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Le sommeil segmenté, c’est mieux que de dormir huit heures d’affilée

Repéré par Léo Roynette, mis à jour le 05.04.2016 à 15 h 34

Repéré sur The New York Times, BBC

Segmenter son sommeil est une pratique dont les mérites ont été trop longtemps oubliés.

Le sommeil segmenté était très populaire avant l’avènement de l’ère industrielle | PROart_inthecity via Flickr CC License by

Le sommeil segmenté était très populaire avant l’avènement de l’ère industrielle | PROart_inthecity via Flickr CC License by

Faire des petites siestes au travail, dormir deux fois quatre heures au lieu de huit heures ou encore ne se limiter qu’à des siestes de trente minutes toutes les quatre heures: alors que le sommeil continu de huit heures recommandé par les organismes de santé mondiaux est devenu la norme, les mérites du sommeil polyphasique sont vantés par certains spécialistes (et se pratique à la Nasa).

En effet, dormir huit heures d’une seule traite n’est pas si naturel et inné. Comme en atteste l’étude publiée en 1992 du chronobiologiste américain Thomas Wehr, popularisée par les écrits de l’historien Roger Ekirch en 2001, segmenter son sommeil en plusieurs phases respecte davantage notre horloge biologique. Dans les colonnes du New York Times, l’écrivain Jesse Baron témoigne des bienfaits que lui procure la nuit en deux temps, qu’il s’est mis à pratiquer fin 2015.

Pour en finir avec les insomnies et arrêter de végéter devant son bureau la journée, il se couche plus tôt puis, vers 2 heures du matin, se réveille pour une heure ou deux, avant de se rendormir. Il raconte comment cette veillée nocturne lui est réconfortante et apaisante: il se sent serein, entreprend des lectures qui lui seraient impossibles la journée et le fait de savoir le monde environnant assoupi le décharge de la culpabilité de ne pas être actif.

«Dorveille»

Il explique que la nuit de huit heures en continu est liée à l’ère moderne, à ses obligations capitalistes et notamment à l’éclairage continu, qui rendent le sommeil toujours plus difficile à atteindre et moins profond.

Pour preuve, le sommeil segmenté était très populaire avant l’avènement de l’ère industrielle: un mot français lui était consacré, le «dorveille». Les gens se couchaient tôt (avant la tombée de la nuit) puis se réveillaient après minuit et rendaient par exemple visite à leurs voisins en pleine nuit –ce qui laisse croire que cette journée dans la nuit était adoptée par tous. Un manuel médecin français du XVIe siècle conseillait même aux couples de concevoir «après le premier sommeil», quand ils auront «plus de plaisir» et «le feront mieux». Enfin, ce réveil nocturne permettait aux chrétiens de pratiquer la prière, selon la liturgie des Heures.

Qui plus est, cette pratique du «dorveille» assurait une meilleure qualité de sommeil. Comme l’expliquait la BBC dans un article de 2012, elle imposait une période de relaxation, qui permettait de réguler le stress:

«Aujourd’hui, nous passons moins de temps à [nous reposer et nous relaxer], expliquait alors le psychologue Gregg Jacobs au centre CBT de l’insomnie. Il n’est donc pas étrange que, dans la vie moderne, le nombre de personnes qui souffrent d’anxiété, de stress, de dépression, d’alcoolisme et de dépendance à la drogue ait augmenté.»

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