses supporters?

Quelques jours plus tôt, le candidat en tête des primaires républicaines s’est rendu dans ma ville, Tucson, en Arizona. J’ai pensé que ce serait le bon moment pour aller bavarder avec les gens faisant la queue pour le voir. Sur une douzaine d’interviews (qui ne sont évidemment pas représentatives de l’électorat national, ni même des supporters de Trump en général), j’ai pu constater que beaucoup de ses fans étaient en désaccord avec lui à propos du climat.

Un interêt grandissant

S’il y a bien une chose que mon expérience m’a apprise, c’est qu’il est absolument impossible de deviner les idées d’une personne sur le réchauffement climatique à moins de lui demander. Parmi mon petit panel, la moitié environ des personnes interrogées semblaient accepter les grandes lignes de ce que la science dit du réchauffement climatique (que le climat est en train de changer et que les activités humaines en sont la cause principale). Cela en consternera certains, mais c’était déjà plus que ce à quoi je m’attendais. Souvenez-vous: c’était un meeting de Trump.

Mon micro panel correspond à l’intérêt croissant avec lequel les Américains considèrent le sujet. Un récent sondage Gallup a montré que 65% des Américains considèrent aujourd’hui que les activités humaines sont la première cause du réchauffement climatique. C’est le plus haut score enregistré par Gallup en seize ans, soit depuis que l’institut pose cette question. Aujourd’hui, 40% des Républicains disent s’inquiéter «beaucoup» à ce sujet.

Au moins, on peut reconnaître que M. Trump est capable de faire beaucoup de choses sans être acheté

L'incorruptible

Écoutons l’un des hommes que j’ai interrogés à Tucson. Il portait un collier de perles géant, des lunettes qui clignotent et un chapeau de l’Oncle Sam avec une dinde dessus. «Quelle est votre opinion sur les changements climatiques?», lui ai-je demandé. Sa réponse a été concise: «Ça craint». Sa compagne, Karina Roberts, qui portait une écharpe de football avec écrit «UNITED STATES» dessus en grosses lettres était en revanche prête à discuter plusieurs minutes sur les raisons pour lesquelles le réchauffement climatique était une question qui méritait d’être «en haut» des débats nationaux. 

«D’une certaine manière, Trump n’est peut-être pas d’accord avec le réchauffement climatique, qui est pourtant tellement important, et on ne peut qu’espérer que tous les candidats mettront ça… en haut de la liste, mais il y a aussi tant d’autres problèmes à régler, m’a-t-elle expliqué. Au moins, on peut reconnaître que M. Trump est capable de faire beaucoup de choses sans être acheté.» 

Néanmoins, si on lui donnait le choix entre un candidat souhaitant lutter contre le réchauffement et un autre qui ne le voudrait pas, Karina Roberts avoue que cela pourrait déterminer son vote.

«On est déjà allés tellement loin»

Un autre participant, John, semblait soutenir Trump justement parce qu’il serait capable de prendre des actions audacieuses contre le réchauffement climatique. John m’a dit que «le réchauffement climatique est évidemment un sujet qu’il faut prendre incroyablement au sérieux. Si on ne le fait pas, la race humaine va très rapidement constater ce qui peut arriver.» Lorsque je lui ai demandé en quoi Trump serait bien pour cela, il m’a répondu: «Et bien, Trump semble être le type de gars qui, lorsqu’il a décidé ce qu’il faut faire, va tout mettre en œuvre pour le réaliser».

L’un des supporters de Trump, Wayne, m’a dit que le réchauffement climatique était «clairement en route depuis longtemps… c’est de notre faute». Il était consterné que son candidat ne soit pas «aussi bien informé qu’il devrait l’être» sur les questions climatiques. «Il faudra qu’il y ait une prise de conscience de toute la classe politique,» m’a-t-il expliqué, avant que l’on puisse voir des leaders s’affranchir de leurs liens avec l’industrie du pétrole, qui influencent leurs opinions sur le climat.

Je n’y crois pas, désolée. Je n’y crois vraiment pas. Il a été prouvé que ce n’est qu’un ramassis d’âneries. C’est mon opinion

Un homme, Eric, qui m’a dit soutenir Trump pour des raisons militaires, semblait résigné sur la question climatique: «Je ne sais pas vraiment, pour être honnête, si on peut vraiment faire grand-chose pour régler ça –on est déjà allés tellement loin».

«C'est Dieu qui s'occupe de tout ça»

D’autres étaient dans une ligne de pensée plus typique de ce à quoi l’on peut s’attendre en allant à un meeting de Trump. Un homme, Craig, m’a, par exemple, simplement répondu que le réchauffement climatique «n’existe pas» avant d’affirmer que c’est une intox créée de toutes pièces par Al Gore (qui, cela va sans dire, continue de prendre l’avion). 

Un autre, Ted, m’a dit croire à une conspiration de ceux qui pensent que l’homme joue un grand rôle dans les changements climatiques: «C’est discutable même si ça a vraiment lieu. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas, mais j’ai vu des choses qui semblaient montrer que non. Mais je ne sais pas si c’est vrai ou pas. J’aime décider par moi-même, voir les choses et partir de là.» Il était en revanche clair qu’il pensait que l’Homme n’avait rien à voir là-dedans. 

«C’est Dieu qui s’occupe de tout ça. On peut faire ce que l’on veut, il aurait déjà pu nous détruire bien des fois s’il l’avait voulu… Il faut trouver un équilibre entre écologie et affaires

Nancy, une femme vêtue d’un T-shirt jaune fluo sur lequel avait été inscrit «Trump» à la main, apparaissait évidemment comme une supportrice fervente. Elle me l’a confirmé, en ajoutant un tonitruant: «Et je ne suis pas une imbécile!» Lorsque je lui ai demandé son avis sur le réchauffement climatique, elle a poussé un gros soupir et m’a dit «Vous voulez vraiment savoir? Ce sont des conneries. Je n’y crois pas, désolée. Je n’y crois vraiment pas. Il a été prouvé que ce n’est qu’un ramassis d’âneries. C’est mon opinion.»

«On n'a pas encore choisi notre camp»

D’humeur audacieuse, je décidai de poursuivre en lui demandant si elle était d’accord avec les déclarations passées de Trump selon lesquelles le réchauffement climatique serait une intox crée par la Chine pour ruiner l’économie américaine. «Oui, ils truquent l’économie, absolument, à 100%. Et s’il y a bien quelqu’un qui peut lutter contre eux, c’est lui.»

En dépit de ces exemples, la plupart des personnes à qui j’ai parlé semblaient participer au meeting avec pour but premier d’en savoir plus sur les positions de Trump, même s’il y en avait, bien sûr, qui s’étaient déjà fait leur opinion. Prenons Lloyd et Nick, par exemple, deux amis qui portaient des chapeaux avec le slogan de Trump, «Make America Great Again»(«Rendons sa grandeur à l’Amérique»), mais disaient ne pas être encore sûrs de soutenir sa candidature. «Nous sommes ici pour voir où en sont exactement les supporters de Trump. On n’a pas encore choisi notre camp», m’a expliqué Lloyd. 

Je suis à fond pour sauver l’environnement, recycler, tout ça, mais j’ai vraiment l’impression qu’il y a des gens qui en profitent

Sur le réchauffement climatique, en revanche, Lloyd a des positions plus fermes: «Je pense que c’est juste une grosse histoire de fric, personnellement.» Son ami était d’accord avec lui: «Il y a sans doute une sorte de changement, avec les températures qui augmentent et tout… mais je crois aussi que certaines personnes en tirent profit. Je suis à fond pour sauver l’environnement, recycler, tout ça, mais j’ai vraiment l’impression qu’il y a des gens qui en profitent

Paranoïa

Les réponses que j’ai entendues, même chez ceux qui paraissaient avoir le plus de connaissances scientifiques, semblaient toutes refléter certains éléments de la mentalité de Trump. Il y avait de la paranoïa, la peur que quelqu’un d’étranger tente de blouser les États-Unis. Il y avait aussi cette idée selon laquelle, même si Trump dit aujourd’hui que le réchauffement climatique est de l’intox, il reviendra dessus et règlera tout, parce que c’est un type intelligent qui fait ce qu’il y a à faire.

Malgré tout, je suis sorti de là avec une foi en l’humanité légèrement regonflée. D’une certaine manière, c’était réconfortant de voir que l’attrait exercé par Trump à ce sujet est principalement une question d’affect et non de politique. Au moins, il reste encore quelques personnes aux États-Unis qui n’ont pas perdu tout sens des réalités.

Eric Holthaus
Eric Holthaus (19 articles)
Météorologue
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