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Sur Twitter, des parents font passer leurs enfants pour de brillants politologues

Pendant ce temps-là, aux États-Unis… | DVIDSHUB via Flickr CC License by

Pendant ce temps-là, aux États-Unis… | DVIDSHUB via Flickr CC License by

L'élection présidentielle américaine s'accompagne sur les réseaux sociaux de drôles de commentaires.

C'est une question de bon sens. Si tout le monde peut s'auto-décerner des galons d'expert et diffuser ses analyses avisées –sur Twitter comme sur les chaînes d'infos–, alors il n'y a aucune raison pour que les enfants, même les plus jeunes, ne soient pas invités à donner leur avis sur le paysage politique. Quitte, si le maudit gamin est peu au fait de l'actualité et qu'il s'en fiche comme de sa première couche pleine, à mettre dans sa bouche des propos lumineux et caustiques... qu'il n'a probablement jamais tenus.

C'est le petit jeu, un peu triste, auquel se livrent de nombreux parents américains sur Twitter, et qui a été relevé par le site Dailydot.

D'abord, sont apparus les premiers tweets de parents visiblement pro-Trump. Ils relaient, par exemple, les propos d'un enfant qui se serait indigné en apprenant que des manifestants ont empêché la tenue d'un meeting du candidat à la primaire républicaine. Précisons que ces parents utilisent le terme «toddler» qui désigne des enfants de 3 ans maximum.


D'autres racontent également que leur enfant se demande quand Ted Cruz va enfin s'incliner face à Donald Trump.


Mais les plus actifs au concours consistant à prétendre que son enfant a tout compris à la politique sont encore les anti-Trump. C'est presque devenu un mème.

Mon fils, ce génie

Ainsi, des enfants d'à peine quelques années auraient saisi toute la psyché de Donald Trump, évalué sa dangerosité et imaginé, comme des grands, des solutions de repli en cas de victoire du candidat à la présidentielle américaine. À chaque fois ou presque, ces tweets permettent aux auteurs de récolter les cookies qu'ils quémandaient l'air de rien, et toujours avec une sorte de fausse modestie («visiblement, mon enfant pourrait parfaitement animer un débat sur CNN, mais je n'y suis pour rien bien sûr»). On les complimente pour la clairvoyance de leur progéniture et leur évidente et incroyable sagesse. Et si l'on est soi-même parent, on réplique par une saillie encore plus géniale que son propre enfant a dégainé, le matin même, au petit-déjeuner.

Car c'est bien l'expression d'un sport fort usité: décréter et faire savoir que son enfant est un être formidablement doué mais dont l'extrême maturité et l'intelligence exceptionnelle n'ont bizarrement pas été détéctés par les spécialistes et les enseignants, ces nuls. 

En période de campagne éléctorale, et vu la qualité des débats, il était fort tentant pour certains parents de profiter du boulevard qu'offre un personnage comme Donald Trump, pour expliquer à la face du monde que l'enfant fabriqué à partir de leurs propres gênes a tout compris au phénomène, lui.

Place à la moquerie

Il arrive aussi, parfois, que ces tweets sentent suffisament l'arnaque pour que les parents soient soupçonnés de mentir, au sujet des supposés propos tenus par leur enfant. C'est le cas, raconte DailyDot, de l'editorialiste Stephen Marche qui racontait avec un étonnement parfaitement feint, sur Twitter, que sa fille de 4 ans se demandait pourquoi Donal Trump «avait l'air si terrifié».


Cette fois, en lieu et place de compliments, le père de cet enfant si érudite et perspicace a écopé de railleries, tout comme un journaliste politique de Buzzfeed dont la petite fille de 3 ans lui demandait de faire attentation à «ne pas se faire attraper par Trump», alors qu'il se rendait au travail.

C'est ainsi que de nombreux tweets parodiques, salutaires et franchement cruels ont emergé.

La vérité et les enfants

Et si, en effet, cette tendance prête à ricaner, elle est aussi révélatrice. Elle pose la question de l'interêt que l'on trouve à relayer des mots d'enfants (qu'ils soient vrais ou faux) quand ils ont trait à la politique ou à des faits importants de l'actualité. Car c'est devenu une habitude, et même un style journalistique. À chaque événement, des micros sont brandis sous les museaux de tout petits. Et si ce qui en sort est mignon et/ou pas si con, ces mots sont largement médiatisés pour que les adultes puissent s'en repaître.

Si parler de l'actualité avec ses enfants est essentiel, il convient de se demander pourquoi nous avons besoin de poser leur regard et leur mots sur ce que nous vivons. Et de porter dans l'espace public, parfois sans leur consentement, leurs interrogations ou leurs certitudes. La parole des adultes est-elle a ce point questionnée, décrédibilisée, et incertaine qu'il faille sortir la carte «la vérité sort de la bouche des enfants»

Par ailleurs, si chacun est libre de mentir, mystifier ou exagérer sa propre parole sur Twitter ou ailleurs, on peut s'étonner qu'il soit si aisé pour certains de prêter à leurs enfants des propos ou des pensées qu'ils n'ont pas tenus. Les enfants étant, pour l'instant, les seuls à ne pas être sommés de choisir un camp, ou même d'avoir un avis. 

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