Culture

En matière d'art, les super-riches n'ont vraiment plus aucun goût

Temps de lecture : 2 min

Alors que le ballet et l’opéra dépérissent faute de moyens, les rares mécènes préfèrent investir dans un art pop moins beau que narcissique.

Le kitsch, une forme d'art très apprécié des nouveaux riches.  | Jules Antonio via Flickr CC License by

L’avis du magazine Current Affairs est tranché: les riches amateurs d’art se font plus rares, et quand ils investissent, ils font preuve de mauvais goût. Ainsi, le ballet et l’opéra, autrefois très prisés des hommes et femmes fortunés, ne connaît aujourd’hui que quelques mécènes épars –quand il n’en s’agit pas que d’un seul. Une source de financement pourtant essentielle à leur vitalité artistique: un investissement permet de lancer de nouvelles mises en scène, des créations chorégraphiques et des commandes à des compositeurs, énumère, à titre d'exemple, l’Opéra de Paris sur son site.

Mais alors que de prestigieuses compagnies mettent la clé sous la porte, les quelques richissimes investisseurs restants préfèrent dépenser leur argent dans du mobilier contemporain et dans d’énormes sculptures à leur image. C'est le triomphe de la pop. Martin Shkreli investit des millions pour un exemplaire unique d'un album du Wu-Tang Clan quelques années après que Mouammar Kadhafi déboursait des folies pour se payer un concert privé de Beyoncé ou Mariah Carey.

Jeff Koons, «guilty»

L’exemple le plus marquant est celui de Dakis Joannou, industriel greco-chypriote, magnat de l’immobilier et collectionneur boulimique. Sa passion, c’est l’art contemporain. Il y a même voué une fondation, Deste, basée à Athènes. Il dépense des dizaines de millions d’euros dans du mobilier issus du discutable courant artistique Radical Italian Design, paru dans les années 1960, avant de prendre l’artiste Jeff Koons sous son aile. Il participe en grande partie à la réussite de l’artiste néo pop en lui faisant créer des œuvres à sa gloire, toujours très kitsch.

Sa dernière fresque en date: son yacht de presque trente-cinq mètres, nommé «Guilty», dont le design a été confié à son protégé, Jeff Koons.


Les figures géométriques cassent les lignes du yacht là où les couleurs criardes donnent à ce vaisseau des mers des allures de jouet. À l’intérieur, encore et toujours ce mobilier italien dont la laideur est le seul motif de fascination. «C’est moche, c’est inutile, et c’est bien là le but», résume Current Affairs. Les mécènes étaient effectivement peut-être plus classes, avant.

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