Culture

Chers extraterrestres, pardon de vous avoir défigurés

Stylist et Marie Kock et Hugo Lindenberg, mis à jour le 19.04.2016 à 8 h 43

Tout ce dont on aura honte si jamais vous finissez par débarquer.

La galerie de freaks faméliques et visqueux que constitue notre représentation des aliens dans la culture populaire est très gênante l | wiredforlego via Flickr CC License by

La galerie de freaks faméliques et visqueux que constitue notre représentation des aliens dans la culture populaire est très gênante l | wiredforlego via Flickr CC License by

Parfois, il faut savoir reconnaître ses torts. Par exemple, si les extraterrestres daignent venir nous rendre visite et qu’une chose en emmenant une autre, ils demandent à voir comment nous les avions imaginés, il va être très gênant de leur montrer la galerie de freaks faméliques et visqueux que constitue notre représentation des aliens dans la culture populaire. Difficile de trouver plus laid, sauf peut-être dans les tableaux de Velázquez représentant la famille royale espagnole. Et s’il n’y avait que le physique… mais non: nous les avons affublés de tous les maux. Petite lettre d’excuse.

1.On vous a pris pour des colons

Tant qu’à vous imaginer sans vous connaître, on s’est servi de vous pour expier tous nos péchés. À l’exception de Superman, l’alien le plus boring de la galaxie, les extraterrestres de fiction ont tendance à illustrer les pires penchants de l’humanité. Depuis La Guerre des mondes, d’H.G. Wells jusqu’à Edge of Tomorrow, les petits hommes verts sont souvent des machines de guerre sans pitié, déterminées à se débarrasser des humains pour piller les ressources de notre planète chérie.

Quand ils ne sont pas aussi hostiles que des colons devant une tribu indienne, ils se fondent discrètement «parmi nous» afin de voler nos femmes et piller nos ressources (V, Les Envahisseurs…) comme les pires des communistes, ou nous mettent en esclavage comme du vulgaire bétail (Colony), voire nous font pousser comme des plantes (Matrix). Même Stephen Hawking, l’une des voix scientifiques les plus respectées du monde déclarait, en octobre 2015, qu’il fallait s’attendre à ce que les extraterrestres ne viennent pas pour nous faire des bisous mais pour nous coloniser; eux-mêmes ayant épuisé toutes les ressources de leur environnement.

La métaphore coloniale est tellement transparente qu’il n’y a pas besoin de faire un tour dans le vaisseau du capitaine Freud pour comprendre ce qui se joue dans cette représentation. Un relent de culpabilité, que le réalisateur sud-africain Neill Blomkamp a parfaitement retourné dans District 9 en inversant les rôles, rappelant avec cruauté que, jusqu’à preuve du contraire, les humains restent les champions intergalactiques de l’oppression.

2.On pense que vous ne nous respectez pas

Ok, vous venez de loin, mais si vous savez construire des vaisseaux en forme de nœud gordien, vous devriez être capable de fabriquer un brumisateur d’eau thermale, non? Pourtant, on vous a toujours affublés d’une peau grasse et visqueuse –et ça ne peut pas être la clim qui vous fait ressembler à des morves géantes. Ou ridée comme de vieilles pommes bio (on ne vous jette pas la pierre, déjà qu’on gère mal les UVA, on ne sait pas ce qu’on ferait avec les rayons gamma).

Tant qu’à vous imaginer sans vous connaître, on s’est servi de vous pour expier tous nos péchés

On a aussi calqué sur vous nos troubles compulsifs de l’alimentation puisque, hormis quelques exceptions du genre Thor, qui a l’air de se nourrir correctement et de bien métaboliser les protéines, on vous a toujours imaginés ultra-maigrichons, la peau collée à votre minuscule cage thoracique –ou à vos branchies si vous venez d’une planète aquatique. Et si on vous concède un peu d’appétit, c’est pour vous bâfrer d’ordures ou d’humains (alors que, si ça se trouve, vous ne rêvez que d’un petit bento végétarien et d’un grand verre de kombucha).

On en profite pour s’excuser pour le slut shaming puisque, pour bien montrer que vous étiez une menace solide pour l’équilibre de nos sociétés, on vous a dépourvus systématiquement de vêtements. Enfin pas toujours, mais à ce moment-là, vous étiez de gentils oursons qu’on a déguisés en Indiana Jones (oui, les Ewoks, on parle de vous).

3.On vous a pris pour votre poubelle culturelle

«Dans l’espace, personne ne vous entendra crier», affirmait l’affiche d’Alien. On espère pour vous, si vous êtes un extraterrestre de la région de l’étoile polaire, parce qu’on vous a envoyé une chanson des Beatles –«Across the Universe» (vous l’avez?) – via le Deep Space Network en 2008. Les gigantesques émetteurs de la Nasa ont balancé la chanson à 300.000 kilomètre par seconde en direction de Polaris, histoire d’être certains de se faire remarquer par tout le système solaire. La même année, les radars de l’EISCAT envoyaient une pub pour les chips Doritos dans la même direction à la vitesse de la lumière.

Dans notre immense désir de vous rencontrer, nous avons aussi jeté quelques bouteilles dans l’espace afin de nous présenter. Les plus célèbres ont été expédiées en 1977 avec les sondes Voyager 1 et 2, à bord desquelles on a embarqué les Voyager Golden records: deux disques identiques sur lesquels nous avons enregistré 115 photos, dont la muraille de Chine et une femme balayant des feuilles mortes. Des sons dont celui d’un tracteur, d’un chien et de la pluie (coucou le CD de relaxation), un concerto de Bach, un discours de Jimmy Carter et celui de Kurt Waldheim, secrétaire de l’ONU à l’époque et… ancien nazi. Comme ça, vous verrez tout de suite qu’on a le sens de l’humour. Les sondes, qui ont quitté le système solaire, sont actuellement les objets humains les plus éloignés de nous, mais le tout est écoutable sur le site de la Nasa.

4.On vous prend pour des obsédés sexuels

On n’aime pas trop dénoncer, mais franchement, c’est un peu la faute de Ridley Scott si on vous prend pour les Christian Grey de l’espace. Depuis que la créature d’Alien a introduit sa grosse queue de lézard entre les jambes du lieutenant Ripley (alors qu’elle n’avait rien demandé), on a tendance à voir les relations bibliques entre les extraterrestres et nous comme un remake d’Irréversible (ce n’est pas District 9 qui nous fera changer d’avis). 

Évidemment, les tubes pornos ont repris cette belle iconographie –plutôt que celle de la relation pleine de respect de Superman et Lois– pour des vidéos saturées par vos tentacules. En même temps, on avait été bien préparés avec le hentai et Le Rêve de la femme du pêcheur de Hokusai, peinture dans laquelle une femme se la donne grave avec un poulpe. Rassurez-vous, il existe encore sur Terre des femmes qui rêvent malgré tout de coucher avec vous. Comme Bridget Nielson, une Américaine de 27 ans, qui a annoncé qu’elle était l’heureuse mère de dix bébés hybrides (vu qu’elle est très pudique, elle n’a pu montrer que des dessins et aucune photo de ses enfants) et que les humaines étaient bien sottes de ne pas s’y mettre, vu que coucher avec des aliens avait été son «best sex ever». Pour les plus rétives, il existe depuis 2015 un godemiché qui permet de s’insérer des «œufs aliens» dans le vagin afin de les pondre en toute plénitude.

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