Monde / Société

L’Associated Press a coopéré avec le régime nazi dans les années 1930

Temps de lecture : 2 min

AP avait accepté d’adhérer à la loi sur la presse qui interdisait de publier tout texte «destiné à affaiblir la force du Reich à l’étranger et à domicile».

À droite d’Adolf Hitler, le chef du service de presse du Reich Otto Dietrich (image d’illustration) | Heinrich Hoffmann via New York Public Library (domaine public)

Une historienne allemande vient de révéler que, dans les années 1930, l’agence américaine de presse Associated Press (AP) avait accepté de publier des informations approuvées par le régime nazi en échange d’une autorisation de pouvoir travailler en Allemagne.

Comme le rappelle The Guardian, après 1935, les médias internationaux ont été forcés de fermer leurs bureaux en Allemagne, en partie car le fait d’employer des journalistes juifs était devenu illégal selon une loi promulguée en 1933.

Jusqu’à l’entrée en guerre des États-Unis en 1941, AP était le seul média étranger à opérer en Allemagne nazie. Mais comme le montre l’historienne Harriet Scharnberg dans un article publié dans la revue Studies in Contemporary History, cela n’a été possible que parce que l’agence a accepté d’adhérer à la loi sur la presse de 1933 (la Schriftleitergesetz), qui interdisait de publier tout texte «destiné à affaiblir la force du Reich à l’étranger et à domicile».

Cette loi exigeait aussi que l’AP embauche des journalistes qui travaillaient dans la section propagande du parti nazi. Par exemple, le photographe Franz Roth était un membre des SS et ses images étaient choisies personnellement par Hitler. Comme le précise le Guardian, depuis la publication des travaux de Scharnberg, les photos de Roth ne sont plus disponibles sur le site de l’AP.

Images sélectionnées par Hitler

La participation de l’AP à la propagande nazie est particulièrement claire dans le cas de l’invasion de la ville de Lviv, en Ukraine, en juin 1941. Après la découverte de tueries perpétrées par les troupes soviétiques, les forces nazies ont organisé des pogroms contre la population juive de la ville.

Ces photos ont contribué à masquer la vraie nature de la guerre menée par les Allemands

Harriet Scharnberg au Guardian

Or, à ce moment, l’AP n’a diffusé que des photos des tueries menées par les soviétiques, des images sélectionnées par Hitler lui-même:

«Au lieu de publier des photos des pogroms de Lviv, qui ont duré plusieurs jours et fait des milliers de victimes juives, la presse américaine n’a eu accès qu’aux photos des victimes de la police soviétique et des criminels de guerre de l’Armée rouge, a expliqué Harriet Scharnberg au Guardian. Dans cette mesure, il est exact de dire que ces photos ont contribué à masquer la vraie nature de la guerre menée par les Allemands.»

L’agence a également vendu des photos qui ont servi d’illustration à des publications antisémites nazies.

Contacté par le Guardian, un porte-parole de l’AP a déclaré qu’il ne s’agissait pas de collaboration délibérée mais que l’AP était «sous intense pression du régime nazi» et avait résisté à ces pressions tout en continuant à diffuser des informations objectives.

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