Mobilisation générale!

A Call to Arms. Becca Swift via Flickr CC License by.

A Call to Arms. Becca Swift via Flickr CC License by.

Face au terrorisme, aucun moyen ne doit être épargné, mais ces moyens doivent être intelligents.

Les nations européennes, engourdies dans une abondance inégale, myope et trompeuse, ne doivent pas se tromper de réaction face aux attaques terroristes dont elles sont maintenant les victimes. Leurs dirigeants, cédant aux pulsions les plus sommaires, pourraient être tentés de se contenter d’une riposte purement sécuritaire. Si nécessaire soit elle, celle-ci ne parviendrait pas seule à nous sortir du cauchemar dans lequel les attentats terroristes nous ont plongés.

Certes, aucun moyen ne doit être épargné pour assurer la sécurité des lieux publics et privés. Et la technologie en fournit chaque jour de plus efficaces, qu’il est urgent de mettre en œuvre. Aucun moyen non plus ne doit être épargné pour pourchasser, arrêter et punir ceux qui se laissent entraîner dans de telles dérives. À condition que ces moyens soient intelligents et tiennent compte du fait que nous sommes plus efficaces ensemble que séparément: les événements des derniers jours démontrent, si nécessaire, l’importance d’une cooperation européenne policière et judiciaire efficace et renforcée, en même temps que d’un contrôle commun de nos frontières.

Mais cette mobilisation générale ne suffira pas. Car elle ne s’attaquera pas aux racines du mal: ce n’est pas en coupant quelques têtes de cette Gorgone qu’on en finira avec elle, car d’autres repousseront dans nos quartiers, nos villages, nos prisons, chez nos voisins, rameutant exclus et enragés de toutes origines, pour donner un but, aussi insensé soit-il, à leurs existences désespérées.

Car c’est bien contre le désespoir qu’il faut se mobiliser. Et pour cela, il faut le comprendre, sans évidemment l’admettre ni le tolérer pour autant. Pour y parvenir, cette mobilisation générale doit viser à donner du sens à toutes les vies. À offrir à chacun, autant qu’il est possible, les moyens de se réaliser dans ce monde, d’une façon à la fois pacifique et éthique. De donner un sens à la vie. Cela suppose bien des actions, en tout domaine. Et d’abord, comme toujours, dans l’éducation.

Comment ne pas comprendre, en effet, le désespoir de ceux qui arrivent à vingt ans sans diplôme ni compétence, sans emploi ni perspective, sans relation ni soutien autre que dans le monde de l’illégalité? Pour beaucoup d’entre eux, tout s’est joué en maternelle: ceux qui y entrent en ne parlant que 300 mots de français n’ont pas la moindre chance de réussir des études qui exigent d’en maîtriser, dès l’age de sept ans, au moins 1.500. À ceux-là, il faut offrir un encadrement en maternelle bien plus serré que celui dont peuvent se contenter les enfants dont l’environnement familial peut y suppléer: un enseignant pour trois enfants au lieu de un pour vingt. Cela ne coûterait pas beaucoup plus, à plein régime, que l’inutile réforme récente des rythmes scolaires.

Bien sûr, cela ne suffira pas. Et on ne peut oublier que, par exemple, plusieurs des kamikaze qui ont précipité des avions sur les Twin Towers de New York et le Pentagone à Washington, le 11 septembre 2001, étaient des ingénieurs formés dans les meilleures universités allemandes. À ceux-là aussi, il aurait fallu fournir un avenir terrestre et laïc.

La mobilisation contre le désespoir doit donc être vraiment générale. Elle suppose de manifester, dans tous les recoins de notre société, de la fermeté, de la confiance, de l’empathie, du respect, de l’altruisme et du partage.

On en est loin.

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