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Les hôtels interdits aux enfants ont du succès en Allemagne

Interdit aux enfants | Doug Clow via Flickr CC License by

Interdit aux enfants | Doug Clow via Flickr CC License by

Les Allemands qui souhaitent passer des vacances à l’abri des cris d’enfants peuvent se rendre dans une quarantaine d’hôtels réservés aux adultes.

Des vacances garanties sans caprice et sans jeter de biscuits à demi-mâchés à la table d’à côté au petit-déjeuner, sans réveil en pleine nuit à cause des pleurs venant de la chambre du haut et sans arrosages et plongeons intempestifs lorsqu’on fait quelques longueurs dans la piscine de l’hôtel. Voilà ce que promettent les hôtels Esplanade, Dolce Vita ou Inselromantik Rügen à leurs clients, qui ont tous les trois en commun d’être interdits aux enfants.

Il existe aujourd’hui en Allemagne une quarantaine de ce type d’hôtels réservés aux adultes désireux de passer des vacances au calme et environ 600 à travers le monde, indique le portail spécialisé Urlaub ohne Kinder (c’est-à-dire «vacances sans enfants»). En février 2016, l’agence de presse allemande DPA consacrait un reportage –repris entre autres par l’hebdomadaire Der Spiegel– à ces établissements qui rencontrent un succès croissant en Allemagne, où le nombre de couples sans enfants est bien plus important qu’en France, l’Allemagne ayant le taux de natalité le plus bas d’Europe (1,47 enfant par femme en 2014).

Après avoir accueilli des années durant des familles avec enfants, l’hôtel Esplanade, situé dans la petite ville thermale de Bad Saarow, au sud-est de Berlin, est interdit depuis novembre 2015 aux enfants de moins de 16 ans. L’aire de jeu pour enfants a été transformée en parcours de santé, la salle de jeux en atelier de fabrication de savons. Le directeur de l’établissement, Tom Cudok, affirme que le concept de son établissement n’a «rien à voir avec la haine des enfants» et qu’il souhaite «proposer un espace dédié au calme et au repos» à sa clientèle.

Inégalité de traitement

DPA rapporte que l’Agence allemande antidiscrimination considère, elle, ce type d’hôtel comme «problématique»:

Les enfants sont devenus une partie de la vie que l’on prévoit, au sujet de laquelle on décide, dont on n’est pas à la merci

Paula-Irene Villa, sociologue, au Süddeutsche Zeitung

«Une telle réglementation pourrait enfreindre la loi sur l’égalité de traitement, qui protège également des préjudices fondés sur l’âge. D’après l’Agence antidiscrimination, des arguments tels qu’un niveau sonore possiblement plus élevé ne suffisent pas à interdire d’office l’accès d’un hôtel à tous les enfants en dessous d’un certain âge.»

À ce jour, aucune poursuite judiciaire visant un de ces établissements interdits aux enfants n’a pourtant été rapportée dans la presse allemande.

Le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung s’intéresse lui aussi à ce phénomène et a publié le 29 mars une interview de la sociologue Paula-Irene Villa. Tout en reconnaissant que le fait d’exclure les enfants de ces hôtels «est évidemment une forme de discrimination très difficile à justifier sur un plan éthique», la sociologue se fait l’avocate des vacanciers qui choisissent ces hôtels:

«Chaque personne a le droit de dire qu’elle a envie de calme. Exactement comme lorsqu’on choisit d’aller dans un camping dans lequel il n’y a pas d’animations le soir ou bien de passer des vacances uniquement avec des familles avec enfants.»

Elle révoque par ailleurs l’interprétation selon laquelle le succès de ces hôtels témoignerait du fait que la société allemande serait de plus en plus coupée des enfants:

«Cela signifierait que tout était mieux avant. Ce passé glorieux n’existe pourtant pas. Autrefois, on a exhorté en permanence les enfants à être silencieux, on leur a interdit de faire ceci ou cela, on les a renvoyés en leur ordonnant de ne pas revenir avant la fin de la journée, on les a copieusement battus pour qu’ils “apprennent à bien se comporter”.

 

Je dirais plutôt que les hôtels sans enfants découlent des possibilités de plus en plus étendues dont on dispose pour façonner sa vie comme on le souhaite. Le fait qu’on puisse aujourd’hui choisir si l’on veut ou pas avoir des enfants est un gain de liberté. Les femmes ne doivent plus avoir beaucoup d’enfants pour être des femmes accomplies. Les enfants sont devenus une partie de la vie que l’on prévoit, au sujet de laquelle on décide, dont on n’est pas à la merci. Cela va aussi de soi avec la possibilité de façonner sa vie avec ou sans enfants. En permanence ou seulement durant les vacances.»

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