Économie / Monde

Les riches américains n’ont pas besoin de Mossack Fonseca pour cacher leur fortune

Temps de lecture : 2 min

Les Américains qui souhaiteraient blanchir l’argent de leurs activités illicites n’ont pas besoin de se rendre au Panama.

Les Américains peuvent créer des sociétés écrans sur le territoire même des États-Unis | MPD01605 via Flickr CC License by

«Pourquoi ne voit-on aucun Américain dans les listes des Panama Papers?» a demandé le journaliste politique à McClatchy D.C. Steve Thomma, dans une vidéo, avant d’ajouter avec le sourire: «Nos riches sont-ils trop honnêtes pour cacher leur argent?» La réponse est non. Mais la quasi-absence de citoyens américains (quelque 200 noms) dans cette enquête du Consortium International des Journalistes d’Investigation, dont fait partie McClatchy D.C., interroge (notamment en France). D’autant que, précise le site américain Fusion, qui a eu accès aux Panama Papers, près de 150 milliards de dollars (132 milliards d’euros) échappent au fisc américain chaque année grâce à des sociétés offshore selon un rapport du sénat américain de 2014.

Pour comprendre d’où vient cette étonnante situation, Fusion a posé la question à cinq experts issus du monde de la justice ou de l’économie. Ainsi, depuis le vote du Foreign Account Tax Compliance Act (Fatca) le 18 mars 2010, les États-Unis peuvent contraindre les autres pays à leur communiquer les informations bancaires des citoyens américains. Un dispositif qui a nécessité cinq ans pour être mis en place, laissant le temps aux éventuels fraudeurs américains de retirer leurs actifs du Panama, selon Don Semensky, ancien chef de lagence en charge du contrôle des opérations financières.

Autre explication: «les Américains peuvent créer des sociétés écrans dans le Wyoming, le Delaware ou le Nevada. Ils n’ont pas besoin d’aller au Panama pour utiliser ses structures pour des activités illicites», explique à Fusion Shima Baradaran Baughman, professeure de droit à l’université de l’Utah. Ces sortes de paradis fiscaux internes aux États-Unis «protègent» donc en partie les fraudeurs des scandales découlant des Panama Papers.

Quant aux Américains liés aux Panama Papers, ils sont considérés par le reporter de McClatchy D.C. Kevin Hall davantage comme des «riches qui font vraiment quelque chose de mal», comme des fraudeurs fiscaux (Kevin Hall parle de plus de 300 millions de dollars de fraude, soit environ 264 millions d’euros) ou des trafiquants de drogues ayant dissimulé ou blanchi plusieurs milliards, plutôt que des «riches typiques». Les noms des clients américains de Mossack Fonseca sont progressivement révélés. Parmi eux, on sait que l’on compte déjà David Geffen, cofondateur du studio d’animation DreamWorks, et la chanteuse Tina Turner, qui a toutefois abandonné sa nationalité américaine et a pris la nationalité suisse en 2013 (pour des raisons fiscales?).

Slate.fr

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