France

Anne Hidalgo reproche à Nuit Debout de «privatiser» l'espace public (et elle en connaît un rayon sur le sujet)

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 06.04.2016 à 17 h 29

La maire de Paris Anne Hidalgo a regretté que les «lieux publics» soient «privatisés», en référence au mouvement émergent des indignés de la République. Une perche lancée à ses opposants qui dénoncent justement la multiplication des partenariats publics-privés dans l'espace public.

La «Nuit Debout» place de la République à Paris, le 2 avril 2016. DOMINIQUE FAGET / AFP

La «Nuit Debout» place de la République à Paris, le 2 avril 2016. DOMINIQUE FAGET / AFP

«Les lieux publics ne peuvent pas être privatisés»: c'est par ce commentaire que la maire de Paris Anne Hidalgo a évoqué l'occupation de la place de la République depuis le 31 mars par les participants du mouvement Nuit Debout, invoquant des raisons de sécurité. Une formulation qui agace et amuse beaucoup parmi ses opposants, la privatisation temporaire d'espaces publics parisiens lors d'événements sportifs, culturels ou festifs étant justement devenu un point de fixation des détracteurs de la politique municipale.

Dernier dossier controversé de privatisation temporaire d'un espace public: la «fan zone» qui aura vocation à réunir les supporters de foot lors des matchs de l'Euro 2016 sur le Champ-de-Mars. L'espace sera géré par Lagardère Sports, qui a remporté la consultation lancée par la Ville, laquelle devrait empocher 150.000 euros de redevance et la moitié des produits réalisés au-delà de 6 millions d'euros de recettes. Associations et opposition critiquent la privation d'usage de l'espace concerné et la participation municipale aux coûts d'organisation d'un événement privé et commercial. Les écologistes regrettent que la redevance soit trop peu élevée. La «fan zone», recommandée par l'UEFA pour des raisons de sécurité, sera néanmoins gratuite et accessible à tous.

Catacombes, Canal Saint-Martin: le patrimoine parisien à louer

D'autres dossiers chauds ont divisé le Conseil de Paris l'année précédente. Dans le cadre d'un concours, le site Airbnb a fait gagner à des couples une nuit dans les catacombes de Paris à l'occasion d'Halloween. Le montant de 350.000 euros de location est alors évoqué. Pour la Ville, l'opération «présente un intérêt important sur le plan économique: ce contrat va générer des ressources qui vont aller à l’entretien et la rénovation du site». Selon un scénario classique, les protecteurs du patrimoine s'inquiètent du non respect de ce dernier, en particulier dans le cas d'une sépulture. Au plan politique, l'ironie veut que ce soit l'opposition de droite (LR) parisienne qui fustige la «marchandisation de la société».

Comme le note le Parisien, la dite opposition s'est saisie en début d'année d'une autre occasion de fustiger la mise à disposition de l'espace public parisien après qu'une agence d'évenementiel, WATO, a lancé en octobre dernier un projet de soirée vénitienne qui devait se dérouler dans le tronçon souterrain du canal Saint-martin, la voûte Richard Lenoir. Comme dans le cas des catacombes, il s'agit néanmoins d'espaces publics qui ne sont pas accessibles librement à tout un chacun. Et cette dernière controverse n'est de toute façon pas allée à son terme: annoncé par les organisateurs quelques semaines avant les attentats du 13 novembre, l'événement a finalement eu lieu dans une maison abandonnée de sept étages proche de l'Arc de Triomphe, la police jugeant trop dangereux de laisser les participants se réunir sous le canal Saint-Martin.

Autre paradoxe de la réaction d'Anne Hidalgo au mouvement d'occupation de la place de la République, le soir du samedi 2 avril se déroulait à Paris la première édition de la Nuit des débats, rencontres organisées dans des lieux variés et présentés comme un «événement démocratique». «Depuis le début de mon mandat, j’ai fait de la conquête de nouveaux espaces de démocratie une priorité, et c’est toujours un plaisir de voir que les Parisiens sont au rendez-vous», expliquait la maire de Paris dans Le Parisien, encourageant même ses administrés à se «rencontrer, à échanger et à refaire le monde.» En d'autres termes, «les occupants de la place de la République auraient dû s’inscrire à “la nuit des débats”!», s'amuse Serge Federbusch, ancien conseiller du Xe arrondissement et auteur du blog Delanopolis, un des sites les plus farouchement opposés à la politique municipale actuelle.

Mise à jour du 6 avril à 17h30: L'article a été modifié, une première version attribuant à tort au groupe Lagardère l'initiative de la «fan zone» qui doit accueillir les supporters de l'Euro 2016 au Champ de Mars. Il s'agit en fait d'une délégation de la Ville à l'issue d'un marché public remporté par le groupe. 

 

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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