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Casse du siècle, baron de la drogue, divorces coûteux: les folles histoires des Panama Papers

Robin Panfili et Alexis Patri et Léo Roynette, mis à jour le 07.04.2016 à 9 h 59

Au-delà des cas les plus médiatisés, plongée dans quelques-unes des affaires révélées par cette fuite massive de données.

Le rappeur portoricain Daddy Yankee. KEVIN WINTER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le rappeur portoricain Daddy Yankee. KEVIN WINTER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Lionel Messi, des proches de Vladimir Poutine, Michel Platini ou le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson sont les noms les plus souvent cités dans l’affaire des Panama Papers, un scandale financier présenté comme la plus grande fuite de données dans l’histoire du journalisme. Pendant plusieurs mois, le Consortium international pour le journalisme d’investigation (ICIJ) et 107 médias internationaux, dont Le Monde, ont analysé et décortiqué près de 11,5 millions de documents confidentiels issus du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, spécialisé dans la création de sociétés offshore.

Pour autant, ces personnalités politiques ou sportives sont loin d’être les seules concernées par cette série de révélations. Casse de lingots d'or, combines d'un baron de la drogue colombien, divorces coûteux... En parcourant la presse étrangère, nous avons repéré plusieurs histoires et révélations qui n’ont pas (ou pas encore) été évoquées par les journaux français.

1.Le blanchiment de l'argent du «casse du siècle» britannique

En 1983, la Grande-Bretagne connaît le plus gros braquage de son histoire. Non loin de l’aéroport de Heathrow, à Londres, le dépôt Brink’s Mat se fait dépouiller de 3,5 tonnes d’or qu’il abritait pour une somme totale évaluée à 26 millions de dollars (80 millions aujourd’hui). Deux ans plus tard, Mossack Fonseca crée la société fictive Feberion au nom de Gordon Parry, une des figures-clefs de l'opération. La note interne qui vient d’être révélée ne laisse plus guère de doutes sur la connaissance qu'avait le cabinet d’avocats de cette affaire de blanchiment. On peut lire Jurgen Mossack, l’un de ses cofondateurs, se référer au «fameux braquage du Brink’s Mat de Londres». Si le commanditaire du hold-up a été condamné en 1992 à dix ans de prison, Mossack Fonseca s’en est relativement bien tiré en plaidant la non-connaissance de l’origine de l’argent, ligne de défense toujours adoptée aujourd'hui.

2.«Comparé à lui, Pablo Escobar est un bébé»

Selon l'ICIJ, le baron de la drogue mexicain Rafael Caro Quintero a fait appel à l’étude d’avocats avant son arrestation au Mexique en 2001. Il aurait utilisé les services offshore de l’entreprise pour cacher qu’il était propriétaire d’une maison au Costa Rica.

En mars 2005, le gouvernement de l’île demande à Mossack Fonseca si cette demeure appartient bien à Raphael Caro Quintero. Réponse: «Cette personne ne fait pas partie de notre base de données.» Les documents exploités par l’ICIJ prouvent le contraire. Et expliquent ce mensonge. Un avocat de la société panaméenne écrit au sujet de son client, alors arrêté et extradé aux Etats-Unis: «Comparé à lui, Pablo Escobar est un bébé. Je ne veux pas être l’une de ses premières visites lorsqu’il sortira de prison.»

3.Daddy Yankee, le rappeur aux sociétés écran

De son vrai nom Ramón Luis Ayala Rodríguez, le rappeur portoricain Daddy Yankee, qui compte plus de vingt millions de disques vendus, a fait appel à Mossack Fonseca pour placer l’argent gagné par le biais de ses concerts et multiples contrats de sponsoring. L’argent a transité par le biais d’un conglomérat d’entreprises du nom d’Arion Investments LLC, situé au Nevada. Dite «dormante», Arion Investmens compte des sociétés écran par lesquelles l’argent circule et ne laisse plus de trace. Plusieurs centaines de milliers de dollars ont transité via cette entreprise, selon les révélations du Centro de Periodismo Investigativo. Au total, Daddy Yankee aurait blanchi plus de douze millions de dollars sur ces dix dernières années.

4.À Miami, le marché des «condos» dopé par de l'argent intraçable

En novembre dernier, «L’Angle éco» de France 2 s’étonnait de l’envolée du marché de l’immobilier de luxe à Miami, où les étrangers représentent 80% des acheteurs et où «un achat immobilier sur deux a lieu sans crédit». Le Miami Herald, qui fait partie du consortium à l’origine des Panama Papers, pense avoir compris pourquoi.

Plusieurs cabinets d’avocats se sont spécialisés dans l’achat de «condos», ces copropriétés de luxe donnant le plus souvent sur la mer, via Mossack Fonseca. Cette dernière ouvre au nom des clients étrangers des sociétés offshores dans des paradis fiscaux, comme les îles Vierges britanniques, où les futurs propriétaires n’auront pas à donner leur nom. Les cabinets d’avocats à Miami créent alors une entreprise qu’achète la société offshore et par laquelle elle paie l’appartement, en cash. Le nom du propriétaire demeure secret, tout comme l’origine des fonds. Vous n’êtes pas sûr d’avoir tout saisi ? Le Miami Herald vous propose une carte interactive très simple.

5.Montezemolo, un patron italien emblématique épinglé

Dans la longue liste des personnes citées dans l’affaire, on retrouve près de mille Italiens, dont Luca Cordero di Montezemolo, l’ancien président emblématique de Ferrari et actuel président de la compagnie aérienne italienne Alitalia. Le nom de celui qui officie également en tant que vice-président d’Unicredit, le premier groupe bancaire en Italie, apparaît dans une série de documents auxquels l’hebdomadaire L’Espresso a eu accès. «Au début de l'année 2007, une série de contrats ont été signés et font mention de Montezemolo comme administrateur de la société Lenville Overseas», précise le magazine.

Après avoir d’abord refusé tout commentaire, le dirigeant a finalement pris la parole pour nier fermement la nature de ces révélations. «Ni moi, ni ma famille n’avons de comptes bancaires à l’étranger ou de sociétés offshore», a-t-il affirmé à La Stampa. «Nous ne connaissons pas ce cabinet juridique», ont appuyé ses proches.

6.Grâce à Mossack Fonseca, un divorce coûte moins cher

Dissimuler une partie de ses actifs avant un divorce, pour laisser moins à sa/son futur(e) ex, c’est mal. Mossack Fonseca explique n’avoir jamais aidé ses clients en instance de divorce à dissimuler une partie de leur fortune. Sauf que, comme le révèle Will Fitzgibbon, journaliste de l’ICIJ, la vérité est un peu différente. Selon lui, les données obtenues contiennent les noms de nombreux maris indélicats, parmi lesquels Dimitri Rybolovlev, président de l’AS Monaco. Son ex-épouse Elena avait d’ailleurs réclamé de l’argent dissimulé dans des paradis fiscaux au moment du divorce, en vain.

Au-delà de cet exemple, Will Fitzgibbon souligne la légèreté des employés de Mossack Fonseca sur le sujet. En Equateur, ils proposeraient des sociétés-écran aux clients «ayant besoin de transférer leurs actifs en vue d’un divorce». Les employés luxembourgeois auraient blagué par email après avoir aidé un Néerlandais désirant se protéger «contre les effets négatifs d’un divorce à venir». Pour éviter ce genre de déconvenues, il y a la méthode Blue Jasmine [spoiler alert!]: avant de demander le divorce, dénoncer son mari aux autorités compétentes.

7.Les chefs péruviens se régalent des sociétés-écran

10 milliards de dollars: c’est la contribution qu'a apportée à l'économie de son pays une cuisine péruvienne en plein boom en 2015, selon le site d’informations péruvien Ojo Público. En plein succès international, les grands chefs du pays ont aussi attiré les appétits des conseillers de Mossack Fonseca  «Tous versent 30% de leur salaire aux impôts et, comme cela se comprend, aucun n’en a envie», écrit ainsi une des employées du cabinet d’avocats.

Trois cuisiniers ont ainsi contourné le fisc péruvien via des sociétés-écran, selon les révélations publiées dans la presse: le très médiatique Rafael Osterling –l’un des rares chefs du pays à avoir une étoile au Michelin–, Jaime Pesaque, formé à Paris au Cordon Bleu, et Christian Bravo, jury du Top Chef local. D’après les révélations de l’ICIJ, ils ont commencé à frauder entre 2009 pour Rafael Osterling et février 2015 pour Jaime Pesaque.

8.Le président de Transparency International au Chili épinglé

Jusqu’au lundi 4 avril 2016, Gonzalo Delaveau officiait comme président de Chile Transparent, la branche chilienne de Transparency International, une ONG chargée de lutter contre la corruption des gouvernements et des institutions à travers le monde. Mais, depuis que son nom a été cité et lié à au moins cinq sociétés offshore dans l’affaire des Panama Papers, il a été contraint de présenter sa démission, révèle le Centro de Investigación Periodística (Ciper), un collectif de journalistes qui a eu accès aux documents de l’affaire. 

Ironie du sort: Gonzalo Delaveau était président par intérim de Chile Transparent et devait quitter ses fonctions la semaine suivante, le 18 avril, afin de pouvoir présenter sa candidature officielle pour le poste, souligne CNN Chile. «Nous soutenons entièrement Chile Transparent et ses importants efforts pour lutter contre la corruption au Chili. Les actions d’une personne ne doivent pas entacher le travail de toute la branche», a insisté José Ugaz, président de Transparency International, dans un communiqué. Le nom de Gonzalo Delaveau figure parmi les 200 «structures fantôme» liées au Chili et montées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca.

9.En Allemagne, un foyer pour réfugiés serait exploité par une société écran

D'après les recherches du quotidien local Mitteldeutsche Zeitung, l'administration du Land de Saxe-Anhalt, dans l'est de l'Allemagne, loue actuellement un ancien supermarché situé dans la ville de Genthin qu'elle prévoit de transformer en foyer d'accueil pour réfugiés. Or, ce bâtiment appartiendrait à une société-écran domiciliée au Panama:

«Le bailleur est une société nommé Bendix Capital, qui est basée au Panama. Lorsque nous contactons ses représentants, ils nous renvoient vers une entreprise nommée Petromax, elle aussi basée au Panama, qui promet à ses clients des revenus exonérés d'impôts tirés du marché des foyers pour réfugiés. Une autre entreprise panaméenne est mentionnée dans le livre foncier. Ces trois entreprises ont toutes leur siège à l'adresse d'un cabinet d'avocats de Panama City, spécialisé dans la création d'entreprises offshore.»

L'accueil des réfugiés est en effet devenu un secteur d'activité prisé en Allemagne ces derniers mois, tant pour les bailleurs que pour les sociétés de sécurité privée. La location de cet ancien supermarché s'avère en effet être un marché juteux: d'après le quotidien, le Land de Saxe-Anhalt paierait depuis octobre 2015 un loyer mensuel s'élevant à 24.500 euros dans le cadre d'un bail d'une durée de trois ans, soit 880.000 euros au total.

Interrogé par la Mitteldeustche Zeitung, un des porte-paroles du ministère des Finances du Land de Saxe-Anhalt aurait déclaré que le fait que ces entreprises soient basées au Panama ne posait pas problème, que l'identité du propriétaire de l'entreprise qui loue l'immeuble était connue et que celui-ci avait une entreprise dont le siège est en Allemagne. Sceptique, le quotidien souligne que les noms des dirigeants de ces entreprises, inscrites au registre du commerce du Panama, sont cependant tous ceux d'avocats qui ont prêté leurs noms, de manière à ce que leurs réels détenteurs restent dans l'ombre.

10.Un Allemand richissime a tenté de s'offrir un château via une société bidon

D'après la Süddeutsche Zeitung, le cabinet Mossack Fonseca entretient des relations étroites avec lesfortunes allemandes. Son fondateur, Jürgen Mossack est lui-même allemand et son entreprise possède de nombreux bureaux avec des employés parlant l'allemand en Suisse, au Lichtenstein et au Luxembourg. De nombreux riches citoyens allemands sont passés par Mossack Fonseca pour financer leurs caprices. Un milliardaire allemand dont le nom n'est pas cité par le quotidien a ainsi monté plusieurs sociétés écran pour acheter un yacht, et un autre, et encore un autre encore plus grand. Un autre citoyen allemand richissime a lui tenté d'acquérir un château par l'intermédiaire d'une société écran, mais la vente n'a finalement pas eu lieu.

Robin Panfili
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Journaliste à Slate.fr
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