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Le succès de la City payé par le contribuable français

Oriane Claire, mis à jour le 03.12.2009 à 12 h 06

Les grandes écoles françaises, financées par le contribuable, ont formé la fine fleur des banquiers de Londres. Dans le même temps, la place financière de Paris périclite.

La City n'a pas apprécié les propos de Nicolas Sarkozy saluant la nomination de Michel Barnier au poste de commissaire au Marché intérieur comme une victoire du modèle français sur le capitalisme à l'anglo-saxonne.
Premiers visés, les banquiers britanniques s'en sont pris au président français. Angela Knight, la directrice de l'association des banquiers britanniques (BBA), estime que «M. Sarkozy a ébranlé l'Union européenne avec ses déclarations.» Les commentaires du président français «ont soulevé de nombreuses questions sur l'impartialité du nominé français à la Commission européenne» ajoute-t-elle.

La suite de son communiqué ressemble à une mise en garde: «Si certains en Europe pensent être capables de renverser les années de travail qui ont été nécessaires pour faire du Royaume-Uni le centre financier de la planète, ils se trompent lourdement.» Quant à Simon Walker, le président de l'association des entreprises britanniques de capital-risque, il estime que «la rhétorique du président Sarkozy dépasse les bornes, même s'il s'adresse clairement à l'électorat français».

A la suite de cette polémique, nous republions l'article d'Oriane Claire qui montrait qu'une partie du succès de la City a été indirectement financé par le contribuable français via l'éducation publique de dizaines de milliers de banquiers français qui travaillent à Londres.

 

Notre système éducatif a fait la richesse de la City à Londres. Nos formations en mathématiques, statistiques, économie et finance, reconnues et renommées, ont assuré un flux régulier de jeunes diplômés mais aussi de professionnels de la finance aguerris depuis une vingtaine d'années. Résultat, la City vient de décrocher la palme d'or. Elle a été sacrée par le World Economic Forum (WEF) la première Place financière au monde, juste devant les Etats-Unis. Ne soyons pas trop «arrogants», nous ne sommes pas les seuls à avoir permis ce développement outre-Manche. L'Angleterre a su attirer tout un tas d'excellence en provenance des pays d'Europe mais aussi d'Asie ou d'Australie. Sa recette: un savoureux dosage entre fiscalité attractive, rémunération alléchante et réglementation allégée.

Avec un Eurostar qui place Londres à deux ou trois heures de Paris, il fut facile de séduire les français bien formés. On compte aujourd'hui 150 000 français à la City soit 20% des postes en finance à Londres. C'est loin d'être négligeable, d'autant que la contribution nette de la City dans le PIB (Produit intérieur brut) national est de l'ordre de 8%. La finance reste le premier poste de création de richesse en Grande-Bretagne et captive toujours plus de jeunes gens bien formés en quête de réussite. Comme l'explique un financier français implanté à Londres: «ce qui m'a poussé à aller travailler en Angleterre: c'est la combinaison d'un salaire deux fois supérieur et d'une fiscalité très intéressante». Pour beaucoup d'expatriés, la France offre, a contrario, un taux d'imposition trop punitif pour leur permettre de s'enrichir à la hauteur de ce qui est proposé outre-Manche.

A vouloir trop taxer, trop réglementer, on a laissé se délocaliser notre finance. Il fut un temps où le palais Brongniart était au centre financier actif, reconnu, convoité, où la voix de Jean-Pierre Gaillard raisonnait quotidiennement sur les antennes radio et télévisées. Aujourd'hui, tout est fini. La Place financière de Paris n'est plus ce qu'elle était, exit la Bourse, le palais s'est transformé en centre de conférences haut de gamme et en musée. En voilà un beau signe du déclin de notre économie. Et Le World Economic Forum de le confirmer: la place de Paris passe de la sixième à la onzième position dans son classement des centres financiers de 2009. Nous voici désormais classés entre le Danemark et l'Allemagne.

L'État français a été bien malhabile en prenant en charge le coût de la formation et en laissant les autres en profiter et en particulier la City. S'il est bénéfique pour les jeunes de disposer d'une expérience à l'étranger pour ensuite revenir plein de force et de raison travailler dans l'Hexagone, la situation aujourd'hui est bien différente. Les Français partent s'enrichir sur les places financières internationales mais ne reviennent plus, excepté pour passer quelques vacances ou prendre leurs retraites. Il y a quelques temps Christine Lagarde avait pour ambition de «freiner ces wagons de banquiers français que l'Eurostar nous emporte tous les dimanches soir». Fut alors créé, il y a deux ans, le haut comité de Place qui proposa en première mesure des avantages fiscaux aux impatriés. Résultat: rien. Même en offrant ce qu'ils réclament, les expatriés ne veulent plus revenir travailler sur le sol français.

C'est là que le bât blesse. On a donné tout un pan de notre économie aux mains des britanniques sans pouvoir inverser la tendance. Pour Noel Amenc, professeur à l'Edhec: «l'expertise marketing, le sens de l'idéologie de l'investissement et la culture économique de nos concurrents anglo-saxons sont fondamentaux. C'est ce creuset pragmatique qui permet à nos talents d'ingénieurs français de s'épanouir». C'est donc tout un environnement propice au développement du secteur financier que leur offrent les britanniques.

Pourtant, depuis deux ans, la France avait une carte à jouer, les conditions en Grande Bretagne devenaient moins favorables avec un durcissement de la fiscalité domestique. Elle n'a pas su saisir sa chance. Dernier événement en date, tout le système informatique basé à Paris de NYSE Euronext (la fusion de la première Bourse paneuropéenne et de la Bourse de New York) vient de se délocaliser à Londres.

Nouvelle preuve qu'il n'y a plus grand-chose à espérer de notre Capitale. Le comité Paris Europlace, l'organe de promotion de la Place de Paris et le Haut comité devraient en prendre conscience. L'enjeu est de taille. Les sommes investies pour la formation des expatriés ont un coût et le manque à gagner en collecte d'impôts sur tout un secteur parti s'expatrier reste colossal et surtout non compensé. La finance est un secteur de pointe qui génère des profits et des revenus conséquents. Alors, avant de se lancer dans un nouvel emprunt national pour financer «les secteurs d'avenir», il serait peut-être plus opportun de se donner les moyens de récupérer ce qui est récupérable.

Oriane Claire

Lire également: France, ta finance fout le camp,

Image de Une: Le quartier des affaires Canary Wharf à Londres Luke MacGregor / Reuters

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